(Entretien) Fausse alerte à la bombe à Dakar : Mamadou Mouth Bane décortique la réaction de la Police

Lundi dernier, Dakar s'est réveillée avec une alerte à la bombe qui s'est révélée être un canular. Une valise déposée non loin de la mairie de Dakar a ameuté les riverains sans parler des badauds qui n'ont rien raté de l'opération mise en œuvre par les forces de sécurité pour désamorcer la «bombe».
Des éléments de la Brigade d'intervention polyvalente, épaulés par la police scientifique sans oublier une équipe des Sapeurs pompiers sont intervenus pour «neutraliser» la valise suspecte. Mais pour d'aucuns, la police y est allé trop fort. Les souteneurs de cette thèse trouvent que les FDS auraient dû avoir un comportement plus discret. Un avis que ne partage pas le journaliste Mamadou Mouth Bane. Contacté par Dakaractu, l'auteur du livre « Le crime organisé dans le Sahel : L’utilisation du numérique et les politiques de prévention », sorti aux éditions L'Harmattan est d'avis que la police a géré cette affaire de manière appropriée. Pour lui, qu'il s'agisse d'une fausse alerte ou non, l'important était de tester la capacité de réaction de nos forces de sécurité. Et pour ce cas, notre interlocuteur n'y trouve pas à redire. Maintenant il se demande si les policiers n'ont pas derrière la fausse alerte ? Entretien...


DAKARACTU : Comment avez-vous apprécié la manière dont la BIP a géré la fausse alerte à la bombe ?

Mamadou Mouth Bane : Merci...

