Ils s’autoproclament voyants et prédisent l’avenir. La vie professionnelle, la vie sentimentale, bref, tous les aspects qui touchent à la vie d’une personne, ces diseurs de destin soutiennent avoir des prédispositions qui leur permettent de percer les ténèbres et de voir de quoi demain sera fait. Devant un client, ils font preuve d’imagination et d’audace qui souvent laissent pantois leurs hôtes visités par le bon sens et la lucidité. Ce qui est encore inexplicable ou en tout cas remarquable, c’est que la voyance a envahi, pour le saisir presque d’une hystérie collective, le milieu des intellectuels, des étudiants, supposés être des adeptes de la rationalité. Des voyants ou arnaqueurs du destin ? Le Quotidien a voulu en savoir plus.
A priori, rien n’indique la présence d’un voyant dans cette maison planquée au cœur des Parcelles Assainies. Il suffit seulement d’évoquer un nom et là une dame préposée à la porte vous conduit au premier étage d’une vieille bâtisse aux murs défraîchis. Devant une porte marron, la jeune dame demande de «patienter», le temps qu’une cliente, introduite à l’intérieur de la chambrette, termine sa séance de prédiction.
Devant la porte, les autres clients brûlent d’impatience de connaître leur avenir. Aujourd’hui, ce ne sont pas les femmes seulement qui se tournent vers ces «marchands d’avenir». Les hommes aussi. Une fois la porte de la chambre franchie, l’odeur du renfermé vous empeste les narines. Ensuite, c’est un homme, un handicapé moteur qui attire votre attention. Une imposante silhouette, une béquille posée à sa gauche, trône au milieu d’un matelas, posé à même le sol.
Les salutations d’usage terminées, le voyant vous sert sa carte. Au menu, une séance de voyance et /ou une autre de «travail» pour conjurer le mauvais sort ou attirer la chance. «Je suis venu pour avoir une idée sur mon avenir», lui sert votre serviteur qui se fait passer pour une cliente, tout en lui tendant un billet de 1000 francs en guise de consultation. Tout autour de cet homme, habillé en bleu, un bric-à-brac indescriptible vous intrigue. Des feuilles blanches, crayonnées d’écritures coraniques, des boulettes de papier noircies à l’encre, des livres et quelques exemplaires du Coran.
Au fond de la chambre, les images d’un poste téléviseur diffusant les infos du soir, se reflètent sur le mûr d’en face, une lumière bleue qui assombrit par moments cette chambre mal éclairée. La position du marabout, ses gestes évasifs et quelquefois incompréhensifs, ajoutés au décor donnent à la chambre un mystère recherché.
DES PREDICTIONS QUI CONTRASTENT D’AVEC LA REALITE
Alors commence le rituel. Le voyant jette un furtif coup d’œil sur un livre ; il demande notre nom et celui de notre maman ; et avec l’aide de son long chapelet noir, il commence sa divination. Il murmure, récite des formules. Après un long silence, il lance sur un ton autoritaire : «Tendez votre main droite !» Et commence sa séance de prédiction: «Votre copain hésite toujours à demander votre main pour le mariage. Il veut se lancer mais quelque chose l’en empêche. Vous êtes sous l’emprise du mauvais œil et c’est cela qui retarde le mariage.» Avant que sa cliente, dans les liens du mariage, ne puisse placer un mot, le voyant s’engouffre dans une autre brèche. «La vie professionnelle.» C’est pour encore affirmer des contrevérités. «Les demandes d’emploi que vous avez déposées sont en réalité bloquées, c’est pourquoi vous tardez à trouver du boulot.» Cette fois-ci, votre serviteur a réussi à lui apporter la contradiction. «Je ne cherche pas du travail. Je bosse déjà dans une entreprise.» «C’est un travail qui ne vous satisfait pas», rétorque le voyant catégorique comme pour se donner bonne conscience, face à ses fausses prédictions. Avant d’ajouter pour camper le mélodrame : «Faites attention avec votre copain, vous risquez d’attraper une grossesse bientôt.»
Ouf ! Quel enfer ! On n’avait pas évidemment de soucis à se faire par rapport à cette prédiction, puisqu’étant dans les liens du mariage et étant déjà maman. Seulement, on était choquée par les propos mensongers du voyant. «Quel menteur!», voulait-on lui crier mais, on arrivait à peine à réprimer ce bout de phrase. Histoire de laisser le prétendu liseur de destin continuer son baratin. Le marabout nous prodigue des offrandes. «Impérativement, tu dois le faire», recommande-t-il. Cela pour se débarrasser de l’emprise d’un djinn. Avant qu’on ne se lève pour prendre congé, il nous propose une autre thérapie pour se départir du mauvais œil qui, selon sa science, nous empêcherait de nous marier et en même temps favoriserait le chômage que nous serions en train de vivre. Le remède, c’est un «travail» et pour cela, le voyant réclame 20 000 francs Cfa à votre serviteur.
A priori, rien n’indique la présence d’un voyant dans cette maison planquée au cœur des Parcelles Assainies. Il suffit seulement d’évoquer un nom et là une dame préposée à la porte vous conduit au premier étage d’une vieille bâtisse aux murs défraîchis. Devant une porte marron, la jeune dame demande de «patienter», le temps qu’une cliente, introduite à l’intérieur de la chambrette, termine sa séance de prédiction.
Devant la porte, les autres clients brûlent d’impatience de connaître leur avenir. Aujourd’hui, ce ne sont pas les femmes seulement qui se tournent vers ces «marchands d’avenir». Les hommes aussi. Une fois la porte de la chambre franchie, l’odeur du renfermé vous empeste les narines. Ensuite, c’est un homme, un handicapé moteur qui attire votre attention. Une imposante silhouette, une béquille posée à sa gauche, trône au milieu d’un matelas, posé à même le sol.
Les salutations d’usage terminées, le voyant vous sert sa carte. Au menu, une séance de voyance et /ou une autre de «travail» pour conjurer le mauvais sort ou attirer la chance. «Je suis venu pour avoir une idée sur mon avenir», lui sert votre serviteur qui se fait passer pour une cliente, tout en lui tendant un billet de 1000 francs en guise de consultation. Tout autour de cet homme, habillé en bleu, un bric-à-brac indescriptible vous intrigue. Des feuilles blanches, crayonnées d’écritures coraniques, des boulettes de papier noircies à l’encre, des livres et quelques exemplaires du Coran.
Au fond de la chambre, les images d’un poste téléviseur diffusant les infos du soir, se reflètent sur le mûr d’en face, une lumière bleue qui assombrit par moments cette chambre mal éclairée. La position du marabout, ses gestes évasifs et quelquefois incompréhensifs, ajoutés au décor donnent à la chambre un mystère recherché.
DES PREDICTIONS QUI CONTRASTENT D’AVEC LA REALITE
Alors commence le rituel. Le voyant jette un furtif coup d’œil sur un livre ; il demande notre nom et celui de notre maman ; et avec l’aide de son long chapelet noir, il commence sa divination. Il murmure, récite des formules. Après un long silence, il lance sur un ton autoritaire : «Tendez votre main droite !» Et commence sa séance de prédiction: «Votre copain hésite toujours à demander votre main pour le mariage. Il veut se lancer mais quelque chose l’en empêche. Vous êtes sous l’emprise du mauvais œil et c’est cela qui retarde le mariage.» Avant que sa cliente, dans les liens du mariage, ne puisse placer un mot, le voyant s’engouffre dans une autre brèche. «La vie professionnelle.» C’est pour encore affirmer des contrevérités. «Les demandes d’emploi que vous avez déposées sont en réalité bloquées, c’est pourquoi vous tardez à trouver du boulot.» Cette fois-ci, votre serviteur a réussi à lui apporter la contradiction. «Je ne cherche pas du travail. Je bosse déjà dans une entreprise.» «C’est un travail qui ne vous satisfait pas», rétorque le voyant catégorique comme pour se donner bonne conscience, face à ses fausses prédictions. Avant d’ajouter pour camper le mélodrame : «Faites attention avec votre copain, vous risquez d’attraper une grossesse bientôt.»
Ouf ! Quel enfer ! On n’avait pas évidemment de soucis à se faire par rapport à cette prédiction, puisqu’étant dans les liens du mariage et étant déjà maman. Seulement, on était choquée par les propos mensongers du voyant. «Quel menteur!», voulait-on lui crier mais, on arrivait à peine à réprimer ce bout de phrase. Histoire de laisser le prétendu liseur de destin continuer son baratin. Le marabout nous prodigue des offrandes. «Impérativement, tu dois le faire», recommande-t-il. Cela pour se débarrasser de l’emprise d’un djinn. Avant qu’on ne se lève pour prendre congé, il nous propose une autre thérapie pour se départir du mauvais œil qui, selon sa science, nous empêcherait de nous marier et en même temps favoriserait le chômage que nous serions en train de vivre. Le remède, c’est un «travail» et pour cela, le voyant réclame 20 000 francs Cfa à votre serviteur.
Pr Mamoussé Diagne Professeur agrégé de Philosophe à l’Ucad : «La voyance a suscité chez l’homme une tranquillité d’esprit»
«Rationaliste intégral», Mamoussé Diagne, agrégé de philosophie à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), produit ici une analyse lucide et pertinente du rapport de l’homme à des phénomènes comme la voyance. Nous avons été à l’orfèvrerie de sa réflexion sur cette problématique pour vous en livrer quelques pépites…
Comment le philosophe, le cartésien que vous incarnez en quelque sorte, appréhende les phénomènes de la voyance et des prédictions qui mobilisent aujourd’hui l’opinion sénégalaise ?
