Véhicules des députés :76 Prado ,zéro clarté ? la répartition qui ravive le soupçon et met l’Assemblée nationale sous pression


Le dossier de l’acquisition de véhicules pour les députés de la 15e législature, longtemps entouré de rumeurs et de controverses, refait violemment surface. Selon des révélations de L’Observateur, un premier lot de 76 véhicules 4x4 Toyota Land Cruiser Prado a déjà été livré, relançant une polémique politique et institutionnelle sur la transparence, l’opportunité et la régularité de la procédure.

 

C’est le député Thierno Alassane Sall qui a jeté le pavé dans la mare, en s’interrogeant publiquement sur les conditions d’achat de ces véhicules. Sur ses plateformes numériques, il dénonce le silence du président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, pourtant habituellement prolixe dans l’espace public. « À quel prix ces véhicules ont-ils été achetés ? Auprès de quel fournisseur ? Selon quelle procédure ? », s’interroge-t-il, rappelant qu’un journaliste avait même été emprisonné pour avoir évoqué le nom d’un fournisseur présumé.

 

 

Une répartition déjà connue, mais contestée

 

 

D’après les informations recueillies par L’Observateur, la répartition du premier lot est déjà arrêtée :

 

  • 5 véhicules pour les députés vivant avec un handicap,

  • 7 véhicules pour le groupe parlementaire Takku Wallu,

  • 7 véhicules pour les non-inscrits,

  • 56 véhicules pour le groupe Pastef,

  • et 1 véhicule destiné au président de l’Assemblée nationale.

 

 

Les véhicules sont actuellement stationnés à Batrain, certains devant être livrés à leurs bénéficiaires dans les prochains jours, tandis qu’un second lot est attendu la semaine suivante, selon les sources de L’Observateur.

 

 

Un contexte économique jugé inopportun

 

 

Pour Thierno Alassane Sall, le problème dépasse la simple question de logistique parlementaire. Il rappelle que les députés percevaient auparavant une indemnité mensuelle de 900 000 FCFA, aujourd’hui supprimée, et estime que le contexte économique actuel ne justifie pas un tel investissement financé par la dette publique.

 

« Je ne suis pas contre le fait que les députés aient des véhicules, mais il y a le contexte. Il y a surtout le revirement spectaculaire de Pastef sur cette question », dénonce-t-il, parlant de populisme et de reniement. Selon lui, une solution plus responsable aurait consisté à maintenir l’indemnité, permettant à chaque élu de s’organiser selon ses moyens, quitte à acheter des véhicules plus modestes.

 

 

La transparence au cœur du malaise

 

 

Au-delà du coût – estimé à 54 millions FCFA par véhicule, un chiffre qui avait déjà choqué l’opinion –, le député pointe un grave déficit de transparence. Il regrette que la commission des finances n’ait pas été formellement impliquée, alors que le règlement intérieur impose son aval pour tout investissement majeur.

 

« On ne peut pas voter des règles sur la transparence et la bonne gouvernance et refuser de se les appliquer à soi-même », martèle Thierno Alassane Sall, appelant les plus hautes autorités de l’État à montrer l’exemple dans un contexte marqué par des retards de salaires et des tensions sociales.

 

 

Un dossier déjà lourdement chargé

 

 

La sensibilité du dossier avait déjà conduit à l’incarcération du journaliste Bachir Fofana, condamné à deux mois avec sursis pour diffusion de fausses nouvelles après avoir mis en cause la régularité du marché. Face à l’ampleur de la controverse, El Malick Ndiaye avait fini par sortir de sa réserve, affirmant dans une interview à Walfadjri que l’achat de véhicules était plus rationnel que le maintien de l’indemnité mensuelle, supprimée depuis janvier 2025 dans un souci d’assainissement budgétaire.

 

Le président de l’Assemblée nationale assurait également que la procédure de passation des marchés avait été respectée, avec la mise en place d’une cellule dédiée. Mais ces assurances n’ont pas suffi à éteindre les doutes.

 

Dernièrement, le député de Pastef Mouramani Kaba Diakité est venu raviver la controverse en évoquant une opacité persistante, dénonçant des ponctions sur les indemnités sans livraison effective des véhicules ni validation formelle du marché par un vote parlementaire.

Lundi 5 Janvier 2026
Dakaractu



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