À deux jours de la fin de l’ultimatum de la CEDEAO : que font la Guinée et le Burkina Faso pour éviter des sanctions économiques et financières?

Ce 25 avril est une date importante pour deux pays de la sous-région. La Guinée et le Burkina Faso disposent encore de deux jours pour se conformer aux injonctions de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest sous peine de sanctions.


En Guinée comme au Burkina Faso, les présidents démocratiquement élus ont été déposés par des militaires à l'occasion de coups d’État survenus respectivement en septembre 2021 et en janvier 2022.

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest a réagi en suspendant les deux pays de l’organisation sous-régionale. « Il faut d’abord prendre en compte les principes fondateurs de notre communauté, tout particulièrement le protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance que nous avons adopté en 2001. Celui-ci indique clairement que les changements de pouvoir non constitutionnels ne sont pas acceptés. Il indique tout aussi clairement que l’armée est apolitique », rappelle dans un entretien à Jeune Afrique le président de la Commission de la CEDEAO Jean Claude Kassi Brou.

Menaces peu voilées de la CEDEAO.

À la suite de ces évènements, les nouvelles autorités de ces deux pays de la sous-région ont mis en place les organes d’une gestion transitoire au terme de laquelle le pouvoir sera transmis aux civils. 

En Guinée, la durée de cette transition n’est pas encore déterminée. Le colonel Mamadi Doumbouya s’en réfère à la décision qui sortira des concertations nationales. Par contre, au Burkina Faso, la charte de la transition a déjà tranché la question en fixant à 36 mois la durée de la transition. 

Peu convaincue par la bonne foi des nouveaux décideurs de Ouagadougou et de Conakry, la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO s’est réunie le 25 mars dernier à Accra, au Ghana. 

Au sortir de cette rencontre, les présidents ouest-africains ont demandé aux autorités burkinabé et guinéennes de finaliser un chronogramme acceptable de la transition au plus tard le 25 mars. « Passé ce délai, des sanctions économiques et financières entreront immédiatement en vigueur », a menacé l’instance de décision de la CEDEAO. 

La Guinée accélère le pas.

Malgré les discours « souverainistes » entendus çà et là, ces menaces sont prises au sérieux. À travers le ministère de l’administration du territoire et de la Décentralisation, le gouvernement a créé un cadre de dialogue « boycotté par les grandes coalitions de partis politiques (RPG ARC-EN-CIEL, Anad de Cellou Dalein Diallo, la formation politique de Sidya Touré) et la société civile pilotée par le FNDC », précise Siddy Koundara Diallo, journaliste à Africaguinee.com contacté par Dakaractu. 

En revanche, ces organisations politiques et de la société civile ont envoyé leurs réponses aux courriers du gouvernement dans le cadre de l’élaboration d’un chronogramme de la transition. Seul le RPG-ARC-En-Ciel dont l’actuel chef est en prison pour supposé enrichissement illicite est aux abonnés absents, nous apprend Siddy Koundara Diallo qui fait savoir que « les propositions reçues feront l’objet d’étude en vue de trouver une durée consensuelle de la transition ». « Mais on se demande si le ministère pourrait compiler toutes ces propositions et dévoiler la durée de la transition avant la date butoir », s’interroge le journaliste guinéen. 

À défaut d’avoir une date à proposer à la CEDEAO, Mamadi Doumbouya peut au moins jouer sur un autre tableau. Vendredi 22 avril, à trois jours de la fin de l’ultimatum, le Comité national pour le Rassemblement et le développement (CNRD) a annoncé dans un communiqué la « libération totale de Alpha Condé ».

L’ancien président de la République devrait recevoir ses premières visites ce samedi 23 avril. « Les toutes premières après son départ du pouvoir », précise le journaliste Siddy Koundara Diallo. Il considère que ces actes sont une expression de la « bonne volonté » des autorités. « Reste maintenant à savoir si cela suffira pour convaincre la CEDEAO », se demande-t-il.


Ouagadougou met de l'eau dans son vin

Au même titre que la Guinée, le Burkina Faso privilégie la voie de la raison. D’abord en relâchant l’ancien président Roch Marc Kaboré. La CEDEAO avait exigé sa libération.

Ensuite, les lignes ont bougé au sujet de la durée de la transition. Dans son message à la nation du 1er avril, le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba a déclaré qu’elle peut être réduite si la situation sécuritaire s’améliore. Un objectif que le nouvel homme fort de Ouagadougou veut atteindre, quitte à faire des concessions, face aux groupes armés terroristes. Le chef de l’Etat burkinabé a annoncé la mise en place de comités locaux de dialogue pour la restauration de la paix dont la coordination est assurée par le ministère de la Cohésion sociale et de la Réconciliation. « C’est un dialogue entre des jeunes qui veulent revenir et qui ont demandé à avoir leurs leaders locaux », recadre Yero Boly, cité par RFI. Ces pourparlers qui se feront localement n'empêcheront pas la poursuite des actions militaires sur le terrain.

Dans tous les cas, la CEDEAO appréciera et décidera si le Burkina Faso et la Guinée méritent de rejoindre le Mali qui fait l'objet de sanctions économiques et financières entrées en vigueur depuis le 9 janvier et maintenues par le sommet du 25 mars. Un isolement qui n'a cependant pas réussi à faire plier Bamako qui, aux dernières nouvelles, s’attache à une transition de 24 mois en lieu et place des 16 mois exigés par la CEDEAO. 
Samedi 23 Avril 2022
Dakaractu



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