Vous avez peut-être tort d’assimiler la philosophie au cartésianisme. On peut parfaitement être philosophe et épouser d’autres écoles qui estiment que le monde n’est pas tout à fait rationnel. En ce qui me concerne, je suis un rationaliste intégral. Mes amis, mes proches, mes étudiants le savent très bien. Il y a que la philosophie, au sens que vous l’avez entendue, suppose l’usage de sa raison face au monde et devant les différents phénomènes qui nous entourent. Au-delà, il faut s’interroger sur le rapport de l’homme et un certain nombre de croyances et d’évènements qui échappent à la possibilité d’explication, selon les voies que vous venez d’indiquer … C’est un fait anthropologique qui touche un peu l’homme en rapport avec son environnement, son histoire. C’est le rapport de l’homme à sa propre vie, à sa propre définition comme être historique. De tout temps et de tout lieu, les hommes ont été hantés par l’imprévisibilité de l’avenir. Ce que j’appellerai la précarité axiologique. Dieu décide de ce qui va se produire sans qu’on le sache où et quand il va se produire. Or, le rêve de l’homme a été toujours d’anticiper sur l’évènement, de penser le non encore produit, pour pouvoir se rassurer et avoir une prise sur cela. La voyance a été ainsi de tous les temps et de tous les lieux, y compris dans les pays dits développés. Il y a Madame Soleil, parce qu’elle rassure sur ce qui va advenir.
L’avenir cesse d’être incertain dès lors que quelqu’un peut dire ce qui va être demain ou après demain. La voyance a suscité chez l’homme une tranquillité d’esprit. Donc, à partir de ce moment, il cesse d’être victime pour devenir un acteur. C’est pour cela, on trouvera toujours chez les hommes et ce n’est pas un fait de crédulité, ce sentiment intime que s’il pouvait anticiper sur l’avenir, il pourrait mesurer sa puissance. Machiavel qui a inventé la science politique, qui la pense de façon rationnelle en le déconnectant de toute considération axiologique ou religieuse, dit : «Quiconque aura connaissance de l’avenir, des circonstances à venir, aurait toujours fortune ami.» C’est-à-dire, il réussirait toujours. Mais il dit : comme cela n’existe pas, les hommes sont soumis à ce qu’il appelle la Fortuna qu’on pourrait désigner comme étant le sort. Cependant, il ajoute que la fortune ne commande que la moitié de nos actions. Pour que notre liberté ne soit pas abolie, la fortune nous laisse l’autre moitié. Ce qui fait que nous sommes des êtres également libres.
Peut-on assimiler le contexte sénégalais à ces besoins d’anticipation et de lecture de l’avenir que vous venez d’expliquer ?
Par rapport au contexte sénégalais, dans notre culture traditionnelle surtout, la voyance est un phénomène répandu de façon systématique. Non seulement la voyance, mais la façon de contrer ce qui est perçu dans la voyance comme étant négatif. C’est pourquoi, à la veille des batailles ou même en toutes circonstances, lorsqu’on attend un enfant, on veut avoir une idée sur le destin de cet enfant. Regardez les épopées ! C’est soit le rêve qui permet de connaître ce qui va advenir, soit ce sont les cauris ou les voyants réputés qu’on consulte pour savoir si le voyage qu’on va entreprendre va être fructueux, si la guerre qu’on va mener contre le voisin va être victorieuse. J’ai tendance à dire que les différentes confrontations entre les héros des épopées se soldent par un différentiel mystique. Celui qui a le plus de protection mystique, de marabouts, va l’emporter. Regardez l’épopée mandingue avec la confrontation entre les rois Soumaoro et Soundiata. Tous les deux sont sorciers. Celui qui emportera les échanges de paroles, la nuit par hiboux interposés, c’est celui-là qui décidera du sort de l’empire mandingue. La bataille de Kirina s’est décidée la nuit qui a précédé la confrontation finale sur la plaine de Kirina. L’épopée nous rapporte ces actions et ne fait que consolider dans la mémoire populaire que l’évènement à venir, c’est ce qu’il faut maîtriser par la voyance ou par une forme d’anticipation qui relève du merveilleux et qui ne peut relever de la réflexion purement rationnelle.
C’est la même chose que nous voyons dans nos épopées d’ici. Les bataille de Guilé, de Maka, de Ndiardé, etc. peuvent se lire en termes de différentiel mystique entre ceux qui s’affrontent. Ce qui fait que le courage, la vaillance de ceux qui luttent peuvent être lestés de cet élément qui est irrationnel et sur lequel est fondée la pratique guerrière. Maintenant, la modernité est une forme de rupture de notre relation au temps, de notre relation à l’action humaine perçue comme calculs, réflexions tout à fait appropriés aux circonstances telles qu’elles se déroulent.
Il y a des excès dans ce domaine qui relève de la bouffonnerie. Je dis à mes étudiants qu’il y a des comportements tout à fait caractéristiques que nous notons à la veille des examens. Les mendiants qui savent que les étudiants ne sont pas riches ne viennent jamais au campus, mais ils pullulent sur le campus à l’approche des examens. Les étudiants donnent 25 francs Cfa. En réalité, on achète un avenir proche en donnant 25 francs Cfa. Les mendiants le savent parfaitement. Ils vous vendent une assurance-vie. Ils sont de bons psychologues. Lorsque vous allez à la gare routière, ils prient que vous fassiez un bon voyage. Comme si, en donnant 100 francs Cfa ou 200 francs Cfa, on était assuré d’arriver à destination. Ce qui fait que c’est une assurance-vie qu’on achète en réalité. Le même phénomène est observable devant les hôpitaux. C’est donc une certaine manière d’avoir prise sur l’avenir que la voyance signifie et parfois de façon déraisonnable.
Donc l’homme sénégalais est en contradiction avec lui-même…
Que l’homme puisse toujours avoir un sentiment de fragilité axiologique, on peut le comprendre, mais des comportements totalement adhérents, j’en ai constaté. J’étais sur le campus le jour où la prédiction était faite ou censée être faite, parce qu’on dit que la personne censée faire cette prédiction l’aurait nié. Ce jour, je n’ai pas eu la moitié de mes étudiants. A chaque fois qu’on entendait le bruit d’un avion, il pourrait y avoir une déconcentration de mes vis-à-vis. Donc, j’avais beau braver la prédiction, mais certains de mes étudiants n’ont pas osé venir. Je verrai bien cette semaine. Même ceux qui étaient là n’étaient pas à l’abri d’une certaine inquiétude. Cela vient d’un tréfonds culturel, malgré tout ce que les gens ont pu recevoir à l’école par l’apport d’autres cultures comme Internet. Il y a une vieille métaphore qu’on disait lorsqu’on était étudiant : «L’Afrique a les pieds dans le Néolithique et la tête dans le thermonucléaire.»
C’est une forme de division de soi qui fait qu’on croit à une chose et son contraire. On vous dira woorul («ce n’est pas sûr»). Même les gens qui sont relativement sceptiques par rapport à ces croyances, croient à cela. Sous le manteau cartésien, on voit qu’il y a encore des signes cabalistiques. Il faut bien se dire les choses
Le Sénégal du 21e siècle connaît quand même une éducation de plus en plus massive des jeunes, mais on privilégie encore une telle approche mystérieuse de la réalité ?
Il devrait y avoir une rupture ! J’ai la conviction que le monde de ce 21e siècle appartiendra à ceux qui sont conscients que ceci est rationnel et que nous avons la capacité de le maîtriser dans une démarche rigoureusement rationnelle. Toutes les civilisations l’ont partagée. C’est en rupture avec cette vision mythologique et magique du monde que la philosophie et la science se sont édifiées comme les instruments les plus puissants pour appréhender l’univers. Aller à la lune, explorer la planète mars me permettent de dire que ce que nous ne savons pas ne relèvent pas de l’inconnu mais du non-encore-connu. Il est regrettable que le phénomène ait été lisible à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar qui constitue un laboratoire social en miniature. C’est là que votre démarche est intéressante, c‘est-à-dire dans un lieu qui a, en principe, comme principale définition la recherche du savoir le plus rigoureux. L’Université en constitue la pointe quand même dans une société de recherche pure et de pratique de la rationalité. Encore faudra-t-il masquer les tableaux qui portent la devise Lux mea lex ( «La lumière est ma loi»). Ce sont les ténèbres pour beaucoup d’entre nous. Il faudra rompre avec cela, parce c’est ce qui nous retarde considérablement. Si c’était la vision magique du monde qui permettrait de gagner, nous serions développés depuis très longtemps.
Je dis à certains quand Lionel Messi ou Ronaldo dribble, c’est parce qu’il a une vision entièrement rationnelle du jeu. Si nous pensions aux xons pour pouvoir gagner, nous serions les champions du monde. Certains iraient jusqu’à vous dire que les grandes équipes viennent jusqu’ici pour chercher des marabouts. C’est pour pouvoir justifier leurs propres pratiques. C’est astucieux et subtile de se justifier par rapport à ce type d’attitude. Ils cherchent à justifier l’injustifiable. Chaque jour, nous nous rendons compte de ce type de démarche et nous n’en tirons pas toutes les conséquences.
Doit-on permettre à un voyant ou à un marabout d’annoncer le malheur à l’Université dans un contexte où les étudiants préparent leurs examens jusqu’à les affecter psychologiquement et les pousser à plier bagages ?