Ce qu’il faut d’abord préciser c’est que les fausses alertes ont toujours existé. Je me rappelle d’une fausse alerte faite par un jeune au niveau de l’hôtel Radisson, les années passées. L’auteur de cette fausse alerte avait appelé sur le fixe de l’établissement hôtelier pour annoncer une bombe qui aurait été placée quelque part sur les lieux.
C’est presque un jeu pour certains qui cherchent à poser des actes de ce genre pour ensuite observer de loin les réactions des populations et des forces de sécurité. L’année dernière, il y avait une fausse alerte à la bombe à Strasbourg en France. Toujours en France, un enfant qui vivait à Rennes, a lancé une fausse alerte à la bombe dans l’avion qui devait transporter ses parents qui voulaient le ramener à Lyon. Et comme il ne voulait pas quitter Rennes, il a invité cette fausse alerte pour que l’avion devant transporter ses parents, ne décolle pas. Récemment, les forces de l’ordre ont évacué un gratte-ciel à Madrid abritant les ambassades de certains pays, dont le Canada, le Royaume-Uni et l’Australie, en raison d’une alerte à la bombe. Par la suite, la police a indiqué que l’alerte était fausse.
Maintenant les fausses alertes ne constituent pas de problème en dehors de la terreur qu’elles installent dans la cité. Ce qui est important c’est la réaction des forces de sécurité, leur capacité à réagir à temps pour écarter le danger réel ou supposé.
Vous avez, certaines fausses alertes sont mêmes provoquées par des forces de sécurité pour tester le comportement des populations ou pour tester leur dispositif sécuritaire en temps de crise.
Les fausses alertes ont un côté positif parce que la réaction des forces de sécurité, leur comportement face à cette situation, leur capacité à gérer une crise dans le temps, rassurent les populations. Surtout lorsqu’elles assistent au processus de gestion de la crise même si par la suite il s’avère qu’il s’agit d’une fausse alerte. Car, c’est plus tard, que l’on se rend compte qu’il s’agit effectivement d’une fausse alerte. Entre l’annonce de l’alerte et la découverte de la réalité, c’est la gestion de cet intervalle de temps qui est importante et capitale.
Vous savez, la Loi n° 2016-29 du 08 novembre 2016 punit les fausses alertes. L’Article 429 bis de cette loi dit : «Celui qui, par un moyen ou procédé quelconque communique ou divulgue une information qu’il sait fausse dans le but de faire croire à l’existence ou à l’imminence d’un attentat ou d’une explosion, d’une dégradation, détérioration ou menace, est puni d’un emprisonnement d’un an à cinq ans et d’une amende de 500.000 francs à 2.000.000 de francs ».
Mais d’autre part, les forces de sécurité encouragent l’alerte précoce. Or si la loi est appliquée, cela pourrait décourager les lanceurs d’alerte sécuritaires. Comment gérer maintenant l’équilibre entre l’alerte précoce recommandée surtout dans ce contexte de lutte contre le terrorisme et les dispositions de la loi qui sanctionne les fausses alertes ? Parce qu’un lanceur d’alerte sécuritaire peut se tromper de bonne foi et tomber sous le coup de la loi.
DAKARACTU : Êtes-vous de ceux qui disent que la police y est allée trop fort et que cette affaire ne méritait pas d'ameuter toute la république ? Étaient-ils dans une logique d'impressionner vu les moyens déployés ?
Mamadou Mouth Bane : Je me demande si la police n’est pas à l’origine de cette fausse alerte pour tester ses moyens ?
Vous savez en matière de sécurité, il ne faut rien négliger. Et rien n’est de trop pour écarter le danger. À mon avis, il faut féliciter la démarche de la police qui a intelligemment géré la situation. J’estime que son approche est rassurante et les populations doivent être rassurées et fières d’avoir des forces de sécurité qui ont une capacité de réaction rapide et efficace. S’il y a certains qui pensent que la police a sorti des moyens pour impressionner, je dis bravo ! Parce que cela fait aussi partie de la stratégie de dissuasion contre les forces du mal. Ce n’est pas rien si, le jour du 4 Avril, on sort toutes nos artilleries pour faire des démonstrations de force. L’intérêt c’est aussi de montrer aux malfaiteurs que le Sénégal a les moyens de se défendre. Il faut donc impressionner nos ennemis par l’exhibition de nos outils répressifs et de défense.
DAKARACTU : Peut-on déceler des failles dans le processus enclenché pour désamorcer cette bombe qui s'est révélée être des habits et des documents ?
Mamadou Mouth Bane : Je n’y vois aucune faille. Seulement, j’ignore quand est ce que la police a été informée et comment ? Car le plus important c’est la rapidité de la réaction pour écarter la menace. Si la valise avait été abandonnée sur les lieux la nuit et que les forces de sécurité attendent le lendemain au  moment où les populations étaient déjà sur les lieux, pour réagir, là je dirai que le système n’a pas bien fonctionné. Cela veut dire que s’il y avait effectivement une bombe programmée pour exploser le matin, le crime allait être commis. Maintenant si la police a réagi immédiatement après le dépôt de la valise sur le site, je dirai que son comportement est rassurant.
La question que je me pose c’est combien de temps s’est écoulé, entre le dépôt de la valise et l’arrivée de la police sur les lieux ?
Aujourd’hui, il faut toujours anticiper et privilégier les patrouilles dans les quartiers. En plus, il faut une réaction rapide et une surveillance permanente.
DAKARACTU : Pour vous, comment ce genre d'affaires doit être géré par les forces de sécurité sans apeurer les populations 
Mamadou Mouth Bane : À mon avis, les forces de sécurité n’ont pas apeuré les populations. Ce sont les média qui ont amplifié l’affaire. N’eussent-été les média, seules quelques personnes allaient être informées. La presse a un effet amplificateur. Il y a un adage chinois qui dit que : «le terrorisme c’est tuer une personne et en apeurer 1.000 autres». Cela veut dire que souvent, il y a plus de peur que de mal. Et les média participent, sans s’en rendre compte, à la propagande terroriste pour ne pas dire à l’apologie verbale du terrorisme. Maintenant, je pense que les média et les forces de sécurité doivent travailler ensemble dans la gestion de ce genre de crises. 
Mercredi 1 Mai 2019
Dakaractu




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