Cagnottes TikTok : quand la solidarité en ligne bascule dans les soupçons de détournement et la mise en scène de la détresse

Maladies, problèmes judiciaires, urgences financières : en quelques heures, les réseaux sociaux peuvent mobiliser des milliers de personnes autour d’une cagnotte. Mais derrière cette formidable capacité de solidarité émergent aussi des polémiques sur l’utilisation des fonds, la véracité des récits et l’exposition de personnes vulnérables. L’Observateur revient sur plusieurs affaires devenues emblématiques et interroge le sociologue Abdou Khadre Sanogo.


Le principe est souvent le même : une situation dramatique apparaît sur TikTok, un direct est organisé, les témoignages et appels à l’aide se multiplient et, très rapidement, des centaines ou milliers d’internautes commencent à envoyer de l’argent.
 
L’Observateur s’intéresse à cette nouvelle forme de solidarité numérique qui, si elle permet parfois de venir rapidement au secours de personnes en difficulté, donne également naissance à des controverses retentissantes.
 
Le quotidien rappelle que la force des réseaux sociaux réside d’abord dans leur capacité à transformer une histoire individuelle en mobilisation collective. Maladie, personne menacée d’emprisonnement, opération médicale, difficultés économiques : l’émotion devient le moteur d’une collecte qui peut atteindre en quelques minutes ou quelques heures des montants importants.
 
Mais c’est souvent après la fin du direct que les premières interrogations apparaissent : l’intégralité des sommes collectées a-t-elle réellement été remise au bénéficiaire ? Les motifs invoqués étaient-ils exacts ? Qui contrôle les collectes et l’utilisation de l’argent ?
 
L’Observateur évoque notamment le cas de Fatoumata Ndiaye, connue sous le surnom de « Fouta Tampi ». L’activiste avait mobilisé les réseaux sociaux pour solliciter le soutien des internautes et des personnes de bonne volonté, en évoquant notamment un cancer. L’affaire avait suscité une forte émotion avant qu’il n’apparaisse par la suite qu’elle n’était finalement pas atteinte de la maladie annoncée, provoquant incompréhension et colère chez certains internautes qui s’étaient mobilisés.
 
Le quotidien revient également sur une cagnotte destinée à venir en aide à « Ndèya Beauté », autour de laquelle Mbathio Ndiaye s’est retrouvée au cœur d’une polémique.
 
Un million de FCFA aurait manqué dans les fonds destinés à la bénéficiaire. Soupçonnée d’avoir pris cette somme, Mbathio Ndiaye aurait dans un premier temps nié, affirmant l’avoir remise à un membre de la famille de la bénéficiaire. Ce dernier aurait cependant démenti.
 
À la suite d’un direct très suivi, Mbathio Ndiaye aurait finalement reconnu avoir pris l’argent et présenté ses excuses. Dans un enregistrement audio également relayé sur les réseaux sociaux, elle aurait expliqué que la somme avait servi à payer son loyer ainsi que des pénalités liées à un retard de paiement.
 
L’affaire illustre, pour L’Observateur, les dérives possibles d’un système reposant essentiellement sur la confiance et l’émotion.
 
Le sociologue Abdou Khadre Sanogo estime cependant qu’il ne faut pas faire de TikTok le seul responsable. À ses yeux, le problème réside davantage dans la manière dont certains influenceurs structurent les communautés qui se forment autour d’eux, parfois appelées « teams ».
 
Lorsqu’un membre du groupe rencontre une difficulté judiciaire ou financière, une collecte peut rapidement être organisée. Une pratique qui peut paraître spontanée mais qui crée aussi, selon le sociologue, une forme de dette morale entre le bénéficiaire et ceux qui lui viennent en aide.
 
Abdou Khadre Sanogo insiste sur le fait que la solidarité reste une valeur profondément ancrée dans les sociétés africaines. Ce qu’il critique davantage est l’exposition permanente de la détresse et la transformation éventuelle de l’aide en instrument d’image, d’influence ou de profit.
 
Il distingue ainsi deux dérives principales : le « voyeurisme », lorsque la souffrance d’une personne est publiquement exposée et mise en scène, et « l’affairisme », lorsque la solidarité devient une opportunité de tirer un bénéfice personnel ou d’accroître son influence.
 
Le sociologue met également en cause la culture du paraître développée sur certaines plateformes. Lorsqu’une collecte rassemble rapidement de fortes sommes, la tentation peut exister, estime-t-il, d’exagérer ou de fabriquer certains récits.
 
Il rappelle enfin que le Sénégal dispose depuis longtemps de mécanismes traditionnels d’entraide permettant d’aider les personnes en difficulté sans nécessairement transformer leur situation en spectacle permanent sur les réseaux sociaux.
Mardi 11 Août 2026
Dakaractu



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