A l’Heure de l’émergence des économies africaines : Contraintes et opportunités des sources de financement alternatif et innovant des grands projets d'infrastructures.

L’émergence économique des Etats africains se mesurera nécessairement par les indicateurs liés aux progrès du capital humain, au développement des infrastructures de qualité, à la performance économique etc. Avec la mondialisation de l’économie et l’internationalisation des opérations de plus en plus complexes, l’Afrique entend ainsi combler son déficit en infrastructures et son retard économique afin de pouvoir jouer pleinement son rôle de continent émergent en s’érigeant comme plaque tournante de l’économie mondiale pour les prochaines années.
Pour y parvenir, il est incontournable de se doter d’abord d’infrastructures de qualité, d’une main d’œuvre hautement qualifiée et de moyens de communication performants qui constituent de solides et puissants leviers d’émergence.


A l’Heure de l’émergence des économies africaines : Contraintes et opportunités des sources de financement alternatif et innovant des grands projets d'infrastructures.
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Un des critères de succès d’un projet, quelque soit sa taille et sa nature, qu’il soit public ou privé, social, etc., est de créer de la valeur ajoutée.
 
En dépit de multiples politiques d’émergence conduites un peu partout en Afrique, il est important de souligner que les problèmes de financement des grands projets d’infrastructures du continent sont divers et variés et résultent de la combinaison de diverses contraintes liées à l’accès aux lourds investissements.
 
Malgré la volonté affichée de certains Etats de tendre vers l’émergence à travers d’ambitieux programmes, il parait évident que le financement de certains grands projets d’infrastructures exprimés dans ces plans pourrait constituer le nerf de la guerre. Face à de tels besoins en investissement, les Etats peuvent se heurter à une importante contrainte financière liée aux difficultés à financer certains grands projets.
 
Afin d’optimiser les performances respectives des secteurs public et privé, pour réaliser dans les meilleurs délais les projets, il est opportun de se tourner vers de nouvelles sources de financement alternatives et innovantes indispensables pour  la mise en œuvre des projets et programmes exprimés.
 
C’est ainsi que les sources de financement alternatif des grands projets d’infrastructures sont amenées à jouer un rôle croissant s’agissant du développement économique des pays africains conformément aux politiques déclinées au sein des différents plans émergents.
 
Le financement de projets est spécifiquement dédié à la levée de capitaux auprès des institutions financières, des fonds privés etc., afin de satisfaire les énormes besoins en termes d’investissement à long terme du continent. Cette technique complexe, hybride, pouvant combiner plusieurs produis financiers (emprunts obligataires, actions, PPP, PPI, BOT, BTL etc.), constitue un mode de financement innovant.
 
Cette technique de levée de capitaux à long terme, destinée à financer notamment les grands ouvrages d’infrastructures,  et qui requiert une ingénierie financière, juridique et fiscale hautement élaborée est d’ores et déjà intensément utilisée dans un grand  nombre de pays émergents. Elle s’y voit d’ailleurs décliner dans le domaine de l’exploration pétrolière et gazière comme dans celui de l’exploitation des minerais voire des concessions, sous quelque application et dans quelque industrie que ce soit.
 
Avant de recourir à cette technique de financement, il est prudent de bien comprendre en quoi l’influence de l’endettement sur la rentabilité des fonds propres investis et la pertinence des cash flows sont primordiales s’agissant de la viabilité du montage financier lié à ce type de projets, exposés- en outre - aux risques politique, de change, de taux d’intérêt, et de défaillance éventuelle des différents opérateurs, sans oublier naturellement celui lié à l’environnement.
 
Aujourd’hui, les grands projets d'infrastructures des pays émergents présentent des défis considérables en matière de montage financier mais également en termes de gestion des risques. Pour certains pays considérés comme des économies à risques élevés, un projet d'infrastructure n’est attrayant que s’il génère une forte rentabilité financière pour les bailleurs qui intègrent dans leur choix de ce type d’investissement la prime de risque.
 