C’est parce que nous sommes en démocratie. Donc, chacun a le droit d’exprimer ses opinions. Je vais vous surprendre en vous disant que c’est une bonne chose. Dans la mesure où, si ces prédictions ne se réalisent pas, à terme, elles aboutiront à leur propre démystification, à la perte de crédibilité voire à du voyant ou du prédicateur à leur propre mort. C’est un risque que prend un marabout ou le voyant. Quand il fait une prédiction qui ne se réalise pas, tout le monde le constate. On n’a pas besoin d’être un rationaliste. Il suffit d’avoir un minimum de bon sens. Donc, le résultat revient sur la prédiction elle-même pour l’invalider.
Maintenant, le tout est dans l’éclat que l’on donne à la rumeur. Les médias ont tendance à lui donner une ampleur. Il appartient aux professionnels des médias d’être extrêmement raisonnables. Même si quand des faits de ce genre se produisent, les médias doivent faire de sorte qu’on en arrive à un débat. Qu’il ait du pour ou du contre. Progressivement, les gens apprendront à faire le tri. Je fais confiance au bon sens, à défaut de faire confiance à la raison. C’est la chose la mieux partagée dans ce monde, comme disait Descartes, mais très peu en usent droitement. J’espère que les gens en useront de plus en plus pour sortir de l’obscurantisme, parce que ce qui s’est passé le 18 juillet est une sorte de test-majeur à l’échelle nationale.
On voit que la voyance et les prédictions attirent les médias. Quelle est la part de responsabilité de la presse dans la consolidation de ces pratiques dans l’imaginaire populaire?
La voyance était un phénomène privé. Aujourd’hui, les médias leur donnent une part importante en créant la voyance en direct. A la radio, je vois que les gens se bousculent. Or, il y a un instrument puissant de relation qui est aujourd’hui la communication. C’est pourquoi, je souligne la grande responsabilité des médias sauf que, là également, il y a un marché extrêmement important. Il y a des gens qui écoutent une radio parce que ce phénomène y est pratiqué. Donc, il y a des intérêts convergents des voyants et des médias.
Avec la voyance, la radio n’a plus un seul mais des millions de clients potentiels qui écoutent. C’est là où il faut essayer de penser ce qui est devenu un phénomène de société. La communication est le phénomène de régulation et de formatage des consciences de notre société.
Ceux qui pratiquent la voyance sont de bons psychologues. Il m’arrive de les suivre à la radio. Ils ne vous disent jamais des choses très précises. Ce sera toujours cette fille un peu claire. De toute façon, chacun en a dans son entourage. Ou bien ils parlent d’un voyage que vous entreprendrez alors que vous n’en avez nullement besoin. Mais vous direz que cela peut arriver. Les questions du voyant sont formulées à partir de vos propres réponses et sur ce que vous laissez entrevoir de votre personnalité. Je pense que les clients les plus assidus de ces voyants sont, soit fragilisés dans leur volonté de pratique quotidienne, soit fragilisés dans leur situation quotidienne. Nous sommes dans un contexte de crise individuelle, culturelle. Ce que Cheikh Amidou Kane appellerait l’ambiguité de notre aventure. La crise est peut être «civilisationnelle», parce que la mondialisation exerce une pression terrible sur nous.
Tout le monde n’est pas capable de se situer par rapport à cela. Ce que j’appellerai la précarité axiologique, c’est la précarité de ce que l’histoire nous réserve du point de vue évènementiel ; mais aussi les valeurs qui devaient structurer notre univers, notre aujourd’hui, ne sont pas mis en place.
biramefaye@lequotidien.sn
Comment le philosophe, le cartésien que vous incarnez en quelque sorte, appréhende les phénomènes de la voyance et des prédictions qui mobilisent aujourd’hui l’opinion sénégalaise ?
Vous avez peut-être tort d’assimiler la philosophie au cartésianisme. On peut parfaitement être philosophe et épouser d’autres écoles qui estiment que le monde n’est pas tout à fait rationnel. En ce qui me concerne, je suis un rationaliste intégral. Mes amis, mes proches, mes étudiants le savent très bien. Il y a que la philosophie, au sens que vous l’avez entendue, suppose l’usage de sa raison face au monde et devant les différents phénomènes qui nous entourent. Au-delà, il faut s’interroger sur le rapport de l’homme et un certain nombre de croyances et d’évènements qui échappent à la possibilité d’explication, selon les voies que vous venez d’indiquer … C’est un fait anthropologique qui touche un peu l’homme en rapport avec son environnement, son histoire. C’est le rapport de l’homme à sa propre vie, à sa propre définition comme être historique. De tout temps et de tout lieu, les hommes ont été hantés par l’imprévisibilité de l’avenir. Ce que j’appellerai la précarité axiologique. Dieu décide de ce qui va se produire sans qu’on le sache où et quand il va se produire. Or, le rêve de l’homme a été toujours d’anticiper sur l’évènement, de penser le non encore produit, pour pouvoir se rassurer et avoir une prise sur cela. La voyance a été ainsi de tous les temps et de tous les lieux, y compris dans les pays dits développés. Il y a Madame Soleil, parce qu’elle rassure sur ce qui va advenir.
L’avenir cesse d’être incertain dès lors que quelqu’un peut dire ce qui va être demain ou après demain. La voyance a suscité chez l’homme une tranquillité d’esprit. Donc, à partir de ce moment, il cesse d’être victime pour devenir un acteur. C’est pour cela, on trouvera toujours chez les hommes et ce n’est pas un fait de crédulité, ce sentiment intime que s’il pouvait anticiper sur l’avenir, il pourrait mesurer sa puissance. Machiavel qui a inventé la science politique, qui la pense de façon rationnelle en le déconnectant de toute considération axiologique ou religieuse, dit : «Quiconque aura connaissance de l’avenir, des circonstances à venir, aurait toujours fortune ami.» C’est-à-dire, il réussirait toujours. Mais il dit : comme cela n’existe pas, les hommes sont soumis à ce qu’il appelle la Fortuna qu’on pourrait désigner comme étant le sort. Cependant, il ajoute que la fortune ne commande que la moitié de nos actions. Pour que notre liberté ne soit pas abolie, la fortune nous laisse l’autre moitié. Ce qui fait que nous sommes des êtres également libres.
Peut-on assimiler le contexte sénégalais à ces besoins d’anticipation et de lecture de l’avenir que vous venez d’expliquer ?
Par rapport au contexte sénégalais, dans notre culture traditionnelle surtout, la voyance est un phénomène répandu de façon systématique. Non seulement la voyance, mais la façon de contrer ce qui est perçu dans la voyance comme étant négatif. C’est pourquoi, à la veille des batailles ou même en toutes circonstances, lorsqu’on attend un enfant, on veut avoir une idée sur le destin de cet enfant. Regardez les épopées ! C’est soit le rêve qui permet de connaître ce qui va advenir, soit ce sont les cauris ou les voyants réputés qu’on consulte pour savoir si le voyage qu’on va entreprendre va être fructueux, si la guerre qu’on va mener contre le voisin va être victorieuse. J’ai tendance à dire que les différentes confrontations entre les héros des épopées se soldent par un différentiel mystique. Celui qui a le plus de protection mystique, de marabouts, va l’emporter. Regardez l’épopée mandingue avec la confrontation entre les rois Soumaoro et Soundiata. Tous les deux sont sorciers. Celui qui emportera les échanges de paroles, la nuit par hiboux interposés, c’est celui-là qui décidera du sort de l’empire mandingue. La bataille de Kirina s’est décidée la nuit qui a précédé la confrontation finale sur la plaine de Kirina. L’épopée nous rapporte ces actions et ne fait que consolider dans la mémoire populaire que l’évènement à venir, c’est ce qu’il faut maîtriser par la voyance ou par une forme d’anticipation qui relève du merveilleux et qui ne peut relever de la réflexion purement rationnelle.
C’est la même chose que nous voyons dans nos épopées d’ici. Les bataille de Guilé, de Maka, de Ndiardé, etc. peuvent se lire en termes de différentiel mystique entre ceux qui s’affrontent. Ce qui fait que le courage, la vaillance de ceux qui luttent peuvent être lestés de cet élément qui est irrationnel et sur lequel est fondée la pratique guerrière. Maintenant, la modernité est une forme de rupture de notre relation au temps, de notre relation à l’action humaine perçue comme calculs, réflexions tout à fait appropriés aux circonstances telles qu’elles se déroulent.
Il y a des excès dans ce domaine qui relève de la bouffonnerie. Je dis à mes étudiants qu’il y a des comportements tout à fait caractéristiques que nous notons à la veille des examens. Les mendiants qui savent que les étudiants ne sont pas riches ne viennent jamais au campus, mais ils pullulent sur le campus à l’approche des examens. Les étudiants donnent 25 francs Cfa. En réalité, on achète un avenir proche en donnant 25 francs Cfa. Les mendiants le savent parfaitement. Ils vous vendent une assurance-vie. Ils sont de bons psychologues. Lorsque vous allez à la gare routière, ils prient que vous fassiez un bon voyage. Comme si, en donnant 100 francs Cfa ou 200 francs Cfa, on était assuré d’arriver à destination. Ce qui fait que c’est une assurance-vie qu’on achète en réalité. Le même phénomène est observable devant les hôpitaux. C’est donc une certaine manière d’avoir prise sur l’avenir que la voyance signifie et parfois de façon déraisonnable.
