Décryptage / Les plénières vues sur Internet : Sonko, Mame Diarra Fam, Bara Dolly… les députés vedettes des réseaux sociaux

Désormais, les plénières se font aussi sur Internet et les députés l'ont bien compris. Être particulièrement « suivi » devient primordial pour beaucoup de parlementaires. Et tant pis si les vidéos alimentent le procès en « amateurisme » fait à certains élus. L’essentiel c’est d’être la vedette des réseaux sociaux.


Mame Diarra Fam est devenue plus célèbre sur internet après son allocution, lors du vote du projet de loi sur le parrainage, en 2018. La vidéo circule depuis plusieurs mois montrant la députée dans une chaude discussion,  gestuelle à l’appui, avec l’ex-ministre de la Justice, Ismaïla Madior Fall. Sur les images, visionnées des centaines de milliers de fois sur Youtube, on voit le président Moustapha Niasse demandant à l’élue de la diaspora de s’asseoir pour permettre à d'autres de s'exprimer, sans parvenir à l’interrompre dare-dare. Certains de ses collègues, voulant la faire taire, se sont moqués de son accent italien.

 

Depuis, la députée du Pds a reçu beaucoup de messages de félicitations. Quant à la  scène, elle a été vue par plus de 100 mille internautes. Des facebookeurs, amusés, n'ont d'ailleurs pas hésité à la partager sur leur compte. La vidéo a fait le tour du web, où des jeunes se sont livrés à une imitation de la députée. Un sacré coup de pub pour la « Lionne » du groupe parlementaire Libéral et démocrate qui n’a rien à envier à Ousmane Sonko, l’autre député vedette des réseaux sociaux.

 

L’Assemblée nationale, haut lieu de débat de nos parlementaires, peut parfois devenir le théâtre d’intenses joutes verbales. On garde le souvenir des grands moments d’éloquence d’Ousmane Sonko. L’ancien inspecteur des impôts est particulièrement très « suivi », « liké » et « partagé » sur Internet. La jeunesse de l’opposition a une bonne image de lui, avec des « J'aime » qui atteignent les milliers. En portant une partie de son exposé sur les crimes perpétrés contre les tirailleurs sénégalais, en 1944, Sonko a vu sa cote d'amour auprès des internautes exploser. Les commentaires lui ont été favorables, à la suite de la plénière du vote du budget du ministère de l'Intérieur. 

 

Le leader de Pastef Les Patriotes, habitué des déclarations tonitruantes, s'est imposé sur internet grâce à un groupe de fans très actifs en ligne et une communication agressive. Le candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2019 présente une autre version de ce politicien connecté, adaptée à ses valeurs et à l'évolution du Web. Le but ? Créer un rapport immédiat avec ses sympathisants, et plus largement, avec le peuple.

 

Les uns y ont diagnostiqué une forme de tentation plébiscitaire. Les autres y virent un simple engouement technologique pour les médiums  sociaux par un homme politique toujours soucieux de faire valoir sa vision politique et désireux surtout de susciter l'approbation populaire. Comme lui, d’autres élus, par « souci louable de s’adresser à leurs administrés », utilisent Facebook, Instagram et Twitter.  Il faut dire que communiquer en passant par le biais du site web est un nouveau fantasme de politique.

 

Avec la prolifération des sites web, les réseaux sociaux sont des lieux d'expression plébiscités par les acteurs politiques, mais parfois raillés dans les commentaires. A l’occasion des plénières, les parlementaires de l’opposition sont coutumiers de la stratégie du coup de com’. On peut citer le leader du FSD/BJ qui, pour plaider la formation des maîtres coraniques, avait vidé son sac de courses sur les tables de l’Assemblée. Ou encore le député de Rewmi Dethié Fall, qui, pour assainir l’hémicycle, avait proposé un appareil pour tester le niveau de lucidité des députés.

 

L’hémicycle prend parfois des airs de « cour de récréation », avec des élus qui se font filmer à chaque intervention. Et quand Cheikh Abdou Mbacké Bara Dolly prend la parole, c’est en scène comique que se transforme l’hémicycle. Malgré tout, il gagne le surnom de «député de Touba» grâce à une stratégie de communication axée sur les « revendications de la ville sainte ».

 

A l’assemblée nationale, les députés de la majorité apprécient aussi la possibilité de s'adresser directement aux électeurs, ce que permettent YouTube, Twitter, Facebook, etc. Une stratégie qui peut se révéler payante.

 

 

Mardi 10 Décembre 2019
Dakaractu




Dans la même rubrique :