 
 
Parmi les diverses sources de financement disponibles, il est bien connu que le financement alternatif est une des méthodes les plus largement utilisées pour financer de grands projets d'infrastructures et certains types d'activités d'extraction de ressources naturelles: centrales électriques, pétrole et gaz, pipelines et barrages hydroélectriques, etc.
 
L’émergence des économies africaines va entraîner nécessairement une forte exigence en matière d’infrastructures afin de soutenir leur dynamique de développement. Cela signifie que les projets d'infrastructures ne peuvent plus être financés uniquement sur la base de méthodes traditionnelles. D'autres mécanismes de financement plus adéquats, novateurs et adaptés peuvent être explorés, envisagés et entrepris tels le recours aux financements obligataires ainsi que les partenariats public-privés, le Build Operate and Transfer, etc.
 
Il est important de souligner que les projets diffèrent de par le montant de l’investissement requis et de la nature de leurs activités. Toutefois, ces projets doivent nécessairement être soumis à un montage financier rigoureux et sophistiqué afin de garantir les rendements escomptés.
 
Par ailleurs les techniques de financement innovant se distinguent de celles du financement conventionnel qui se fonde plutôt sur une évaluation de la solidité financière de l’emprunteur et de sa capacité à honorer les échéances.
 
En ce qui concerne les partenariats publics privés, les Build Operate and Transfer etc., il existe autant de techniques alternatives de financement de grands projets d’infrastructures cadrant parfaitement avec les stratégies financières déclinées au niveau des différents plans émergents du continent. Cependant, ces techniques alternatives doivent être minutieusement étudiées.
 
Le recours à ces techniques suppose nécessairement la maîtrise parfaite des délais de récupération des capitaux (payback-ratio) qui est une condition sine qua none de la durée des concessions à octroyer. Plus le délai de récupération des capitaux (DRC) est long, plus la durée de la concession est importante. Plus les cash-flows du projet sont conséquents, moins le délai de récupération des capitaux est significatif, du coût une minimisation des coûts du projet s’impose.
 
Plus de deux projets sur trois déjà entrepris sur le continent ont connu un dépassement de coût et de délai qui a eu des répercussions assez considérables sur la rentabilité attendue lesquelles ont induit ainsi des délais de récupération des capitaux supérieurs aux prévisions.
 
En optant pour les mécanismes de financement alternatif, les Etats promoteurs seront potentiellement en mesure de réduire les coûts de financement des projets à  condition de réussir les montages financiers grâce à des études de faisabilité parfaites qui intègrent les différents paramètres économiques, sociaux, culturels, etc.
 
Ainsi, le recours à de nouvelles sources de financement alternatif devient plus qu’une nécessité d’autant plus que des fonds souverains commencent déjà à s’intéresser et à investir directement dans des projets d'infrastructures internationaux. Ceci peut constituer une source supplémentaire de financement pour la nouvelle génération des grands projets d'investissement de la prochaine décennie.
 
Ce faisant, les différentes parties prenantes des projets seront en mesure de tirer profit de ces sources de financement grâce à des  mécanismes de montages financiers précis et équitables qui garantiront aux projets des rendements conséquents en raison du bas coût du capital et une gestion partagée des risques.
 
Sans aucun doute, les plus gros investissements  de grands projets vont se réaliser en Afrique pendant les prochaines années. Cela tient compte du fait que l’Afrique reste le continent qui possède le plus petit réseau d’infrastructures au monde et dont la main d’œuvre hautement qualifiée, apte à conduire des montages financiers hybrides et complexes, demeure encore largement insuffisante.
 
En partie ceci justifie les montages financiers erronés, souvent conduits par des experts méconnaissant les contours et les exigences culturelles spécifiques au continent indispensables à la réussite des projets et programmes. La non prise en compte de ces aspects essentiels au niveau des études de faisabilité constitue déjà un facteur potentiel de risque  pouvant entrainer l’échec des projets.
Dans un contexte d’émergence des économies africaines, les grands projets d’infrastructures déclinés dans les différents plans émergents gagneront ainsi plus en rentabilité en faisant appel à cette ingénierie à la fois financière, juridique, fiscale et technique, afin de satisfaire leurs besoins en financement.
 
