Industries culturelles et créatives : "Behind the Scenes Sénégal", dévoile la face invisible des femmes, victimes de harcèlement


Le projet « Behind the Scenes Sénégal » a organisé, ce mardi 11 août 2026, au Musée Théodore Monod d’Art africain (IFAN-CAD) à Dakar, une séance de restitution des résultats de sa recherche consacrée aux réalités vécues par les femmes dans les industries culturelles et créatives au Sénégal. La rencontre s’est tenue en présence de la représentante du recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) et du représentant de la Fondation Mastercard, qui a soutenu financièrement le projet.
 
Coordonné au Sénégal par le Laboratoire de recherche sur les transformations économiques et sociales (LAREM) de l’UCAD, en partenariat avec l’IAC, le projet est porté par l’International Center for Research on Women (ICRW) et soutenu par la Fondation Mastercard. Il vise à mieux comprendre la manière dont les jeunes femmes évoluent dans les industries culturelles et créatives, les opportunités qui s’offrent à elles ainsi que les obstacles auxquelles elles sont confrontées.
 
Chercheur principal au LAREM et coordonnateur du projet, Ousmane Faye a présenté plusieurs résultats issus de cette recherche. L’étude a mobilisé 13 jeunes chercheurs de moins de 35 ans, dont 10 femmes. Ils ont analysé l’écosystème des industries culturelles et créatives au Sénégal, notamment ses dimensions juridique, physique, administrative et financière.
 
Des enquêtes qualitatives et quantitatives ont été menées auprès de jeunes créateurs et créatrices. Les chercheurs ont également utilisé une méthode innovante basée sur la photographie.
 
Parmi les principaux résultats, l’étude relève une sous-représentation des femmes dans plusieurs maillons de la chaîne de valeur des industries créatives. Le harcèlement sexuel apparaît également comme une préoccupation majeure. Selon Ousmane Faye, 75 % des jeunes femmes interrogées déclarent avoir vécu une expérience de harcèlement sexuel, selon une définition large du phénomène. Avec une définition plus stricte, cette proportion se situe autour de 26 %.
 
Le chercheur souligne également les limites du cadre juridique sénégalais. Selon lui, le Code du travail traite principalement le harcèlement sexuel dans les relations hiérarchiques et les situations d’abus d’autorité, laissant insuffisamment couvertes certaines situations pouvant survenir entre collègues. L’étude préconise ainsi un renforcement du dispositif juridique afin de mieux protéger les travailleurs du secteur.
 
Autre constat : la difficulté à mesurer la réalité économique des industries culturelles et créatives. La recherche relève notamment l’insuffisance de données permettant de mesurer précisément le poids du secteur et son potentiel.
 
Pour Ousmane Faye, les industries culturelles et créatives représentent pourtant un important potentiel de création d’emplois au Sénégal. Le cinéma, la vidéo et l’audiovisuel pourraient notamment contribuer fortement à l’économie nationale et offrir des opportunités à de nombreux jeunes, y compris ceux disposant de peu de qualifications.
 
Mais cette ambition nécessite un meilleur accès à la formation et aux infrastructures. La cartographie réalisée dans le cadre du projet montre une forte concentration des infrastructures et des structures de formation dans la partie ouest du pays, particulièrement à Dakar.
 
Face à ces défis, les chercheurs recommandent notamment la création d’une direction chargée des statistiques au sein du ministère de la Culture. Cette structure permettrait de collecter régulièrement des données sur les différents sous-secteurs culturels, de la musique au cinéma, en passant par la gastronomie.
 
« Vous ne pouvez pas décider si vous ne mesurez pas », a insisté Ousmane Faye. Selon lui, disposer de données fiables permettrait également de mieux convaincre les banques et les investisseurs du potentiel économique des industries culturelles et créatives.
 
Le chercheur estime également que le Sénégal doit davantage valoriser son patrimoine gastronomique et culturel. Le thiéboudiène, le café Touba ou encore le yassa constituent, selon lui, des ressources pouvant contribuer davantage à l’économie nationale, à condition de mettre en place des stratégies adaptées.
 
Enfin, l’étude appelle à l’élaboration d’une politique culturelle claire et structurée. Ousmane Faye estime qu’il existe plusieurs documents de politique nationale abordant la culture, mais qu’il reste nécessaire de disposer d’un véritable cadre de développement culturel avec des objectifs précis, des acteurs clairement identifiés et des mécanismes de financement.
 
À travers cette recherche, le projet « Behind the Scenes Sénégal » entend ainsi contribuer à une meilleure compréhension des réalités du secteur et à l’élaboration de politiques favorisant un environnement culturel plus inclusif, plus sûr et davantage créateur d’emplois pour les jeunes, notamment les femmes.
Mercredi 12 Août 2026
Idy Sow



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