Au SGEE, quand faut-il se mettre au travail... ?


Au SGEE, quand faut-il se mettre au travail... ?
Nous sommes tous, aujourd’hui, dans un contexte assez malheureux, où nous sommes tous gagnés par l’émotion et par l’inquiétude, suite à l’histoire de disparition de ces derniers jours. Cependant, profitant de la fenêtre d’opportunité que cette situation m’offre, je veux bien aborder un sujet qui intéresse presque tous les étudiants sénégalais en France. Ceci n’est ni une attaque, ni un règlement de compte à l’égard du SGEE ; c’est un cri de cœur, un rappel, une revendication que beaucoup d’étudiants voudraient faire entendre au SGEE.
En discutant avec des amis guinéens ou ivoiriens, nous trouvons, à chaque fois, que l’Etat du Sénégal fait l’objet d’exception dans sa manière de prendre en charge ses étudiants en France. Contrairement aux autres Etats africains, c’est donc des milliards que notre Etat investit pour que les étudiants sénégalais puissent suivre dans de bonnes conditions leurs études en France. Sur ce point, nous ne pouvons que féliciter l’Etat et les agents en charge de l’exécution de ce travail.
Votre professionnalisme, et non sur votre générosité...
Cependant, nous qui sommes en France, nous ne sommes pas vraiment satisfaits de la manière dont le SGEE travaille, pour bon nombre de raisons. Comment voulez-vous donc être au service des étudiants sénégalais alors que nous pouvons passer des semaines, je dis bien des semaines, à vouloir vous joindre au téléphone, quand nous avons besoin de vous ? Beaucoup d’étudiants ne trouvent plus utile de vous appeler quand des situations d’urgence se présentent à eux. Car, nous le savons, vous n’allez pas répondre immédiatement, alors que le téléphone peut sonner à longueur de journée. Vous ne savez pas si l’étudiant est dans unsituation d’urgence grave, s’il veut juste quelques renseignements administratifs, ni s’il a un problème social important qui requiert votre intervention. Si vous avez un numéro de bureau pour quon vous contacte, le minimum serait d’être joignable quand nous vous appelons, car c’est, en effet, pour cela qu’on vous paie.
D’autre part, comment voulez-vous prendre en charge nos problèmes quand vous n’avez ni le respect ni le temps de nous écouter pour nous comprendre ? Je parle sous le contrôle de tous les étudiants sénégalais, je pense que vos ‘’street-level bureaucrats’’ qui sont en charge de l’accueil téléphonique doivent bien revoir leur comportement, quand il s’agit de prendre en charge nos problèmes. Après avoir fait un marathon de plusieurs semaines pour vous joindre, vous nous répondez comme si nous étions des mendiants, à votre porte. Nous ne comptons ni sur votre générosité, ni sur votre bienveillance, mais sur votre professionnalisme. Les quelques euros que l’Etat nous octroie ne viennent ni de vos poches, ni des comptes bancaires de vos familles. Donc traitez-nous avec plus de respect, écoutez-nous et essayez de faire un peu votre job au lieu de nous rejeter ou de nous traiter avec « Ñàkk kersa » sans aucune justification. La majeure partie d’entre nous n’est pas boursière et quand on vous contacte, ce n’est pas forcément pour une question d’argent ou de bourse ; c’est souvent pour des soucis administratifs, sociaux, ou scolaires qui demandent votre expertise. Donc, faire votre travail, c’est aussi et surtout, savoir nous écouter, sans nous harceler.
Rompre avec certaines incohérences...
C’est une bonne chose la Bourse d’Excellence... mais à quoi bon sert-elle si elle doit être réservée qu’aux étudiants de prépa, comme si ceux qui sont à l’Université sont des étudiants de seconde catégorie ? Souvent, les étudiants qui sont acceptés en Prépa ne s’y retrouvent plus après quelques mois d’études. Ainsi, il leur arrive de vouloir aller à l’Université, mais, avec la menace de voir leur
bourse réduite, ils sont souvent contraints d’y rester, de subir les frustrations, la dépression, l’échec, les pressions sociales et scolaires pour ne pas mourir de précarité, si leur bourse leur est ôtée. Pourtant, tous ceux qui échouent ou ne se sentent pas à l’aise en prépa sont parmi les meilleurs à la fac, car c’est là où ils se sentent le mieux et où ils veulent être. Donc c’est un gros mensonge de prétendre que le fait d’aller à la fac est un signe de médiocrité pour les boursiers d’Excellence. Ce qui doit compter, ce qui est important, c’est de savoir si l’étudiant fait de bons résultats ou pas, s’il travaille ou pas. Ainsi, il serait plus cohérent de continuer avec la Bourse d’Excellence pour les étudiants qui veulent aller à l’université. Car, si cette bourse est pour les « excellents », qu’importe où ils se trouvent, elle doit leur être octroyée, à la fac, comme à la prépa. D’ailleurs, en coupant leur bourse, vous les encouragez à décrocher, à trouver un petit boulot au lieu de se concentrer dans leurs études, à sombrer dans la précarité pour ceux qui ne peuvent trouver du travail.
D’autre part, faut-il donc vous rappeler que tous les étudiants ne sont pas boursiers ? le plus grand nombre n’a pas de bourse et ne compte pas sur les quelques euros mensuels pour vivre. Ce qui leur faut, c’est votre présence, votre considération, votre manifestation, tant peu soit-elle. Il faut un peu sortir de Paris, aller en province et dans les autres villes, s’enquérir de la situation des étudiants. Vous ne pouvez rendre service aux étudiants si vous restez dans vos routines de bureaucrates, et ne descendez sur le terrain que parce qu’il a une cérémonie où il vous faut un petit coup de pub. Vous ne pouvez apporter des solutions à nos problèmes si vous restez à Paris, publiant deux ou trois posts par moments pour nous faire voir que vous travaillez. Les étudiants sénégalais ont besoin de sentir votre présence, d’être écoutés, d’être consultés. Le travail fait avec les associations d’étudiants sénégalais ne doit pas se résumer en des rapports entre quelques privilégiés, il doit pas non plus s’arrêter dans des prises de contacts qui au final ne produisent aucun impact dans le vécu des étudiants de la base. Sortez de vos bureaux, soyez en contact avec les étudiants !
Pour finir, j’aimerais rappeler que je fais partie des quelques privilégiés qui, ayant été boursiers d’Excellence, n’ont pas eu beaucoup de problèmes pour subvenir à leurs besoins. Donc, si j’écris ce texte aujourd’hui, c’est pour mes camarades qui n’ont pas la chance d’avoir la Bourse d’Excellence et/ou qui n’ont même pas la bourse pédagogique. Etant durant cinq ans déjà en contact des étudiants, j’ai décidé d’écrire de texte, avant tout, pour alerter sur la situation.
Alioune Badara NDIAYE Trois fois Lauréats au Concours Général Sénégalais Ancien Boursier d’Excellence Etudiant en Master d’ingénierie de projets en politiques urbaines
Mardi 19 Janvier 2021



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