Donc l’homme sénégalais est en contradiction avec lui-même…
Que l’homme puisse toujours avoir un sentiment de fragilité axiologique, on peut le comprendre, mais des comportements totalement adhérents, j’en ai constaté. J’étais sur le campus le jour où la prédiction était faite ou censée être faite, parce qu’on dit que la personne censée faire cette prédiction l’aurait nié. Ce jour, je n’ai pas eu la moitié de mes étudiants. A chaque fois qu’on entendait le bruit d’un avion, il pourrait y avoir une déconcentration de mes vis-à-vis. Donc, j’avais beau braver la prédiction, mais certains de mes étudiants n’ont pas osé venir. Je verrai bien cette semaine. Même ceux qui étaient là n’étaient pas à l’abri d’une certaine inquiétude. Cela vient d’un tréfonds culturel, malgré tout ce que les gens ont pu recevoir à l’école par l’apport d’autres cultures comme Internet. Il y a une vieille métaphore qu’on disait lorsqu’on était étudiant : «L’Afrique a les pieds dans le Néolithique et la tête dans le thermonucléaire.»
C’est une forme de division de soi qui fait qu’on croit à une chose et son contraire. On vous dira woorul («ce n’est pas sûr»). Même les gens qui sont relativement sceptiques par rapport à ces croyances, croient à cela. Sous le manteau cartésien, on voit qu’il y a encore des signes cabalistiques. Il faut bien se dire les choses
Le Sénégal du 21e siècle connaît quand même une éducation de plus en plus massive des jeunes, mais on privilégie encore une telle approche mystérieuse de la réalité ?
Il devrait y avoir une rupture ! J’ai la conviction que le monde de ce 21e siècle appartiendra à ceux qui sont conscients que ceci est rationnel et que nous avons la capacité de le maîtriser dans une démarche rigoureusement rationnelle. Toutes les civilisations l’ont partagée. C’est en rupture avec cette vision mythologique et magique du monde que la philosophie et la science se sont édifiées comme les instruments les plus puissants pour appréhender l’univers. Aller à la lune, explorer la planète mars me permettent de dire que ce que nous ne savons pas ne relèvent pas de l’inconnu mais du non-encore-connu. Il est regrettable que le phénomène ait été lisible à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar qui constitue un laboratoire social en miniature. C’est là que votre démarche est intéressante, c‘est-à-dire dans un lieu qui a, en principe, comme principale définition la recherche du savoir le plus rigoureux. L’Université en constitue la pointe quand même dans une société de recherche pure et de pratique de la rationalité. Encore faudra-t-il masquer les tableaux qui portent la devise Lux mea lex ( «La lumière est ma loi»). Ce sont les ténèbres pour beaucoup d’entre nous. Il faudra rompre avec cela, parce c’est ce qui nous retarde considérablement. Si c’était la vision magique du monde qui permettrait de gagner, nous serions développés depuis très longtemps.
Je dis à certains quand Lionel Messi ou Ronaldo dribble, c’est parce qu’il a une vision entièrement rationnelle du jeu. Si nous pensions aux xons pour pouvoir gagner, nous serions les champions du monde. Certains iraient jusqu’à vous dire que les grandes équipes viennent jusqu’ici pour chercher des marabouts. C’est pour pouvoir justifier leurs propres pratiques. C’est astucieux et subtile de se justifier par rapport à ce type d’attitude. Ils cherchent à justifier l’injustifiable. Chaque jour, nous nous rendons compte de ce type de démarche et nous n’en tirons pas toutes les conséquences.
Doit-on permettre à un voyant ou à un marabout d’annoncer le malheur à l’Université dans un contexte où les étudiants préparent leurs examens jusqu’à les affecter psychologiquement et les pousser à plier bagages ?
C’est parce que nous sommes en démocratie. Donc, chacun a le droit d’exprimer ses opinions. Je vais vous surprendre en vous disant que c’est une bonne chose. Dans la mesure où, si ces prédictions ne se réalisent pas, à terme, elles aboutiront à leur propre démystification, à la perte de crédibilité voire à du voyant ou du prédicateur à leur propre mort. C’est un risque que prend un marabout ou le voyant. Quand il fait une prédiction qui ne se réalise pas, tout le monde le constate. On n’a pas besoin d’être un rationaliste. Il suffit d’avoir un minimum de bon sens. Donc, le résultat revient sur la prédiction elle-même pour l’invalider.
Maintenant, le tout est dans l’éclat que l’on donne à la rumeur. Les médias ont tendance à lui donner une ampleur. Il appartient aux professionnels des médias d’être extrêmement raisonnables. Même si quand des faits de ce genre se produisent, les médias doivent faire de sorte qu’on en arrive à un débat. Qu’il ait du pour ou du contre. Progressivement, les gens apprendront à faire le tri. Je fais confiance au bon sens, à défaut de faire confiance à la raison. C’est la chose la mieux partagée dans ce monde, comme disait Descartes, mais très peu en usent droitement. J’espère que les gens en useront de plus en plus pour sortir de l’obscurantisme, parce que ce qui s’est passé le 18 juillet est une sorte de test-majeur à l’échelle nationale.
On voit que la voyance et les prédictions attirent les médias. Quelle est la part de responsabilité de la presse dans la consolidation de ces pratiques dans l’imaginaire populaire?
La voyance était un phénomène privé. Aujourd’hui, les médias leur donnent une part importante en créant la voyance en direct. A la radio, je vois que les gens se bousculent. Or, il y a un instrument puissant de relation qui est aujourd’hui la communication. C’est pourquoi, je souligne la grande responsabilité des médias sauf que, là également, il y a un marché extrêmement important. Il y a des gens qui écoutent une radio parce que ce phénomène y est pratiqué. Donc, il y a des intérêts convergents des voyants et des médias.
Avec la voyance, la radio n’a plus un seul mais des millions de clients potentiels qui écoutent. C’est là où il faut essayer de penser ce qui est devenu un phénomène de société. La communication est le phénomène de régulation et de formatage des consciences de notre société.
Ceux qui pratiquent la voyance sont de bons psychologues. Il m’arrive de les suivre à la radio. Ils ne vous disent jamais des choses très précises. Ce sera toujours cette fille un peu claire. De toute façon, chacun en a dans son entourage. Ou bien ils parlent d’un voyage que vous entreprendrez alors que vous n’en avez nullement besoin. Mais vous direz que cela peut arriver. Les questions du voyant sont formulées à partir de vos propres réponses et sur ce que vous laissez entrevoir de votre personnalité. Je pense que les clients les plus assidus de ces voyants sont, soit fragilisés dans leur volonté de pratique quotidienne, soit fragilisés dans leur situation quotidienne. Nous sommes dans un contexte de crise individuelle, culturelle. Ce que Cheikh Amidou Kane appellerait l’ambiguité de notre aventure. La crise est peut être «civilisationnelle», parce que la mondialisation exerce une pression terrible sur nous.
Tout le monde n’est pas capable de se situer par rapport à cela. Ce que j’appellerai la précarité axiologique, c’est la précarité de ce que l’histoire nous réserve du point de vue évènementiel ; mais aussi les valeurs qui devaient structurer notre univers, notre aujourd’hui, ne sont pas mis en place.
biramefaye@lequotidien.sn
Avis d’expert - Serigne Mor Mbaye Psychologue-clinicien : «Il nous faut des élites non atteintes de Sida mental»
Le psychologue-clinicien, Serigne Mor Mbaye, fait état de l’avancée inquiétante de l’irrationalité dans la sphère intellectuelle que les prédictions de crash à l’Université le 18 juillet ont mise à nu. Pour lui, l’absence de projet de société est en passe d’abrutir la future élite sénégalaise. Dès lors, il recommande pour un Sénégal nouveau et émergent, «des élites non atteintes de Sida mental».
PREDICTION D’UN CRASH A L’UNIVERSITE. IMPACT DE L’IRRATIONALITE EN MILIEU INTELLECTUEL
«Ça dépend de ce que vous appelez milieu intellectuel. L’Université est complètement atteinte ; ce n’est plus un temple du savoir où on espère former l’élite de demain. L’Université est aujourd’hui envahie par une «imbécilité» extraordinaire. On y rencontre tout. C’est un louma (marché hebdomadaire). Il y a des groupes religieux, des groupes ethniques. En fait, il y a une dégradation de l’espace universitaire du point de vue des objectifs initiaux. En engrangeant des milliers d’étudiants qui n’ont aucune vocation à des études et qui n’ont pas le niveau, cela a créé une université «imbécile». «Imbécile» au sens où il n’y a aucune orientation. On ne peut pas espérer créer des élites dans un climat de pagaille. Si on recensait ce qu’il y a de meilleur parmi nos étudiants à l’Université, elle ne serait pas noyée dans l’irrationalité. Il y a une médiocrité galopante à telle enseigne que ce qui est dominant, ce n’est même pas de l’irrationalité, mais la bêtise et l’inculture. Ce sont des gens qui n’ont pas de base ni d’ancrage culturel. Et, en ce moment, ils sont en train de polluer l’espace universitaire. Cela a fini par noyer même la qualité de l’enseignement. En effet, les enseignants sont complètement dominés par cette masse d’individus incultes dont ils ont peur. Ils sont complètement menacés. C’est ce tableau qu’offre l’Université. Quand je la traverse, elle me donne l’image d’un louma avec tout ce qu’il y a comme pagaille, désordre, perte de sens. Les 90% des étudiants sont des touristes qui sont à l’Université parce qu’ils ne peuvent pas être ailleurs et ils y finissent de semer le bordel. Cela fait un magma informe qui peut susciter l’angoisse. Il y a dans ce pays des crises d’angoisse et des crises de panique cyclique qui atteignent les populations jeunes écervelées qui n’ont pas d’espoir (…)
Ce ne sont pas des intellectuels. Ceux qui gouvernent, ce n’est pas ce que notre pays a de meilleurs du point de vue de la culture et de l’ouverture au monde. Ce sont des gens qui émergent de d’autres registres parce qu’ils ne croient même pas à la démocratie. Quand un ministre ou un président de la République va faire des sacrifices, en se pliant au diktat des guérisseurs ou marabouts, c’est que ce n’est pas un démocrate. Un démocrate, c’est quelqu’un qui a dépassé ce stade pour avoir une dose de rationalité qui lui permette de comprendre que ce sont les populations qui élisent leurs dirigeants et qui fondent la démocratie. Mais il n’y a que les plus médiocres qui alimentent cette idéologie-là et qui l’entretiennent, parce qu’en réalité, on a fini par croire que ce sont les Djinns qui fondent les élections.»
