Israël : le calvaire des 35 500 migrants africains


Au nombre de 35 500, les migrants africains qui résident en Israël subissent des menaces d’emprisonnement et des tracasseries administratives. En clair, le gouvernement, pour les dissuader, cherche à exercer la peur sur eux par des publicités effrayantes.

Selon l’enquête menée par Chloé Demoulin de Mediapart, depuis l’annonce de la mise en œuvre d’un plan de départ par le gouvernement le 1er janvier dernier, la situation s’est aggravée. Les autorités israéliennes donnent jusqu’à la fin du mois de mars aux quelques 35 500 migrants africains qui résident dans le pays pour choisir : soit recevoir 3 500 dollars (1 879 020 F Cfa) et accepter d’être expulsé vers un pays tiers (le Rwanda ou l’Ouganda), soit être emprisonné pour une durée indéterminée. Au terme de cette période, la somme proposée sera ensuite graduellement réduite pour tous ceux qui souhaitent finalement partir « volontairement ».

Les chiffres officiels publiés en février 2015 par le quotidien Haaretz révèlent que seuls 0,25 % des demandeurs d’asile africains se sont vu accorder un statut de réfugié par les autorités israéliennes. Un des pourcentages les plus bas des pays signataires de la Convention de Genève.

La situation est d’autant plus préoccupante que dans une lettre conjointe rendue publique le 3 janvier, plusieurs associations israéliennes ont estimé que les plans du gouvernement Netanyahou revenaient à condamner à mort les migrants africains. « Avec la crise des réfugiés partout à travers le monde, Israël, qui dispose de suffisamment de ressources pour absorber 35 000 réfugiés, a l’obligation morale d’accorder le statut de réfugié », écrivent-elles.

Les signataires s’indignent en outre du fait que la politique répressive du gouvernement soit dirigée exclusivement contre les migrants africains. « Quelque 100 000 nationaux étrangers venant en grande majorité d’Europe de l’Est sont en Israël sans permis, ils ne sont ni persécutés ni forcés au départ », notent-ils.

De fait, respectivement depuis 2011 et 2013, les citoyens ukrainiens et géorgiens ont été exemptés par les autorités israéliennes d’une demande de visa préalable à leur arrivée dans le pays. Selon un rapport publié l’année dernière par la Hotline for Refugees and Migrants, beaucoup d’entre eux payent des intermédiaires ou des agences de ressources humaines peu scrupuleuses pour obtenir de faux documents et pouvoir déposer une demande d’asile en Israël. Un phénomène dont les autorités israéliennes auraient parfaitement connaissance et qu’elles laisseraient largement prospérer.

« Mais le plan du gouvernement Netanyahou à l’égard des migrants africains a une faiblesse de taille. Jamais les prisons israéliennes ne pourront accueillir tous ceux qui refuseront de partir. Le premier ministre a donc demandé aux services d’immigration d’étudier un plan B d’expulsion forcée. Mais selon une source proche du dossier, interrogée par le journal Haaretz, les experts jugeraient la procédure irréaliste, car trop complexe à mettre en œuvre en termes de logistique, de budget et de formation d’un personnel qualifié. Sans parler du fait que les images de migrants africains menottés et traînés de force dans des avions à l’aéroport Ben-Gourion serait du plus mauvais effet pour l’image d’Israël », conclu l’enquête, publiée ce dimanche.

 
Dimanche 21 Janvier 2018
Dakaractu




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