Lettre ouverte au Secrétaire d’État à l’Urbanisme et au Logement du Sénégal, Momath T. NDAO.


Monsieur Le Secrétaire D’État,

Le chapitre troisième de l’axe trois du programme de la coalition ‘Diomaye Président’ a suscité un grand intérêt pour moi. J’ai entrepris d’y examiner les questions d’habitat, d’urbanisme et de cadre de vie, après avoir vaguement suivi quelques travaux de la sous-commission en charge.

Or, à la faveur de votre prise de fonction au Secrétariat d’État à l’Urbanisme et au Logement, la présentation de votre parcours, renseigne que vous êtes très familier des problématiques urbaines, particulièrement de celles du ‘cap gris’. C’est donc avec enthousiasme que je découvre qu’un professionnel immergé de longue date, est appelé à donner corps à cette vision, eu égard aux défis qui se dressent dans un secteur dont la dégradation soutenue de la prise en charge et la carence de volonté politique à faire appliquer ses règles, contribuent à rendre hideux le visage de notre pays, depuis trop longtemps.

D’où je vous dis toute l’espérance que je fonde, aux côtés de milliers de nos concitoyens, de voir notre capitale et nos villes, se mettre aux normes du mieux vivre universel, sous votre impulsion acharnée.

Le défi est immense, tant il a pour objet la conciliation de l’intérêt général avec les intérêts particuliers de propriétaires parfois récalcitrants et de constructeurs influents. Les pratiques non conformes érigées en normes, au cours des dernières décennies, n’aident pas.

L’attente est grande. Les sénégalais désirent ardemment retrouver un accès définitif à leur plage, reconquérir les terroirs entiers cédés à des particuliers, profiter d’aménagements paysagers, souvent initialement compris dans les plans initiaux de lotissements, puis retirés. Ils aspirent à ce que leurs dossiers de régularisation foncière et d’autorisations administratives, soient traités avec une diligence égalitaire et méritent de vivre dans un environnement aseptisé de toute hérésie urbanistique. Au triste spectacle qu’offre cet amas de béton émergeant d’un chaos organisé, activement dépourvu de tout ce qui lui restait d’espace vert, nous ambitionnons de jouir de cadres urbains délivrés de nuisances sonores, d’occupation privative anarchique et irrégulière des emprises domaniales publiques.

 

Monsieur le Secrétaire d’État,

Les Sénégalais sont braves, mais n’en peuvent plus :

  • Des déclarations d’opérations d’urbanisme prévues en téléprocédure, pour durer quelques jours, qui s’éternisent sur la plateforme y dédiée ;

  • Des occupations sporadiques, impromptues et obstructives à la voie publique par des particuliers, entravant la circulation des biens et des personnes et créant des troubles, sans autorisation préalable ;

  • De l’appropriation par les particuliers de la voie publique, par l’installation de dispositifs créateurs de risque et de gêne, visant à privatiser la voirie et entraver la stationnement de véhicules sur le trottoir, sans pouvoir se prévaloir d’autorisation communale d’occupation temporaire du domaine public ;

  • De la ‘cantinisation’ des espaces publics aménagés ;

  • Des habitations érigées dans des zones franches industrielles ou inversement, d’activités industrielles génératrices de nuisances hautement préjudiciables au voisinage, implantées dans les zones d’habitation ;

  • Des immeubles de grande hauteur, qui ne respectent aucune proportion avec le nombre de places de garage requis par lot, dont les occupants déversent les véhicules sur tout l’espace environnant, y compris dans les jardins publics ;

  • De voiries ramenées à leur plus petite proportion, du fait des empiètements de part et d’autre, par les riverains, s’arrogeant irrégulièrement parfois une dizaine de mètres de la voie publique ;

  • De l’envahissement et de l’occupation sauvage d’espaces publics, par des corps de métiers d’ouvrage, qui dégradent considérablement le cadre de vie ;

  • De boulevards entiers d’arbres abattus, de jardins publics devenus parkings privés, après une découpe d’arbres, sans autorisation, ou de hangars construits sur des jardins publics ;

  • Des nuisances et pollutions sonores, parfois nocturnes, au-delà des horaires et décibels autorisés ;

  • D’officines ‘religieuses’ qui exercent leur activité, non dans les zones franches, réceptacles dédiés aux lieux de culte, mais dans les zones d’habitation ;

  • D’immeubles affaissés qui amoncellent les corps de familles entières etc.

Chaque Sénégalaise et chaque sénégalais souffre profondément de l’une quelconque de ces déviations et d’autres encore, le chapelet est long.

Monsieur Le Secrétaire d’État,

Vous devez certainement recourir à un état des lieux, sensibiliser, informer et former, mais en parallèle de toute mise en œuvre, ayez à cœur que des mesures s’imposent certainement vite, pour nous soulager et créer un électrochoc, je vous en conjure. Faire respecter les règles existantes, est possible. La cohérence que j’entrevois à travers la dénomination de votre ministère de tutelle, laisse présager d’une action en intelligence avec les collectivités, leviers déterminants et garants du succès de votre action.

Il vous revient, avec votre ministre de tutelle, la tâche pressante de veiller à faire appliquer les servitudes urbanistiques, et plus simplement à faire appliquer strictement les codes de l’Urbanisme et de la construction, en coopération avec les autorités en charge de l’environnement ; les acteurs que vous identifiez dans ‘Dakar : Du Cap vert au  »Cap désertique », Août 2017, sauront vous servir et les agences et moyens légaux pour agir, sont foison.

Les conséquences des agressions faites au cadre de vie de nos villes, sur la qualité de vie globale des Dakarois et sénégalais, sont évidentes. S’en prémunir commande que votre gouvernement s’attache, en parallèle de la sensibilisation, à instruire les mesures conservatoires devant stopper toutes ces pratiques néfastes.

Mais je ne vous apprends absolument rien. Vous êtes dans votre matière et saurez identifier mieux que tous, celles urgentes et probantes. 

En vous félicitant pour votre nomination dans ce gouvernement, je vous encourage et vous marque un soutien citoyen entier, dans votre action au bénéfice exclusif des sénégalais.

Je vous prie d’agréer, Monsieur Le Secrétaire d’État, l’expression de ma parfaite considération.

S. Kandéty, Cité Biagui, Kansahoudy, Ziguinchor, Sénégal, simpaunivers@gmail.com

 
Samedi 13 Avril 2024
Dakaractu



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