Le diktat des marabouts prédicateurs et des charlatans
«C’est parce qu’il y a un recul énorme de cette société, une dégradation des institutions culturelles, de nos cultures anciennes. En plus, il n’y a pas de référence culturelle (…) Lorsqu’on n’a pas de projet de société afin de préserver la santé mentale de nos populations, tout le monde peut prendre le micro à la radio pour envahir l’espace psychique des personnes et les manipuler (…)»
LA PRESSE, L’AMPLIFICATEUR DANS UNE SOCIETE «MALADE»
«Bien sûr ! La presse sénégalaise aussi devrait faire partie d’un projet de société. Chacun fait ce qu’il veut par le canal de la presse qui amplifie la bêtise, l’angoisse et la médiocrité. Une presse responsable ne peut s’inscrire que dans un projet de société démocratique clairement défini. A partir de ce moment, elle saura comment s’orienter. Mais là, la presse est obligée de jouer la loi de l’offre et de la demande. En ce moment, la demande à laquelle répond la presse, c’est la bêtise et le sensationnel dans toutes ses formes. La presse répond à cette demande de la société. Lorsqu’il y a pagaille, la presse s’y inscrit (…)
Il y a une grande fragilité de la santé mentale de la population sénégalaise et de la majeure partie de notre population jeune. La problématique, c’est que nous n’avons pas une politique de santé mentale. Les gouvernants ne sont pas préoccupés par la santé mentale de nos populations parce que nous n’avons pas de projet de société basé sur des valeurs idéologiques claires et nettes. Il faut s’occuper de la santé mentale de nos jeunes et surinvestir sur eux parce que c’est un potentiel humain énorme sur lequel on peut compter pour construire un pays émergent (…)»
«Avant 2000 vous m’avez entendu dire qu’il faut un Ndëp national (rituel Lébou pour conjurer le mauvais sort : ndlr). Lorsque je tenais ces propos, ce n’était pas pour faire de la provocation. J’avais constaté un affaiblissement des institutions sociales d’ordre familial, politique, etc., et une fragilisation des individus surtout chez la population jeune. Je voyais que ces institutions étaient folles et elles avaient perdu du sens. A partir de ce moment, les gens évoquaient la tenue d’une conférence nationale, j’ai dit : «Non, ce qu’il faut c’est un Ndëp national. Cela, pour ramener les choses à niveau et construire ce pays. Avant de construire ce pays, il nous faut d’abord construire les individus qui vont se charger de mener à bien les politiques nationales. Pour ce faire il nous faut occuper l’espace psychique de nos jeunes, les former à être savants afin qu’ils puissent contribuer au développement dans un monde de compétition» (…) Nos gouvernants ont toujours pensé qu’on peut construire un pays sur du bavardage.»
QUEL REMEDE ?
«Le premier remède, c’est un projet de société. Il faut aussi produire du sens à travers les institutions, que les gens comprennent où on va. Il faut donner une orientation claire et nette par rapport à ce que nous voulons faire de ce pays ; en plus, neutraliser les forces obscures de ce pays qu’elles soient d’ordre maraboutique ou social. Il faut que des élites non atteintes de Sida mental puissent produire du sens. Je dis des élites non atteintes de Sida mental, parce qu’on n’a pas le préservatif pour cela. Ces élites ne sont pas enracinées dans l’irrationnel et dans le bling bling. Il nous faut des élites vraiment intellectuelles, émancipées de la bêtise, et qui auront le courage d’enclencher une rupture…»
tndiaye@lequotidien.sn
PREDICTION D’UN CRASH A L’UNIVERSITE. IMPACT DE L’IRRATIONALITE EN MILIEU INTELLECTUEL
«Ça dépend de ce que vous appelez milieu intellectuel. L’Université est complètement atteinte ; ce n’est plus un temple du savoir où on espère former l’élite de demain. L’Université est aujourd’hui envahie par une «imbécilité» extraordinaire. On y rencontre tout. C’est un louma (marché hebdomadaire). Il y a des groupes religieux, des groupes ethniques. En fait, il y a une dégradation de l’espace universitaire du point de vue des objectifs initiaux. En engrangeant des milliers d’étudiants qui n’ont aucune vocation à des études et qui n’ont pas le niveau, cela a créé une université «imbécile». «Imbécile» au sens où il n’y a aucune orientation. On ne peut pas espérer créer des élites dans un climat de pagaille. Si on recensait ce qu’il y a de meilleur parmi nos étudiants à l’Université, elle ne serait pas noyée dans l’irrationalité. Il y a une médiocrité galopante à telle enseigne que ce qui est dominant, ce n’est même pas de l’irrationalité, mais la bêtise et l’inculture. Ce sont des gens qui n’ont pas de base ni d’ancrage culturel. Et, en ce moment, ils sont en train de polluer l’espace universitaire. Cela a fini par noyer même la qualité de l’enseignement. En effet, les enseignants sont complètement dominés par cette masse d’individus incultes dont ils ont peur. Ils sont complètement menacés. C’est ce tableau qu’offre l’Université. Quand je la traverse, elle me donne l’image d’un louma avec tout ce qu’il y a comme pagaille, désordre, perte de sens. Les 90% des étudiants sont des touristes qui sont à l’Université parce qu’ils ne peuvent pas être ailleurs et ils y finissent de semer le bordel. Cela fait un magma informe qui peut susciter l’angoisse. Il y a dans ce pays des crises d’angoisse et des crises de panique cyclique qui atteignent les populations jeunes écervelées qui n’ont pas d’espoir (…)
Ce ne sont pas des intellectuels. Ceux qui gouvernent, ce n’est pas ce que notre pays a de meilleurs du point de vue de la culture et de l’ouverture au monde. Ce sont des gens qui émergent de d’autres registres parce qu’ils ne croient même pas à la démocratie. Quand un ministre ou un président de la République va faire des sacrifices, en se pliant au diktat des guérisseurs ou marabouts, c’est que ce n’est pas un démocrate. Un démocrate, c’est quelqu’un qui a dépassé ce stade pour avoir une dose de rationalité qui lui permette de comprendre que ce sont les populations qui élisent leurs dirigeants et qui fondent la démocratie. Mais il n’y a que les plus médiocres qui alimentent cette idéologie-là et qui l’entretiennent, parce qu’en réalité, on a fini par croire que ce sont les Djinns qui fondent les élections.»
Le diktat des marabouts prédicateurs et des charlatans
«C’est parce qu’il y a un recul énorme de cette société, une dégradation des institutions culturelles, de nos cultures anciennes. En plus, il n’y a pas de référence culturelle (…) Lorsqu’on n’a pas de projet de société afin de préserver la santé mentale de nos populations, tout le monde peut prendre le micro à la radio pour envahir l’espace psychique des personnes et les manipuler (…)»
LA PRESSE, L’AMPLIFICATEUR DANS UNE SOCIETE «MALADE»
«Bien sûr ! La presse sénégalaise aussi devrait faire partie d’un projet de société. Chacun fait ce qu’il veut par le canal de la presse qui amplifie la bêtise, l’angoisse et la médiocrité. Une presse responsable ne peut s’inscrire que dans un projet de société démocratique clairement défini. A partir de ce moment, elle saura comment s’orienter. Mais là, la presse est obligée de jouer la loi de l’offre et de la demande. En ce moment, la demande à laquelle répond la presse, c’est la bêtise et le sensationnel dans toutes ses formes. La presse répond à cette demande de la société. Lorsqu’il y a pagaille, la presse s’y inscrit (…)
Il y a une grande fragilité de la santé mentale de la population sénégalaise et de la majeure partie de notre population jeune. La problématique, c’est que nous n’avons pas une politique de santé mentale. Les gouvernants ne sont pas préoccupés par la santé mentale de nos populations parce que nous n’avons pas de projet de société basé sur des valeurs idéologiques claires et nettes. Il faut s’occuper de la santé mentale de nos jeunes et surinvestir sur eux parce que c’est un potentiel humain énorme sur lequel on peut compter pour construire un pays émergent (…)»
«Avant 2000 vous m’avez entendu dire qu’il faut un Ndëp national (rituel Lébou pour conjurer le mauvais sort : ndlr). Lorsque je tenais ces propos, ce n’était pas pour faire de la provocation. J’avais constaté un affaiblissement des institutions sociales d’ordre familial, politique, etc., et une fragilisation des individus surtout chez la population jeune. Je voyais que ces institutions étaient folles et elles avaient perdu du sens. A partir de ce moment, les gens évoquaient la tenue d’une conférence nationale, j’ai dit : «Non, ce qu’il faut c’est un Ndëp national. Cela, pour ramener les choses à niveau et construire ce pays. Avant de construire ce pays, il nous faut d’abord construire les individus qui vont se charger de mener à bien les politiques nationales. Pour ce faire il nous faut occuper l’espace psychique de nos jeunes, les former à être savants afin qu’ils puissent contribuer au développement dans un monde de compétition» (…) Nos gouvernants ont toujours pensé qu’on peut construire un pays sur du bavardage.»
