LA CAN CHERCHE DATE : Sauver le football africain d’un naufrage ! (Par Abdoulaye THIAM)

Le football africain est dans une mauvaise passe. Il est même dans le creux d’une vague face à un calendrier international hyper chargé mais aussi et surtout à cause d’une guéguerre entre l’Uefa et la Fifa. La CAN, considérée comme principale source de financement de la CAF et qui a «glissé» de juin-juillet 2021 à janvier-février de la même année, cherche désespérément date et risque à nouveau d’être reporté en… 2022.


Nous avions alerté du danger qui guettait le football africain à la suite du symposium tenu les 18 et 19 juillet 2017 au Palais des Congrès Skhirat, à Rabat au Maroc, quelques mois après la prise de fonction du président de la Confédération africaine de football (CAF), le Malgache, Ahmad. Nous avions surtout mis le curseur sur la dangerosité de procéder aux changements de la période et de la périodicité de la coupe d’Afrique des nations, principale source de financement du football continental.

La Période 

L’Algérie vainqueur de la CAN 2019 n’a-t-elle empoché la rondelette somme de 4,5 millions de dollars contre 4 millions pour le Cameroun vainqueur de l’édition 2017. Mieux, les 24 équipes ont reçu chacune au minimum 600.000 dollars. Paradoxalement, ce sont des africains, des membres du Comité exécutif, des «experts» triés sur le volet, entre autres qui ont validé et entériné ce qui risque de déboucher sur une mort programmée du football continental. LA PERIODE Nous ne le répéterons jamais assez.

La tenue de la CAN tous les deux ans, était une stratégie savamment réfléchie par l’équipe du président d’alors. Alors que la coupe du monde de football de la Fifa, la coupe d’Europe des nations de l’Uefa et la Copa America de la Conmebol se tiennent par olympiades à l’instar des jeux olympiques du CIO, la CAF, elle, se singularisait en organisant la Can tous les deux ans. L’objectif du prince de Garoua était de permettre aux pays africains de se doter d’infrastructures. Surtout en Afrique au sud du Sahara. Les gouvernements faisant face à plusieurs priorités (eau, électricité, construction de salles de classe, de routes et autres autoroutes), investissent peu sur les infrastructures sportives.

Au Sénégal, par exemple, l’érection d’un stade gazonné remonte en… 1985. Il s’agit de l’actuel stade Léopold Sédar Senghor, qui avait accueilli la CAN de 1992 sous le nom du stade de l’Amitié. Les férus du ballon rond attendent avec impatience le stade du Sénégal dont l’inauguration est prévue avec les Jeux olympiques de la jeunesse de 2022.

 LA PERIODICITE 

Au-delà la période, Issa Hayatou avait également refusé de transiger sur la périodicité. Alors que toutes les compétitions continentale et mondiale se déroulent en juin, juillet et août, la CAN, faisait encore une exception, en se tenant en janvier-février. Une «anomalie» qui n’a jamais plu aux clubs employeurs mais aussi qui installait les joueurs africains dans un gros dilemme. Certes ! Là aussi, le prédécesseur d’Ahmad a toujours su freiner des quatre fers, pour imposer sa CAN en janvier et février. Ni la pression du G14 (clubs les plus riches d’Europe) encore moins celle des joueurs n’avaient pu lui faire fléchir. Hayatou savait qu’une CAN en juin et juillet, était presque impossible dans certains pays en Afrique. L’avenir lui a encore donné raison avec cette CAN camerounaise qui est en passe de devenir une véritable arlésienne. L’équipe d’Ahmad qui avait vanté partout l’organisation de la CAN en Egypte avec 24 équipes a vite fini par se rendre compte de l’évidence. Mais pour masquer le camouflet, elle s’est refugiée derrière la météo.

