Drame à l’hôpital Mame Abdou de Tivaouane / Moustapha Guirassy : « Nous sommes tous coupables ! »


Ce que nous sommes a-t-il été oublié. Les repères se sont-ils effacés ? Les sacrifices des anciens sont-ils devenus vains ? Nos valeurs ont-elles été à ce point modifiées pour expliquer notre bestialité grandissante ?
Les enseignements  de Khadimou Rassoul, de El Hadji Malick Sy, de Oumar Foutiyou Tall, de Mame Limamou Laye, de Baye Niasse et du Cardinal Thiandoum  ont-ils été si incompris ou oubliés  pour que surviennent encore dans notre pays des drames si infâmes!

C’est une honte pour toute l’humanité de voir encore de frêles et innocents nouveau-nés périr par le feu du fait de ce qui caractérise de plus en plus notre société : indifférence, insouciance, insécurité, instantanéité et insipidité. Surtout l’indifférence, cet « au-delà » de la haine.

Honte au Sénégal, Honte aux sénégalais  puisque ça se passe ici. Ici, terre de Khadimou Rassoul, terre d’El hadji Malick, terre de Baye Niasse, Terre de Limamou Laye, terre du Cardinal Thiandoum. Ici terre de Cheikh Anta Diop, de Senghor. Ici Capitale du capital spirituel.

Allons perpétuer nos viles mœurs et retrouvons nous tous et très vite au stade Abdoulaye Wade pour jubiler, danser, chanter notre échec collectif. Puisque nous ne savons faire que cela!

On dit que les journalistes sont les chiens de garde de la démocratie et le miroir de la société, mais quel reflet les médias nous offrent-ils lorsque nos plateaux télé et de radio rivalisent de stupidités écervelantes ?

Une vulgarité qui s’immisce dans les moindres recoins de notre société, contamine notre jeunesse et détourne la mission d’éducation.

Nos écoles et universités ont rompu depuis fort longtemps leur part de contrat social. Elles sont devenues les lieux privilégiés où sont perpétrés les crimes et actes parmi les plus odieux.

La dérégulation des régulateurs sociaux a atteint son paroxysme au point de se demander s’il est encore permis d’espérer retrouver un jour l’axe sensé ?

Nous les politiques ? Je préfère ne pas en parler. Le niveau extrêmement bas de nos débats récents liés aux prochaines élections législatives a montré à suffisance nos limites et notre incapacité à relever les défis de l’heure. 

Le droit chemin ? Nous en sommes donc  bien loin hélas.

Notre chemin était celui de notre capital spirituel. Des  gisements gigantesques avaient  été découverts par nos illustres prédécesseurs par de multiples voies : la voie soufie, la voie scientifique (C. Anta Diop), la voie de la sagesse. Malheureusement ces gisements intarissables, uniques par leur rareté et leur genre dans le monde ont été délaissés.  Nous avons préféré les autres gisements appauvrissants : or, pétrole et gaz … et une course folle aux richesses.  Le paroxysme de l’égarement a été atteint avec la Consécration du sordide  concept de Fast Track en philosophie de gouvernance dénuant ainsi la politique de toute sagesse.

Et depuis lors je crie  à tous poumons  à mon peuple que le mal est dans le fast track (instantanéité); mais peine perdue.  Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, ivre de la litanie grossière de notre société. Les Dirigeants comme le peuple, baignés depuis quelques décennies dans les eaux sales de mal gouvernance, préfèrent le clinquant au durable, le facile au dur labeur, le mensonge à la vérité, l’accumulation à la Baraka, l’abandon à l'endurance, la distraction à l’attention.

Justement, en parlant de distraction, je comprends mieux les Versets Sublimes de la sourate  Al Takathur:

La course aux richesses nous a distraites,

Et aujourd’hui, avec ce drame, nous visitons nos propres  tombes.

Mais hélas. Ce n’est que le début de notre déchéance ! Nous le saurons bientôt !

(Encore une fois) ! Nous le saurons bientôt !

Sûrement ! Si nous  savions de science certaine les conséquences de nos politiques, de notre système éducatif, de notre déviance de la voie du spirituel

Nous verrons, certes, la Fournaise, la pauvreté, la déchéance, l’insécurité

Puis, nous les verrons certes, avec l'œil de la certitude.

Puis, assurément, nous  serons interrogés par les générations futures, sur les délices qui nous ont égarés loin du chemin, notre vrai chemin.

Pire encore, dans quelques jours, nous aurons encore oublié ce drame abject comme nous avons oublié le drame du Joola, le drame des nouveau-nés de Louga, la mort par négligence de Astou Sokhna, le drame des femmes enceintes et nouveau-nés tués par la folie de véhicules à kédougou, celui des centaines de femmes qui meurent en couche dans d’atroces souffrances ou sous la lame ou les coups d’un mari délirant, celui des enfants dont on ne voit plus les visages, chaque jour un peu plus déshumanisés qui sont le terreau de tueurs de sang-froid, celui des migrants naufragés, celui des câbles volés du Ter…

Je demande solennellement à tous ceux à qui une parcelle du pouvoir d'Allah a été confiée de tout faire pour que ce drame ne puisse jamais s’effacer de notre conscience et mémoire collective. Il faut un devoir de mémoire. Il est infamant d’oublier tous ces drames au gré de nos désirs sporadiques et bien éphémères.

Inviter les khalifes généraux et l’église au stade Abdoulaye Wade  pour une oraison nationale pourrait aider. Oraison qui donnera l’occasion aux sénégalais d’entendre enfin par le cœur le message de la sagesse, l’appel des illustres anciens et de valeureux guides spirituels. C’est cela qui devrait permettre la réalisation de notre marque distinctive.

Nous devons tous nous repentir devant Allah. Le crime que notre société a commis sur ces onze nouveau-nés est gravissime, infâme et indigne.

Honte à celui qui, parmi nous, pointera son doigt sur l’autre en s’oubliant lui-même.

 L’humilité recommande de beaucoup prier et de beaucoup demander pardon en regrettant chacun dans son for intérieur ses manquements.

Chacun de nous porte la responsabilité de ce mal. Le mal est collectif. Notre responsabilité est collective.

En attendant que les responsabilités soient situées,  nous espérons des acteurs impliqués (du ministre au plus petit acteur) une démission, une profonde introspection et un mea culpa, au nom de la Nation, du respect de la dignité humaine et pour leur propre honneur.

Mes condoléances à toute l’humanité parce que ces nouveau-nés n’avaient pas encore choisi leur patrie. Mes condoléances aux parents. Mes condoléances à notre Nation pour qui je l’espère un deuil national sera décrété, tellement la perte et ses manquements sont immenses.

Moustapha Mamba Guirassy
Député, PCA IAM et Président du parti SET ( Sénégal En Tête ).
Jeudi 26 Mai 2022
Dakaractu



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