QUEL REMEDE ?
«Le premier remède, c’est un projet de société. Il faut aussi produire du sens à travers les institutions, que les gens comprennent où on va. Il faut donner une orientation claire et nette par rapport à ce que nous voulons faire de ce pays ; en plus, neutraliser les forces obscures de ce pays qu’elles soient d’ordre maraboutique ou social. Il faut que des élites non atteintes de Sida mental puissent produire du sens. Je dis des élites non atteintes de Sida mental, parce qu’on n’a pas le préservatif pour cela. Ces élites ne sont pas enracinées dans l’irrationnel et dans le bling bling. Il nous faut des élites vraiment intellectuelles, émancipées de la bêtise, et qui auront le courage d’enclencher une rupture…»
tndiaye@lequotidien.sn
La voyance se met aux tics : Le portable entre dans la danse
Des liseurs de destin explorent les nouvelles technologies par le biais de la rubrique «petites annonces» publiées dans les médias. Cette forme de voyance se fait de plus en plus par téléphone. Ainsi, le client n’a pas à se déplacer ou à faire la queue. Seul bémol : l’appel est surtaxé puisqu’ils utilisent un serveur vocal. Le client ne sait jamais d’avance combien il paye. Les personnes peuvent le faire en appelant sur les numéros proposés. La date de naissance et le nom du client suffisent au voyant pour lire l’avenir.
Au bout du fil, une voyante annonce à votre serviteur un amant djinn qui serait à l’origine de son long célibat. Or, sa cliente s’est mariée depuis des années. La voyante voit, elle, un «djinn qui jetterait le doute dans la tête de l’homme avec qui, cette dame sort». Pour ce qui est de la vie professionnelle de sa cliente, la voyante prédit qu’une proposition favorable va se présenter d’un moment à l’autre. Et de lui recommander : «Dites oui, parce que ce sera la chance de votre vie.»
ndieng@lequotidien.sn
Au bout du fil, une voyante annonce à votre serviteur un amant djinn qui serait à l’origine de son long célibat. Or, sa cliente s’est mariée depuis des années. La voyante voit, elle, un «djinn qui jetterait le doute dans la tête de l’homme avec qui, cette dame sort». Pour ce qui est de la vie professionnelle de sa cliente, la voyante prédit qu’une proposition favorable va se présenter d’un moment à l’autre. Et de lui recommander : «Dites oui, parce que ce sera la chance de votre vie.»
ndieng@lequotidien.sn
Quand une prédiction de crash sème la panique chez les étudiants : L’Université perd la Lumière, sa Loi
Préoccupés par les examens qui se profilent à l’horizon, les étudiants paraissent imperturbables. Pourtant, la voyance, un sujet qui occupe encore l’actualité nationale, ne les laisse pas indifférents. Interpellée sur la question, une étudiante en deuxième année à la faculté de Droit, est catégorique : c’est un «tissu de mensonges». Même son de cloche du côté de son ami qui dit ne pas accorder trop d’importance à cette pratique. «Je n’y crois pas parce qu’il y a des choses qu’ils te disent qui arrivent, mais la majeure partie ce sont des mensonges», a-t-il relevé.
La motivation de leur réponse, la plupart des étudiants rencontrés, la trouve dans la religion. Certains, par contre, fustigent l’attitude des voyants qui, pour se faire de l’argent, sont capables de sortir une histoire qui a tendance à mettre la personne en mal avec les gens de son entourage ou à créer la panique. Un étudiant en Lettres modernes, croisé dans les environs de son Département, n’est pas du tout tendre avec ceux qu’ils appellent les «voyants modernes». Habillé d’une chemise bleue à rayures, casquette sur la tête, Abdoulaye estime que ces derniers ne sont animés que par le souci de se faire de l’argent et une réputation. Pour lui, le 18 juillet doit suffire d’exemple.
GRIS-GRIS ET VOYANCE, KIF-KIF
Si dans cet environnement dit intellectuel, certains considèrent que la voyance est loin de la rationalité, d’autres par contre y croient fermement car, le mystique a toujours occupé une place importante dans la société africaine. Etudiant en Lettres modernes, Mamadou Seck Diouf met la voyance, les gris-gris et les eaux bénites dont les gens s’enduisent le corps dans le but de réussir un projet entrepris, dans le même registre. «J’y crois totalement. On est en Afrique ; nous avons nos réalités. Par exemple, quand on prépare nos examens, nos parents nous donnent des gris-gris», a-t-il soutenu. Pour les étudiants qui disent croire en cette pratique, il est hors de question de ne pas accorder de l’importance à la voyance dans un espace universitaire où les chances de réussite sont peu probables pour la majorité. Il faut l’aide d’un devin pour connaître ses chances de réussite. Pour eux, le recours à la voyance est une manière de se tranquilliser.
Dans une chambre du campus, on ressort l’histoire du 18 juillet. Des étudiants taquinent ceux d’entre eux qui avaient déserté le campus ce jour-là. Chacun tente d’expliquer les raisons de sa «fuite». Certains font porter le chapeau à leurs parents ; d’autres ont tout simplement assumé. La question soulevée a fait l’objet d’un débat animé. «Parfois les gens sont contradictoires ; ils disent ne pas croire à la voyance, alors qu’ils vont voir souvent des marabouts qui leur donnent des gris-gris. Une personne peut avoir le don de voir ce que les autres ne voient pas», tente de convaincre l’un d’entre eux. Son ami de renchérir : «J’y crois parce que ce sont des choses qui existent dans la société africaine, je suis allé voir des voyants pour des consultations.» Un étudiant relativise : «Même si on n’y croit pas, le doute est là ; on ne peut pas être ca-tégorique.» Mohamed un étudiant qui détient une boutique au campus social, fustige «l’hypocrisie des gens qui passent tout leur temps à dire qu’ils ne croient pas à la voyance, alors que dès que l’occasion se présente, ils n’hésitent pas de s’attacher les services d’un voyant. Moi en tout cas je le fais depuis le bas-âge. Je vais voir un voyant pour me tranquilliser. Moi j’y crois, mais je n’y fais pas foi».
dkane@lequotidien.sn
La motivation de leur réponse, la plupart des étudiants rencontrés, la trouve dans la religion. Certains, par contre, fustigent l’attitude des voyants qui, pour se faire de l’argent, sont capables de sortir une histoire qui a tendance à mettre la personne en mal avec les gens de son entourage ou à créer la panique. Un étudiant en Lettres modernes, croisé dans les environs de son Département, n’est pas du tout tendre avec ceux qu’ils appellent les «voyants modernes». Habillé d’une chemise bleue à rayures, casquette sur la tête, Abdoulaye estime que ces derniers ne sont animés que par le souci de se faire de l’argent et une réputation. Pour lui, le 18 juillet doit suffire d’exemple.
GRIS-GRIS ET VOYANCE, KIF-KIF
Si dans cet environnement dit intellectuel, certains considèrent que la voyance est loin de la rationalité, d’autres par contre y croient fermement car, le mystique a toujours occupé une place importante dans la société africaine. Etudiant en Lettres modernes, Mamadou Seck Diouf met la voyance, les gris-gris et les eaux bénites dont les gens s’enduisent le corps dans le but de réussir un projet entrepris, dans le même registre. «J’y crois totalement. On est en Afrique ; nous avons nos réalités. Par exemple, quand on prépare nos examens, nos parents nous donnent des gris-gris», a-t-il soutenu. Pour les étudiants qui disent croire en cette pratique, il est hors de question de ne pas accorder de l’importance à la voyance dans un espace universitaire où les chances de réussite sont peu probables pour la majorité. Il faut l’aide d’un devin pour connaître ses chances de réussite. Pour eux, le recours à la voyance est une manière de se tranquilliser.
Dans une chambre du campus, on ressort l’histoire du 18 juillet. Des étudiants taquinent ceux d’entre eux qui avaient déserté le campus ce jour-là. Chacun tente d’expliquer les raisons de sa «fuite». Certains font porter le chapeau à leurs parents ; d’autres ont tout simplement assumé. La question soulevée a fait l’objet d’un débat animé. «Parfois les gens sont contradictoires ; ils disent ne pas croire à la voyance, alors qu’ils vont voir souvent des marabouts qui leur donnent des gris-gris. Une personne peut avoir le don de voir ce que les autres ne voient pas», tente de convaincre l’un d’entre eux. Son ami de renchérir : «J’y crois parce que ce sont des choses qui existent dans la société africaine, je suis allé voir des voyants pour des consultations.» Un étudiant relativise : «Même si on n’y croit pas, le doute est là ; on ne peut pas être ca-tégorique.» Mohamed un étudiant qui détient une boutique au campus social, fustige «l’hypocrisie des gens qui passent tout leur temps à dire qu’ils ne croient pas à la voyance, alors que dès que l’occasion se présente, ils n’hésitent pas de s’attacher les services d’un voyant. Moi en tout cas je le fais depuis le bas-âge. Je vais voir un voyant pour me tranquilliser. Moi j’y crois, mais je n’y fais pas foi».
dkane@lequotidien.sn
Le défunt Pr Amar Samb sur le «Système de divination en Afrique» : Les «dangers» d’une pratique ancienne
La voyance a toujours intéressé les chercheurs. C’est le cas du défunt islamologue Amar Samb. L’ancien directeur de l’Ifan a écrit sur les formes de divination en Afrique. En conclusion, il avait alerté sur les dangers de telles pratiques.
