Lettre ouverte à la jeunesse sénégalaise : « Envahissons les institutions ! »


Je m’appelle Alioune Badara Ndiaye, ancien lauréat du Concours Général Sénégalais, étudiant en Science Politique en France, candidat à la mairie de Mbacké pour les élections municipales prochaines.

 

Jeunesse de mon pays, depuis la première alternance, en 2000, et bien avant même, nous avons constamment occupé la rue pour faire vivre notre démocratie. Nous avons été sur le terrain pour que la voix du peuple soit entendue, pour dire NON et même pour changer le cours de l’histoire. 

 

Le 23 juin 2011 en est une parfaite illustration : le peuple était sorti, et avec sa jeunesse, nous avons donné au Sénégalais lambda la possibilité de choisir son avenir. La rue c’était nous, c’est toujours nous. 

 

A des moments critiques de notre histoire, nous avons osé sortir de nos zones de confort, nous avons osé combattre le pouvoir et certaines de ses décisions ; certains d’entre nous, jeunes, patriotes sont morts dans la rue, ceux-là que la mémoire collective élève au rang le plus honorable de patriote. Ces jeunes qui ont donné leur vie pour que le Sénégal reste une démocratie. Cette démocratie c’était nous, c’est toujours nous.

 

Mais, après toutes ces décennies de lutte et de revendication, de contestation et de sacrifice, à part quelques victoires ponctuelles, quelques gains de cause obtenus, qu’avons-nous apporté, véritablement, à la démocratie sénégalaise ? Combien de bus avons-nous incendiés, combien de pneus avons-nous brûlés, combien de routes avons-nous barrées, combien d’infrastructures publiques avons-nous saccagées ? Eh bien, aujourd’hui, qu’en est-il de la situation politique, économique et sociale de notre Sénégal ? Nous pouvons certes être fiers du combat que nous avons mené année après année, mais pour autant, quels sentiments doivent nous habiter donc devant cet état de délabrement exacerbé de notre pays ? Quand, en face nous, il y a une élite politique de plus en plus irresponsable, une population plus désenchantée que jamais, une situation économique entre les serres de quelques privilégiés au détriment de plus grand nombre qui épouse la misère, une Nation plus divisée que jamais. Voilà notre Sénégal, en 2020, après toutes ces années de combat.

Jeunesse de mon pays, nous avons été braves; la plupart d’entre nous s’est lancée dans l’entrepreneuriat, en créant, souvent par ses propres moyens et avec un suivi médiocre de nos pouvoirs publics, des startups d’envergures diverses, en s’appuyant sur la technologie pour innover l’agriculture, le commerce, le transport, la santé, et bien d’autres domaines. D’autres ont choisi de se former dans les plus grandes universités, pour intégrer les cercles de réflexions les plus restreints du monde. Nous sommes la crème dans presque toutes les entreprises où nous sommes passés. Le Sénégal peut être bien fier de Nous.

 

Mais, notre pays traine encore. Parce que, sur le terrain politique, nous ne pouvons pas dire que nous avons vraiment réussi, même après toutes ces années de combat. Nous avons été souvent instrumentalisés par les acteurs politiques, déçus par ce qu’ils ont fait de leurs promesses électorales et divisés par les clivages politiques partisans que ces mêmes politiciens s’efforcent à créer. Ils nous ont donné la rue pour mieux conquérir les instances de décision et les institutions de la République, pour conserver leurs fauteuils d’élu et continuer à nous snober. Ils ont fait de nous les instruments de notre propre domination. 

 

Dominés par une élite politique opportuniste et irresponsable, nous sommes encore à la marge de la vraie politique, de la politique participative, de la politique constructive, de la politique citoyenne.

 

Jeunesse de mon pays, c’est pourquoi, il est temps pour nous de nous engager en politique AUTREMENT, non seulement par la rue, mais aussi par le vote, il est temps d’envahir les instances de décision locales et nationales. La rue nous a donné la force, utilisons-la pour déboulonner cette élite politique partisane sans ambition ; il est temps de dépasser les clivages partisans pour que le seul parti qui compte soit le Sénégal lui-même. 

 

Je ne vous demande de voter uniquement, je vous demande de vous faire élire. Si vous voulez que ce pays change, que le Sénégal évolue, que notre Nation soit au rendez-vous du développement, il nous faut une nouvelle élite politique, et cette nouvelle élite politique c’est nous, en réalité. 

 

Nous avons voté durant toute notre vie, nous avons manifesté, nous avons été dans tous les meetings et les rassemblements politiques, souvent, nous nous sommes abstenus, mais de toutes les façons, notre voix n’a jamais été entendue. Alors, votons pour nous, envahissons d’abord les instances politiques locales pour ensuite aspirer au niveau national. Votons la jeunesse et donc la rupture, une autre politique patriotique est possible. 

 

Dans la rue, nous avons combattu, dans les instances politiques de décision, nous allons continuer le combat.

 

Les élections municipales approchent, et si nous voulons que nos villes changent, c’est à nous de nous présenter aux élections. Engageons dans les mouvements, dans les coalitions politiques, dans les listes indépendantes et même dans les partis à condition de faire du Sénégal et des Sénégalais notre seule préoccupation, en nous méfiant encore une fois au « partisannisme ». 

 

Ne fuyons pas la politique, ne fuyons pas l’engagement car si nous voulons aider notre pays, nos paysans, nos entrepreneurs, nos ouvriers, nos femmes, notre jeunesse, notre Nation, la politique reste incontournable. Tant que nous la fuyons, les médiocres et les arrivistes vont continuer à diriger ce pays.

Il y a quelques années, en 2017, des ainé.e.s ont écrit un livre : « Politisez-Vous ! », alors, il est temps que cela ne soit plus qu’un livre, que cela se vive, qu’il se voie, qu’il se fasse. La politisation n’est plus seulement lancer des pierres, c’est aussi prendre des décisions. Alors, trouvons les moyens de nous engager, de convaincre, de nous opposer à la racaille politique qui détruit notre pays.

 

A Mbacké, nous serons au rendez-vous, In Shaa Allah.

 

Alioune Badara NDIAYE 

Candidat à la Mairie de Mbacké 

Etudiant en Science Politique (Université de Lille) En Master de Politiques de communication (Université de Versailles-ESSYM) 

En Master d’Ingénierie en projets de politiques urbaines (Université de Lille) 

En Bachelor Européen de Management (ENACO-Excellence) En Licence d’Histoire et de Géographie (Université Polytechnique des Hauts-de-France)

Lundi 13 Juillet 2020
Dakaractu



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