Mali: interpellations en série à Bamako, un nouveau chef pour l'armée


Plusieurs interpellations et "enlèvements" d'opposants et de militaires ont eu lieu au Mali après les attaques fin avril des jihadistes et des indépendantistes touareg contre la junte, qui a désigné mercredi un nouveau chef de l'armée.

Le Mali est en proie à l'incertitude après ces attaques coordonnées d'ampleur les 25 et 26 avril par des jihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM, allié à Al-Qaïda) et la rébellion du Front de libération de l'Azawad (FLA), à dominante touareg.

Plusieurs villes et localités du nord sont désormais sous contrôle des jihadistes et de leurs alliés du FLA. Le ministre de la Défense Sadio Camara, 47 ans, un des piliers de la junte, a été tué dans un attentat suicide à Kati, fief du régime proche de la capitale Bamako.

Il a été remplacé par le chef de la junte Assimi Goïta qui cumule désormais les deux fonctions.

La junte, affaiblie après ces attaques ayant fait au moins 23 morts selon une source hospitalière, a nommé mercredi un nouveau "chef d'état-major général des armées", le général Elisé Jean Dao.

Il remplace à ce poste le général Oumar Diarra dont il était l'adjoint, selon un décret transmis à l'AFP.

- "Complicité" -

Selon des sources sécuritaires, judiciaires et leur proches, plusieurs interpellations et "enlèvements" d'opposants et de militaires ont eu lieu ces derniers jours dans les zones sous contrôle des militaires, aux commandes du pays sahélien depuis 2020. Il est toutefois difficile de vérifier le nombre et l'identité exacte des concernés.

Parmi les personnes "enlevées" figurent les opposants Me Mountaga Tall, Youssouf Daba Diawara ou Moussa Djiré, ont indiqué à l'AFP des sources sécuritaires et des membres de leur entourage.

Me Tall a été "enlevé" le 2 mai à Bamako par des hommes encagoulés, selon sa famille.

"Il est soupçonné de comploter avec certains opposants basés à Dakar pour renverser le régime" militaire, a déclaré à l'AFP une source sécuritaire, une affirmation reprise par une autre source au sein des services de renseignements.

De leurs côtés,  MM. Diawara et Djiré sont soupçonnés de liens avec, respectivement, l'influent imam Mahmoud Dicko et Omar Mariko, deux opposants en exil, selon des sources sécuritaires.

Au moins deux autres civils, des proches de M. Mariko, ont également été arrêtés à la suite des attaques du 25 avril, a indiqué à l'AFP une source judiciaire, sans plus de détails.

Dans un communiqué publié le 1er mai, le parquet militaire a annoncé des interpellations de soldats, après des investigations ayant révélé, selon lui, des "éléments solides" de "complicité" de certains militaires dans "la planification, la coordination et l'exécution" des attaques du 25 avril, avec l'implication présumée de certains acteurs politiques.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a exprimé mardi son inquiétude à la suite d'"informations très préoccupantes (faisant) état d'exécutions et d'enlèvements extrajudiciaires qui auraient été perpétrés par des membres des forces de sécurité à la suite des attaques des 25 et 26 avril".

- Blocus effectif -

Le blocus opéré par les jihadistes depuis le 30 avril sur la capitale Bamako continue de produire ses effets négatifs sur des axes essentiels menant vers la ville alors que le Mali, pays enclavé, est dépendant d'importations par la route.

Mercredi après-midi, les véhicules pouvaient sortir de Bamako mais ceux en provenance de l'intérieur du pays étaient bloqués par les jihadistes sur différents axes menant à la ville, ont indiqué à l'AFP des usagers.

Entre Kayes (ouest) et Bamako, les chauffeurs refusent de circuler sans escorte sécuritaire alors que des passagers et les marchandises sont bloqués à la frontière entre le Sénégal et le Mali, ont affirmé mercredi à l'AFP des responsables locaux et des passagers.

A Kati, en périphérie nord-ouest de la capitale, le bureau de douane était quasiment désert mercredi en raison de l'arrêt des flux de marchandises causé par les blocages, a indiqué à l'AFP un agent.

En outre, en raison de "la situation sécuritaire actuelle", le transporteur Maersk a suspendu le transport de marchandises sur Dakar-Bamako, Abidjan-Bamako et "les autres régions du Mali", selon un communiqué daté de lundi reçu mercredi par l'AFP.

Le Mali est confronté depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire, nourrie notamment par les violences de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation État islamique (EI), les attaques des indépendantistes touaregs et de groupes criminels communautaires.

Les jihadistes du JNIM ont appelé le 30 avril à un large "front commun" pour "mettre fin à la junte", en vue d'"une transition pacifique et inclusive".
Mercredi 6 Mai 2026
Dakaractu



Nouveau commentaire :
Twitter



Dans la même rubrique :