Dans un article intitulé «Système de divination en Afrique noire» publié dans la revue Ethiopiques n°15 de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), en 1978, le défunt islamologue Amar Samb alertait déjà sur les dangers des prédictions et de la voyance pour l’homme noir. Le premier directeur noir de l’Ifan estime que «le mot gravité n’est pas assez fort pour exprimer ce qu’il y a de néfaste dans les conséquences de la divination telle que l’observateur attentif peut s’en rendre compte». Les vérités irrationnelles que véhiculent les devins sont porteuses de méfaits. L’auteur constate que «de solides amitiés peuvent se défaire dès que le devin se trompe - et il se trompe la plupart du temps- en désignant à son client, homme ou femme, comme ennemi un être qui ne nourrit que d’excellents sentiments pour le consultant».
Sur le plan de la bonne gouvernance par exemple, «la divination transforme souvent l’intégrité, l’honnêteté et la probité en indélicatesse, en corruption. L’homme qui, par ses actes, a pu mériter une totale confiance, verse parfois dans l’escroquerie en livrant par exemple des fonds de commerce ou le contenu d’une caisse de banque à un «multiplicateur de billets» ou à un charlatan qui disparaît une fois empochée la fortune d’autrui. C’est la faillite et la déchéance.» Parfois, la société en arrive à des scènes macabres. Dans la mesure où «un homme peut en arriver à concevoir par tous les moyens la déconsidération, la ruine, voire la mort de son adversaire. Ceci en s’adonnant à des sacrifices». Certains morts enregistrés durant la précampagne électorale sont assimilés à des sacrifices perpétrés par des politiques pour sortir victorieux de l’élection présidentielle de février 2012.
DIVINATIONS D’ORIGINE MUSULMANE ET TRADITIONNELLE
A travers ses recherches, Amar Samb a pu observer un système de divination multiforme en Afrique et au Sénégal en particulier. Et de lister la divination par les cauris (tanni en Wolof), la géomancie ou «gisaane», la divination par la corne parlante. Pour cette dernière, le devin utilise toutes sortes de cornes, mais le plus souvent celles du bélier. Par ailleurs, l’islamologue évoque l’existence d’une «classe de devins chez les Sérères appelés Saltigi qui transmettent leur savoir à leurs enfants ou à leurs frères pour communiquer leur vision ou prévisions d’événements heureux ou malheureux (meurtres, vols, viols, bons ou mauvais hivernages)», à l’occasion d’une cérémonie de divination appelée Xoy.
Pour mettre la main sur un voleur, des Sénégalais peuvent avoir recours au «gendal ou la tige parlante», découvre l’ancien directeur de l’Ifan. Le devin procède par la récitation, «à voix basse des paroles magiques ou des versets du Coran. Si le coupable du vol se trouvait dans le groupe, la tige se pliait et penchait dans sa direction. Aussitôt, on l’appréhendait».
«A ces systèmes de divination purement autochtones sont venus s’ajouter d’autres d’origine arabe dont l’introduction en Afrique noire en général et au Sénégal en particulier a été favorisée par l’implantation de l’Islam». L’auteur cite «l’interprétation des songes, le Mindîl». Pour ce dernier cas, il s’agit d’un magicien qui trace un cercle par terre ou qui travaille en fixant ses regards sur des miroirs ou sur des liquides. Dans la société musulmane, on retrouve «l’Istihâra» consistant pour le devin à «demander le nom du visiteur, celui de ses père et mère pour faire leurs prédictions». Cette pratique est proche de l’astrologie arabe. Il y a également l’Ic tikâf . «Des traditionnistes», «les plus dignes de confiance», ont affirmé que le Prophète pratiquait l’Istihâra et l’lc tikâf. Ce dernier procédé consiste «à passer en actes de dévotion pendant un temps déterminé dans la mosquée, à s’y établir dans un coin, à s’y coucher, à y faire même ses repas et ses prières». Le Prophète de l’Islam faisait aussi «la halwa ou retraite spirituelle». Avant d’être élu prophète, indique M. Samb, Mouhamed s’adonnait à des exercices spirituels en se retirant dans la grotte de hirâ, dans une montagne située au nord-est de la Mecque. Toutefois, le chercheur conclut que «la meilleure consultation, c’est d’envisager l’avenir avec un optimisme raisonné, un esprit critique, une imagination créatrice en comptant sur ses propres efforts et sur l’aide honnêtement reçue des autres». Ce n’est pas pour ignorer ou minimiser, précise-t-il, des dons supérieurs chez certaines personnes qui jouissent «d’un sixième sens».
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Dans un article intitulé «Système de divination en Afrique noire» publié dans la revue Ethiopiques n°15 de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan), en 1978, le défunt islamologue Amar Samb alertait déjà sur les dangers des prédictions et de la voyance pour l’homme noir. Le premier directeur noir de l’Ifan estime que «le mot gravité n’est pas assez fort pour exprimer ce qu’il y a de néfaste dans les conséquences de la divination telle que l’observateur attentif peut s’en rendre compte». Les vérités irrationnelles que véhiculent les devins sont porteuses de méfaits. L’auteur constate que «de solides amitiés peuvent se défaire dès que le devin se trompe - et il se trompe la plupart du temps- en désignant à son client, homme ou femme, comme ennemi un être qui ne nourrit que d’excellents sentiments pour le consultant».
Sur le plan de la bonne gouvernance par exemple, «la divination transforme souvent l’intégrité, l’honnêteté et la probité en indélicatesse, en corruption. L’homme qui, par ses actes, a pu mériter une totale confiance, verse parfois dans l’escroquerie en livrant par exemple des fonds de commerce ou le contenu d’une caisse de banque à un «multiplicateur de billets» ou à un charlatan qui disparaît une fois empochée la fortune d’autrui. C’est la faillite et la déchéance.» Parfois, la société en arrive à des scènes macabres. Dans la mesure où «un homme peut en arriver à concevoir par tous les moyens la déconsidération, la ruine, voire la mort de son adversaire. Ceci en s’adonnant à des sacrifices». Certains morts enregistrés durant la précampagne électorale sont assimilés à des sacrifices perpétrés par des politiques pour sortir victorieux de l’élection présidentielle de février 2012.
DIVINATIONS D’ORIGINE MUSULMANE ET TRADITIONNELLE
A travers ses recherches, Amar Samb a pu observer un système de divination multiforme en Afrique et au Sénégal en particulier. Et de lister la divination par les cauris (tanni en Wolof), la géomancie ou «gisaane», la divination par la corne parlante. Pour cette dernière, le devin utilise toutes sortes de cornes, mais le plus souvent celles du bélier. Par ailleurs, l’islamologue évoque l’existence d’une «classe de devins chez les Sérères appelés Saltigi qui transmettent leur savoir à leurs enfants ou à leurs frères pour communiquer leur vision ou prévisions d’événements heureux ou malheureux (meurtres, vols, viols, bons ou mauvais hivernages)», à l’occasion d’une cérémonie de divination appelée Xoy.
Pour mettre la main sur un voleur, des Sénégalais peuvent avoir recours au «gendal ou la tige parlante», découvre l’ancien directeur de l’Ifan. Le devin procède par la récitation, «à voix basse des paroles magiques ou des versets du Coran. Si le coupable du vol se trouvait dans le groupe, la tige se pliait et penchait dans sa direction. Aussitôt, on l’appréhendait».
«A ces systèmes de divination purement autochtones sont venus s’ajouter d’autres d’origine arabe dont l’introduction en Afrique noire en général et au Sénégal en particulier a été favorisée par l’implantation de l’Islam». L’auteur cite «l’interprétation des songes, le Mindîl». Pour ce dernier cas, il s’agit d’un magicien qui trace un cercle par terre ou qui travaille en fixant ses regards sur des miroirs ou sur des liquides. Dans la société musulmane, on retrouve «l’Istihâra» consistant pour le devin à «demander le nom du visiteur, celui de ses père et mère pour faire leurs prédictions». Cette pratique est proche de l’astrologie arabe. Il y a également l’Ic tikâf . «Des traditionnistes», «les plus dignes de confiance», ont affirmé que le Prophète pratiquait l’Istihâra et l’lc tikâf. Ce dernier procédé consiste «à passer en actes de dévotion pendant un temps déterminé dans la mosquée, à s’y établir dans un coin, à s’y coucher, à y faire même ses repas et ses prières». Le Prophète de l’Islam faisait aussi «la halwa ou retraite spirituelle». Avant d’être élu prophète, indique M. Samb, Mouhamed s’adonnait à des exercices spirituels en se retirant dans la grotte de hirâ, dans une montagne située au nord-est de la Mecque. Toutefois, le chercheur conclut que «la meilleure consultation, c’est d’envisager l’avenir avec un optimisme raisonné, un esprit critique, une imagination créatrice en comptant sur ses propres efforts et sur l’aide honnêtement reçue des autres». Ce n’est pas pour ignorer ou minimiser, précise-t-il, des dons supérieurs chez certaines personnes qui jouissent «d’un sixième sens».
