Non-respect des droits des femmes médecins en spécialisation : une étude perce le mystère


En milieu hospitalier, les droits des femmes médecins en spécialisation ne sont pas respectés. Mais ici, le vers est dans le fruit.  C’est ce que démontre une étude prospective réalisée du 1er octobre au 17 octobre 2021 par le Collectif des médecins, pharmaciens, chirurgiens-dentistes du Sénégal (COMES).
Les auteurs ont recueilli les témoignages de 85 femmes médecins qui ont la particularité d’être inscrites en Diplôme d’études spécialisées (DES). La majorité avait entre 25 et 35 ans. Les cibles sont issues de 20 spécialités avec une majorité de DES en pédiatrie.
Les premiers résultats gynécologiques ont montré que plus de 97% d’entre elles avaient déjà porté une grossesse durant leur formation alors que 51 femmes avaient déjà porté une grossesse. Neuf femmes avaient déjà été enceintes à deux reprises. Seule une seule femme médecin a eu 3 grossesses. Cette partie de l’étude fait ressortir 72 grossesses portées au cours du DES. Il faut préciser que près de 18% d’entre elles étaient enceintes au cours de l’étude qui, par ailleurs, a décelé que plus de 52% de celles qui sont tombées enceintes durant le DES ont fait face à des complications obstétricales.
Il est aussi à noter que sur les 72 grossesses portées durant le DES, 57 complications ont été recensées concernant 57 complications concernant 38 femmes médecins, soit une prévalence de 79% de survenue de complication. Il y avait 16 menaces d’accouchement prématuré soit 28,08%, 8 avortements soit 14,03%, 5 pré-éclampsies soit 8,77%, 2 hémorragies du post-partum soit 3,5% et une infection à Covid-19, à savoir 1,75%. 
En restant sur « l’aspect gynécologique », on remarque que 40% de femmes ont accouché par césarienne à l’issue de leur grossesse portée au cours du DES. 54% parmi elles ont été césarisées en urgence. L’aspect pédiatrique est étudié et il émerge qu’à l’issue des grossesses portées durant le DES, plus de 10% des naissances étaient prématurées. Plus de 4% étaient nés asphyxiés pour 2% de mort-nés.
L’étude a aussi révélé que l’allaitement maternel exclusif n’est pratiqué que par moins de 2% des femmes médecins en spécialisation. Ce qui ne cadre pas avec les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé qui préconise au moins l’allaitement maternel jusqu’à six mois et un sevrage complet à deux ans. Ici, 50% des enfants étaient sevrés avant 12 mois. L'auteur l'explique par l’absence d’heures d’allaitement accordées aux nouvelles mamans. C’est compréhensible si on sait que plus de 51% de femmes qui ont participé à l’étude ont répondu n’avoir eu droit à aucun jour de congé de maternité. Celles qui ont eu la chance d’en bénéficier n’ont pas excédé 60 jours. « Cela n’est pas en adéquation avec la loi sénégalaise stipulant que dans tous les établissements publics et privés du Sénégal, et même lorsque ces établissement ont pour vocation l’enseignement professionnel, toute femme enceinte a droit à 14 semaines de congés de maternité », discute l'auteur. L’aspect socio-professionnel est aussi passé à la loupe. Il résulte que près de 30% des sujets de l’étude avaient estimé être victimes de harcèlement moral dû à leur état de grossesse.
Au regard des résultats obtenus, le COMES conclut que la plupart des services de spécialité médico-chirurgicale étaient en désaccord avec la loi concernant le travail des femmes enceintes. Une anomalie qu'il faudrait corriger en veillant « de plus près à ce que les lois mises en place pour la protection de la dignité humaine en général, et de la femme en particulier soit respectées par tous sous peine de sanctions ». L’étude exhorte les « dirigeants des spécialités médicales et chirurgicales de se mettre à jour en matière de droit concernant le travail des femmes enceintes afin de ne pas ternir l’image de la spécialité médicale sénégalaise ». Aux femmes médecins en spécialisation, il leur est recommandé d’être bien documentées sur le droit sénégalais pour maîtriser leurs droits pour être traitées convenablement.  
Mardi 19 Avril 2022
Dakaractu



Nouveau commentaire :
Twitter



Dans la même rubrique :