 LE CALENDRIER INTERNATIONAL DONNE DU TOURNIS A LA CAF

 Le «glissement» de la CAN de juin-juillet à janvier-février ne se justifie pas que par les conditions climatiques et autres météorologiques. Au contraire ! La CAF n’avait plus le choix surtout suite à l'annonce de la Fifa, il y a quelques semaines, du lancement de la nouvelle formule de la Coupe du monde des clubs. Une édition élargie à 24 équipes, et qui doit se tenir entre le 17 juin et le 4 juillet 2021 en Chine. Un créneau qui était jusqu'alors dévolu à la prochaine édition de la Coupe d'Afrique. Un coup de Jarnac sur les têtes des dirigeants du football africain qui sont en train de payer un lourd tribut du mortal kombat que se livrent l’Uefa et la Fifa pour l’équilibre politique du football. Pour contrecarrer la Ligue des nations lancée par l’Uefa, la Fifa se devait de réagir pour garder sa suprématie. C’est ainsi qu’elle a alors jeté son dévolu sur la Chine qui a accepté de mettre la main à la poche dans un contexte d’extrême austérité. Gianni Infantino semble depuis lors reprendre du poil de la bête en faisant appâter les grands clubs dont 8 européens et 7 sud-américains sur les 24 devant prendre part à sa coupe du monde des clubs. L’Afrique n’aura droit qu’à deux représentants seulement. Pis, si la Fifa tient ses dates pour le Mondial des clubs du jeudi 17 juin au dimanche 4 juillet 2021, l’Uefa aussi entend jouer son Euro 2021 du 11 juin au 11 juillet. Quant aux jeux olympiques également reportés à cause de la pandémie de la Covid-19, ils sont programmés du vendredi 23 juillet 2021 au dimanche 8 août 2021. La Conmebol prévoit aussi de livrer la Copa America en Argentine et en Colombie en 2021. Pendant ce temps, l’Afrique cherche une date pour sa CAN 2021.

RISQUE D’UN NOUVEAU REPORT 

Face à un calendrier international bousculé par la covid-19, la CAF risque à nouveau de reporter sa CAN. Avec deux seules journées livrées sur six dans les éliminatoires, l’équipe d’Ahmad se retrouve dans une position plus qu’inconfortable : chercher des dates fifa. Les phases de poules avaient démarré en novembre 2019, pour prendre fin en septembre 2020. Mais après seulement deux journées, tout a été arrêté à cause de la Covid-19. Il s’agit des 3ème et 4ème journées qui étaient prévues du 23 au 31 mars dernier. Devrait suivre ensuite la 5ème journée, du 5 au 7 juin, avant de boucler la boucle par la 6ème et dernière journée du 4 au 6 septembre 2020. Or, les championnats européens qui étaient à l’arrêt viennent de reprendre, pour certains (Bundesliga), d’autres devraient suivre ce mois-ci, notamment la Premier League (17 juin), la Liga (11 juin), la Serie A (20 juin), la Süper Lig en Turquie (12 juin), la Swiss Football League helvète (19 juin) ou la Premier League russe (21 juin). Quant à la ligue 1 française, qui emploie un gros contingent de joueurs africains, le Gouvernement a décrété la fin du championnat.

Autant de faits qui confortent les partisans du report de la CAN en… 2022. Ce qui ne sera pas non plus sans conséquence pour le football africain. Pour rappel, 2022 est une année de la coupe du monde de football. Le choix d’années impairs pour la CAN était en grande partie, lié à la fatigue que ressentaient plusieurs joueurs africains quand une année de coupe du monde coïncidait avec celle d’une CAN. Ainsi, en 2013, la CAF a démarré des CAN en année impaire par l’Afrique du Sud. C’est dire qu’une grande réflexion mérite d’être posée pour sauver le football africain avant qu’elle ne meurt de sa belle mort.

Abdoulaye THIAM
(Sud Quotidien)
 
Mercredi 3 Juin 2020
Dakaractu



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter



Dans la même rubrique :