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Mamadou Diakite, Linguiste et spécialiste en analyse de Discours : «En 10 ans, les prédictions des marabouts sont statistiquement fausses»
«Au regard de la question, «croire», c’est attacher une valeur de vérité à ce que dit quelqu’un. Cela signifie qu’on n’a pas la possibilité de vérifier l’objet de la croyance. Et ce n’est pas le cas. Cette affirmation s’appuie sur un corpus construit sur «marabout» dont voici les caractéristiques principales : près d’un million de mots repartis dans 1 238 textes, des articles de presse surtout, sur 10 ans (2003-2012). Les prédictions maraboutiques contenues dans cet ensemble sont assez nombreuses, et variées quant à leurs objets (élection, sport, malheur...), pour constituer un échantillon représentatif.
Les faits, tels que relatés par la presse sur les 10 ans, attestent, sans aucun doute possible, que les prédictions des marabouts sont statistiquement fausses, c’est-à-dire que leur taux de réussite est assez faible pour être imputé au hasard. A moins que la preuve soit faite que la presse a inventé de toutes pièces ce qu’elle nous a raconté depuis dix ans sur la prédiction maraboutique. Ce qui ne saura tarder au train où vont les choses.»
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Les faits, tels que relatés par la presse sur les 10 ans, attestent, sans aucun doute possible, que les prédictions des marabouts sont statistiquement fausses, c’est-à-dire que leur taux de réussite est assez faible pour être imputé au hasard. A moins que la preuve soit faite que la presse a inventé de toutes pièces ce qu’elle nous a raconté depuis dix ans sur la prédiction maraboutique. Ce qui ne saura tarder au train où vont les choses.»
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CHRONIQUE - Le jour où Gar Xalla chassa Kocc Barma de l’Université
Notre confrère Cheikh Tidiane Ndiaye, suite à la prédiction qui avait mis en émoi et suscité une peur panique dans l’espace universitaire, avait produit une fort instructive chronique sous un titre évocateur : «Le jour où «Gar Xalla» chassa Kocc Bar
Tout ça pour ça. Est-on tenté de dire, au vu du calme plat revenu à l’université Cheikh Anta Diop, après la journée peur panique de mercredi dernier (18 juillet 2012 : ndlr). L’irrationnel sous la forme d’une prédiction dévoyée et exagérément gonflée avait fini de semer la frousse dans ce temple du savoir, subitement fui comme la peste par ses pensionnaires non désireux de faire partie du décompte macabre d’un crash d’avion. En l’espace de 24 heures, les disciples du philosophe Kocc Barma Fall ont montré à la populace, certes compatissante mais riant sous cape, que la lumière de l’esprit, dont ils se réclament fièrement, ne les empêche pas de se comporter comme le commun des Sénégalais. De céder aux racontars, en donnant du crédit à une persistante rumeur née on ne sait d’où. Du genre de celles qui pimentent quotidiennement la conversation des commères faisant la queue à la borne-fontaine du quartier ou du village.
Personne, parmi les acteurs de cette débandade aux allures de sabar gu tass (fin d’une séance de tam-tam), n’est capable de dire exactement la provenance de cette funeste prédiction qui a vu Kocc Barma détaler à grandes enjambées devant le funeste Gar Xalla. Dans certains villages du Djolof (centre du Sénégal), ce personnage de légende, dont le rire très rare, provoque la mort de ceux qui en sont témoins, sert à désigner un ombrageux individu qui n’ouvre la bouche que pour dire une catastrophe. Pour n’avoir pas cherché à désamorcer la bombe malgré le démenti de la pauvre Selbé Ndom jurant qu’elle n’a rien à voir dans cette affaire et la précision de l’auteur de la prédiction selon laquelle le musiba (grand malheur) annoncé concerne Dakar et non spécifiquement l’Ucad, la presse, grande relayeuse de ce quiproquo, s’est mise dans le rôle de Gar Xalla. Répercutant à coups de manchette la vraie fausse rumeur, elle a plus contribué à terroriser les étudiants qu’à les amener à utiliser, comme ils savent si bien le faire, leur matière grise pour ne pas tomber dans le ridicule. Aucune enquête pour détecter la provenance de la rumeur et la mettre à nu, peu ou prou d’analyses ou d’éditoriaux appelant à la retenue, mais plutôt des comptes-rendus de l’affolement estudiantin. Décelable aux foules plus importantes que d’habitude se pressant devant les kiosques à journaux aux alentours de l’Ucad pour prendre connaissance des manchettes alarmistes.
Peu rigoureuse, impudique et catastrophiste, la presse Gar Xalla a montré là, à l’image des revues de presse de certaines radios et télévisions, à l’audition desquelles on tremble à l’idée que Dekbi dey takk (le pays va brûler), que sa logique commerciale l’emporte sur sa logique d’informer juste et vrai. Elle aurait, dans ce rôle de colportage de rumeurs, battu des records d’audimat et de vente, si elle était là à la fin des années 80. Un fait exagérément amplifié par la rumeur a marqué cette époque : la crise sénégalo-mauritanienne de 1989 trivialement appelée «évènement naar yi». Peu après le rapatriement de plusieurs Sénégalais au Cto où leur rendit visite Abdou Diouf, Gar Xalla est entré en scène pour raconter dans une profusion de détails digne d’une tragédie grecque que le chef de l’Etat a vu des compatriotes aux seins coupés, aux jambes et bras sectionnés, aux cous tailladés. «On voulait les égorgeait comme des moutons de Tabaski !», s’indignait la rumeur, poussant les jeunes chauffés à blanc à occire les Mauritaniens au lieu de piller leurs boutiques. Si pareils catastrophistes, dont recèle à profusion la société sénégalaise, trouvent maintenant de puissants relais à travers la presse, gageons que Gar Xalla n’a pas fini de malmener Kocc Barma…
Tout ça pour ça. Est-on tenté de dire, au vu du calme plat revenu à l’université Cheikh Anta Diop, après la journée peur panique de mercredi dernier (18 juillet 2012 : ndlr). L’irrationnel sous la forme d’une prédiction dévoyée et exagérément gonflée avait fini de semer la frousse dans ce temple du savoir, subitement fui comme la peste par ses pensionnaires non désireux de faire partie du décompte macabre d’un crash d’avion. En l’espace de 24 heures, les disciples du philosophe Kocc Barma Fall ont montré à la populace, certes compatissante mais riant sous cape, que la lumière de l’esprit, dont ils se réclament fièrement, ne les empêche pas de se comporter comme le commun des Sénégalais. De céder aux racontars, en donnant du crédit à une persistante rumeur née on ne sait d’où. Du genre de celles qui pimentent quotidiennement la conversation des commères faisant la queue à la borne-fontaine du quartier ou du village.
Personne, parmi les acteurs de cette débandade aux allures de sabar gu tass (fin d’une séance de tam-tam), n’est capable de dire exactement la provenance de cette funeste prédiction qui a vu Kocc Barma détaler à grandes enjambées devant le funeste Gar Xalla. Dans certains villages du Djolof (centre du Sénégal), ce personnage de légende, dont le rire très rare, provoque la mort de ceux qui en sont témoins, sert à désigner un ombrageux individu qui n’ouvre la bouche que pour dire une catastrophe. Pour n’avoir pas cherché à désamorcer la bombe malgré le démenti de la pauvre Selbé Ndom jurant qu’elle n’a rien à voir dans cette affaire et la précision de l’auteur de la prédiction selon laquelle le musiba (grand malheur) annoncé concerne Dakar et non spécifiquement l’Ucad, la presse, grande relayeuse de ce quiproquo, s’est mise dans le rôle de Gar Xalla. Répercutant à coups de manchette la vraie fausse rumeur, elle a plus contribué à terroriser les étudiants qu’à les amener à utiliser, comme ils savent si bien le faire, leur matière grise pour ne pas tomber dans le ridicule. Aucune enquête pour détecter la provenance de la rumeur et la mettre à nu, peu ou prou d’analyses ou d’éditoriaux appelant à la retenue, mais plutôt des comptes-rendus de l’affolement estudiantin. Décelable aux foules plus importantes que d’habitude se pressant devant les kiosques à journaux aux alentours de l’Ucad pour prendre connaissance des manchettes alarmistes.
Peu rigoureuse, impudique et catastrophiste, la presse Gar Xalla a montré là, à l’image des revues de presse de certaines radios et télévisions, à l’audition desquelles on tremble à l’idée que Dekbi dey takk (le pays va brûler), que sa logique commerciale l’emporte sur sa logique d’informer juste et vrai. Elle aurait, dans ce rôle de colportage de rumeurs, battu des records d’audimat et de vente, si elle était là à la fin des années 80. Un fait exagérément amplifié par la rumeur a marqué cette époque : la crise sénégalo-mauritanienne de 1989 trivialement appelée «évènement naar yi». Peu après le rapatriement de plusieurs Sénégalais au Cto où leur rendit visite Abdou Diouf, Gar Xalla est entré en scène pour raconter dans une profusion de détails digne d’une tragédie grecque que le chef de l’Etat a vu des compatriotes aux seins coupés, aux jambes et bras sectionnés, aux cous tailladés. «On voulait les égorgeait comme des moutons de Tabaski !», s’indignait la rumeur, poussant les jeunes chauffés à blanc à occire les Mauritaniens au lieu de piller leurs boutiques. Si pareils catastrophistes, dont recèle à profusion la société sénégalaise, trouvent maintenant de puissants relais à travers la presse, gageons que Gar Xalla n’a pas fini de malmener Kocc Barma…


