IDRISSA SECK : Du silence des profondeurs au vacarme des cimes.


IDRISSA SECK :  Du silence des profondeurs au vacarme des cimes.
La stratégie du silence adoptée par Idrissa Seck dans cette dernière ligne droite vers les élections présidentielles de février 2019, plonge ses militants et ses partisans dans une perplexité et un embarras pour le moins déconcertants. Un silence lourd d’interrogations mais assourdissant, tant il est objet de controverses tendancieuses.

Pourtant et très certainement, cette posture relève d’une stratégie de communication. Oh que non ! Ce n’est pas un non-sens ni une métaphore mal exprimée. On peut communiquer par le silence, qui est parfois plus évocateur et plus éloquent qu’un flot de paroles et d’exhibitions. Encore faudrait-il rendre cette stratégie intelligible. Je vois deux axes de réflexion et de compréhension qui m’inspirent :

Il y a lieu de convenir et de rappeler que Idy n’est pas un nain ni un novice en politique. Il est resté le plus jeune directeur de campagne en 1988 à 29 ans et celui qui a aidé efficacement et victorieusement Abdoulaye Wade à conquérir le pouvoir en 2000 après plusieurs tentatives infructueuses. Il est aujourd’hui en face d’une échéance décisive pour sa carrière politique, sa troisième candidature à une élection présidentielle. C’est peu dire que l’enjeu est capital pour lui. Il en a une conscience élevée et nul doute qu’il mesure l’impératif de sa situation. Pourquoi donc s’impose-t-il ce silence pesant dans une sérénité déroutante ?

Cette stratégie repose à mon humble avis sur une analyse pertinente de la temporalité politique qui prévaut actuellement. Le temps des observations et évaluations, celui des incertitudes et aléas et enfin celui des décisions et certitudes. Le temps de l’écoute, de l’analyse et enfin de la bonne parole.

Les manœuvres politiciennes de Macky peuvent être lourdes de menaces et de troubles qui peuvent impacter substantiellement les données de l’élection présidentielle. Il y aura un fossé préjudiciel entre les candidatures exprimées et les candidatures effectives et définitives, dans lequel seront englouties bien des  prétentions illusoires. Les barrières «  mackyavéliques » placées sur le parcours des candidats vont assurément changer les donnes. Qu’adviendront des invalidations provoquées par le gendarme constitutionnel. Que produiront comme conséquences, le retour de Karim Wade et la non-candidature judiciaire de Khalifa Sall, sur les plans sécuritaires et politiques. Si l’incendie de l’atmosphère politique ne provoque pas le report de l’élection, il s’en suivra nécessairement une reconfiguration des candidatures donc une recomposition sur l’échiquier politique dont il faudra nécessairement tenir compte pour se réarmer et se renforcer.

En outre et non la moindre des tactiques, l’art de l’écoute, d’aller recueillir les préoccupations, de tâter le pool des réalités et d’en faire une analyse concrète pour en produire un programme fidèle et réaliste à proposer au peuple, sont des nécessités primordiales pour un homme politique véridique et homme d’Etat sérieux. C’est donc pour Idy le temps du silence des profondeurs, de scruter le Sénégal profond, de regarder les yeux dans les yeux les sénégalais, avant de leur présenter les remèdes aux maux du pays.

Par ailleurs, sur un autre plan de réflexion, pour analyser et comprendre les postures de l’homme Idy, la dimension de la mystique musulmane doit toujours être appréhendée. Le soufisme est une source d’inspiration pour « Mara », qu’il traduit dans sa vie d’homme comme dans l’action politique.

Dans l’Islam les vertus du silence sont décrites abondamment par des hadiths du saint Prophète Mohamed (PSL). Beaucoup de ses conseils rappellent au musulman les vertus de la méditation et du silence, donc l’importance de ne parler que lorsque cela s’avère nécessaire et indispensable. Dans la sourate AL FATH (La victoire éclatante), il est fait référence à l’épisode du traité d’Hudaybiyah, au cours duquel Mohamed (PSL) et ses compagnons partirent effectuer le pèlerinage à la Mecque, sans armes et ayant conscience du risque d’être sans défense face aux forces hostiles des quraychites. Mais par la Grâce d’Allah (SWT), le « Es-Sakina » (tranquillité, sérénité, apaisement) fut envoyé sur le Prophète et ses compagnons, qui leur permirent de ne pas fléchir leur foi et d’avancer avec détermination vers la cité gardienne de la Kaaba. Cette foi pure et inébranlable des combattants de la cause islamique, provient de l’assistance de DIEU par la sérénité et la tranquillité insufflées dans leurs cœurs qui leur assurèrent la victoire : « Allah a très certainement agréé les croyants quand ils t’ont prêté le serment d’allégeance sous l’arbre. Il a su ce qu’il y avait dans leurs cœurs et a fait descendre sur eux la quiétude et Il les a récompensés par une victoire proche » (S48/18). La « Sakina » est donc un état spirituel particulièrement important dans la foi du croyant, qui par la pratique du silence et de la méditation, permet par l’apaisement du cœur et de la raison, l’élévation progressive vers le Seigneur pour mériter ses grâces et bénédictions. L’exil de Khadimou Rassoul au Gabon dans un recueillement profond et une solitude absolue qui ont élevé sa spiritualité à une hauteur divinement agréée, en est une illustration éclatante de sa victoire sur ses ennemis.

Ainsi donc la stratégie du silence des profondeurs avant le vacarme des cimes, est un art de communication et une arme pour préparer spirituellement les combats de la dernière ligne droite pour février 2019. Puisse Allah (SWT) déverser la « Sakina » sur Idrissa Seck le pieux !



Chérif Ben Amar Ndiaye

Les-rewmistes.org
Dimanche 9 Décembre 2018
Dakaractu



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