Appel à la remobilisation des troupes : Quelle force revendique véritablement le mouvement Y En A Marre?

Pour dénoncer l’instrumentalisation de la justice et la mauvaise gouvernance du pays, le mouvement Y en a marre a annoncé lors d’une conférence de presse tenue hier jeudi, une reprise très prochaine de ses activités de mobilisation citoyennes à travers des marches pacifiques et autres pour dire basta au gouvernement actuel. Mais la question qui mériterait d’être posée, c’est de savoir « que reste-t-il du mouvement » de contestation citoyenne née à la veille de la présidentielle de 2012?


Appel à la remobilisation des troupes : Quelle force revendique véritablement le mouvement Y En A Marre?
« Y en a marre a vécu le temps de l’usure ! »  

Même s’il est d’avis qu’au nom de la démocratie, le peuple a besoin de sentir la présence des activistes, de la société civile et de l’opposition sur le terrain de la contestation pacifique, responsable, sans heurts pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme tache noire par rapport aux conditions de vie et sociales des populations, le journaliste et analyste politique, Abdoulaye Mbow reste très sceptique quant à la capacité de mobilisation du mouvement Y en a marre à l’heure actuelle.   

« Nous avons suivi avec intérêt qu'il voudrait reprendre les séries de manifestations pour dénoncer cette justice à double vitesse. Mais il faut reconnaître que le temps de l’usure a été vécu par le mouvement Y en a marre. Aujourd’hui comme jamais, le mouvement n’a plus cette force de frappe qu’il avait entre 2011 et 2012 lorsqu’il venait de naître et susciter l’engouement et l’engagement des citoyens pour la défense de la constitution, et le renforcement de la démocratie. Entre temps, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et compte tenu des derniers événements survenus au cœur du mouvement, et qui impliquent deux de ses membres en l’occurrence Simon et Kilifeu, il est sûr et certain qu’il y a un capital sympathie que le mouvement a perdu, mais aussi, il y a un capital lié au mouvement de foule que le mouvement Y en a marre a perdu. Donc je crois bien que le mouvement n’a pas plus cette force de frappe s’il n’est pas soutenu par d’autres mouvements qui se réclament aussi de la société civile », fait remarquer le journaliste Abdoulaye Mbow.  

« La démarche est légitime »  

Mais pour Thierno Diop, journaliste et analyste politique de son état, la démarche du mouvement Y en a  marre est très légitime, ses membres sont dans une posture d’opposition. Car pour le journaliste, « la justice à double vitesse est érigée en règle par le régime actuel ». « Nous assistons à une justice à double standard sous l’ère Macky Sall, une justice qui s’abat sur les adversaires et épargne les alliés. Ce qu’on peut admettre à travers plusieurs précédents, l’activation de la CREI, l’affaire de la caisse d’avance et tout récemment l’affaire Barthélémy Dias. C’est pourquoi je voulais d’abord légitimer la démarche du mouvement Y en a marre. Car ils sont dans une démarche d’opposition. Et quoi qu’on puisse dire, il faut qu’il y ait d’autres sons de cloche, des voix discordantes pour dire Basta à Macky Sall, parce que la manière dont fonctionne la justice dans ce pays est à incriminer », souligne Thierno Diop.  

Y en a marre a été démasqué !  

Cependant, poursuivant toujours son analyse, Thierno Diop reste convaincu que les données de 2011 ne sont pas forcément celles de 2021 pour que le mouvement de contestation citoyen puisse réussir à investir la rue avec une grande mobilisation citoyenne. Car pour le journaliste, le mouvement Y en a marre a été démasqué. « Maintenant, au plan politique, que le mouvement Y en a marre veuille prendre en charge ces préoccupations, ce combat, me rend sceptique. Parce qu’on dit souvent que l’histoire ne se répète pas sous le même visage en politique. Les données de 2011 ne sont pas celles de 2021. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Et il serait très intéressant de s’arrêter sur ce mouvement Y en a marre et se poser des questions sur son origine et ses motivations. Y en a marre a été démasqué entre-temps, il faut l’admettre. C’est un mouvement qui lutte pour ses propres intérêts pour faire exécuter des programmes internationaux visant l’Afrique. Car si le mouvement se permet d’avoir des connexions avec des personnalités et des entreprises comme Open Society, cité comme l’une des vitrines de la CIA, on peut dire que ce sont des connexions impérialistes qui sont derrière ces mouvements comme Y en a marre. Et on ne peut pas s’offrir des connexions douteuses anti-impérialistes et vouloir combattre pour l’amélioration des conditions de vie de la jeunesse africaine. Ce qui mérite d’être posé avant d’aller au fond du débat. L’autre chose qu’il faut souligner c’est l’affaire de passeport impliquant ses membres. Ce qui dit que pour lutter contre la corruption, il faut avoir les mains propres », lâche l’analyste politique.  

« Y en a marre a besoin de se reconstruire »  

Même si le mouvement éprouve une large volonté de se repositionner dans le landerneau sénégalais, le journaliste Abdoulaye Mbow reste convaincu que le mouvement Y en a marre a besoin de se reconstruire en son sein compte tenu des derniers évènements qui l'ont secoué. « Le mouvement, on voit très bien que les toutes dernières manifestations organisées ont été faites sous la houlette d’autres mouvements. Le mouvement à lui seul ne pourra pas rassembler les foules comme on le voyait un certain temps. Cela dit, pour que cet appel à la mobilisation puisse être une réussite, il faudra impérativement que le mouvement ait l’aide d’autres mouvements de la société civile. Le mouvement Y en a marre a besoin de se reconstruire en son sein compte tenu des nombreux soubresauts qu’il a eu à vivre et connaître. Il lui faut reprendre les activités citoyennes. Parce qu’en réalité entre 2011 et 2021, les nombreuses manifestations qu’il avait organisées lui avaient permis d’avoir un engouement surtout du côté de la jeunesse. Changer de paradigme », dira encore Abdoulaye Mbow.  

Toutefois, l’un comme dans l’autre cas, nos interlocuteurs restent convaincus même si le mouvement Y en a marre tend à perdre son capital de sympathie, pour la bonne marche du pays, et la consolidation des acquis démocratiques, la présence des activistes, de la société civile et de l’opposition sur le terrain de la contestation pacifique, responsable, sans heurts est impérative…
Vendredi 19 Novembre 2021
Dakaractu



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