Dire que les techniques alternatives et innovantes de financement des grands projets d’infrastructures des économies émergentes du continent africain constituent une opportunité pour les différents Etats, dépend strictement de la pertinence du montage financier, de la structuration de l’opération et de son exécution.
 
C’est une «due diligence» à la fois complexe, sophistiquée et spécifique, qui repose sur la notion de levier et qui exige une analyse transversale à la fois économique, technique, financière, juridique, fiscale, politique et environnementale des projets dans toutes leurs composantes.
 
Ainsi, il faut s’assurer de la pertinence des montages financiers que peuvent porter les projets au regard des cash flows qu’ils génèrent, en s’assurant que les taux de rentabilité économique des projets absorbent toujours le coût financier de la dette afin de bénéficier d’un effet de levier financier positif. Ceci pourra garantir un délai de récupération adéquat qui pourrait pallier à de longs contrats de concession.
 
La soumission de tout projet aux types de financement tels les PPP, les BOT, etc., exige le respect de certaines conditions nécessaires et suffisantes telles que:
 
1.      l’assurance que les charges et les revenus prévisionnels préétablis soient pertinemment estimés.
  • Si les charges sont surestimées, les cash-flows seront moins significatifs par conséquent cela peut conduire à un délai de récupération important, synonyme d’une longue durée de contrat de concession. La durée de contrat de concession est une fonction de la durée de récupération des capitaux.
 
  • Si les revenus attendus du projet ou le chiffre d’affaires prévisionnel est sous-estimé, les cash flows seront aussi moindres et la période de récupération des capitaux assez conséquente, ce qui aboutit aussi à une durée de contrat de concession longue.
 
Dans ces deux cas de figures, les différentes parties prenantes pourraient être amenées à s’engager dans des stratégies ouvrant voie à des tentatives de révision de contrats dues à des prévisions erronées et qui seraient assujetties à d’éventuels ajustements.
 
2.   Pour assurer la mise en place de ces lourds financements indispensables à la mise en œuvre des grands projets d’infrastructures du continent, aussi bien les apporteurs de capitaux que les Etats, doivent pouvoir se convaincre d’abord que les prévisions en termes de charges et de revenus attendus de chaque projet, sont établies de manière optimale, objective et pertinente, que ces dernières répondent en outre à l’orthodoxie financière de projet.
 
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Sur le plan strictement financier, juridique et fiscal, l’élaboration de tout projet techniquement faisable et économiquement viable,  suppose la parfaite compréhension du particularisme des exigences de l’ingénierie financière de projet ainsi que les grandes catégories de risques (construction, exploitation, financier, interne, externe, etc.) s’y afférent.
 
En résumé, la faisabilité technique et financière de tels projets candidats aux sources de  financement alternatif, requiert à terme que leur future mise en œuvre s’effectue selon le planning prévisionnel entériné, en conformité avec les objectifs fixés, et dans le respect du  budget préétabli. Toute variation (conception, design, délai) peut induire directement ou indirectement des surcoûts qui  sont susceptibles d’impacter le délai de récupération des capitaux, entrainant ainsi des contrats de concession plus longs. 
 
Enfin, les différentes parties prenantes des projets, afin de mieux garantir la rentabilité de ces derniers, doivent veiller au respect de certaines normes prudentielles matérialisées notamment par certains ratios, indicateurs de performance et leviers financiers qui permettent d’optimiser les revenus, de minimiser les coûts des projets et les risques d’extension des délais de récupération des capitaux.
 
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Ph.D., Doctorant Papa Momar Fatime AW, en Sociologie de Grands Projets, CASR 3PM ACADEMY®
Pr. Hamdouraby SY, Ph.D., Professor of Advanced Risk Management, CASR 3PM ACADEMY®
CASR 3PM ACADEMY®_ RISK _INSTITUTE® N°07_RI7_Mai_2018/ www.casr3pm.sn
Mercredi 23 Mai 2018
Dakaractu




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