L’exploitation des ressources naturelles sénégalaises : une possible menace à l’environnement et à la santé publique.

Quels instruments de politiques environnementales pour la réguler ?


La découverte des ressources naturelles au Sénégal (or, fer, phosphate, zircon, ilménite, pétrole, gaz, etc.) a, à juste titre, suscité un véritable sentiment de satisfaction chez les sénégalais. Ce sentiment est justifié par l’espoir que ces ressources devraient permettre au Sénégal de se placer dans la hiérarchie des pays dont la situation économique est enviable. Cet article, bien que reconnaissant l’utilité de ces ressources, met l’accent sur le caractère polluant de leur exploitation qui pourrait constituer une menace pour la santé publique. Il convient, en effet, de noter que le phosphate crée des phénomènes d’eutrophisation lorsqu’il se retrouve dans les océans, les mers, les lacs et les fleuves via le ruissellement de l’eau et l’érosion des sols. Par conséquent, il détériore la qualité de l’eau et expose les usagers de cette eau à des problèmes sanitaires. Quant à l’or, son exploitation nécessite l’usage du cyanure qui, non seulement, pollue l’environnement, mais peut aussi se révéler mortel car étant un poison. C’est assurément pour lutter contre les dangers liés à l’exploitation des ressources comme le zircon que les habitants de Niafrang (Casamance) ont voulu s’opposer à l’exploitation de ce minerai. Globalement, l’exploitation des ressources naturelles nécessite l’utilisation d’éléments radioactifs tels que l’uranium, le cyanure et le thorium qui entrainent des maladies. L’exemple d’une ville chinoise appelée Baotou illustre parfaitement cette situation. Les habitants de cette ville ont, en effet, été frappés par le cancer, les maladies respiratoires et des pertes dentaires, du fait de l’exploitation de certaines ressources naturelles.
La perspective d’une possible menace pour la santé publique nous amène aujourd’hui à nous interroger sur les instruments de politiques environnementales à implémenter pour réguler les activités d’exploitation de ces ressources. Autrement dit, il s’agit de comprendre que le défi auquel l’Etat est confronté consiste à mettre en place les moyens les plus appropriés pour conduire les entreprises extractrices à intégrer dans leurs décisions de production la pollution qu’elles infligent à la société. La littérature académique en économie de l’environnement a identifié quelques instruments de politiques environnementales qui permettent de réguler l’activité des entreprises qui polluent. D’un côté, il y a des instruments dits réglementaires qui sont constitués des normes de procédé, de produit, de qualité et des quotas de pollution. De l’autre côté de l’échiquier, figurent les instruments économiques qui englobent la subvention à la dépollution, le marché des droits à polluer encore appelé marché de permis d’émissions, les systèmes de consigne, et la taxe sur les émissions polluantes. Cet article s’intéresse à la subvention et à la taxe. Dans le cadre de la subvention, l’Etat peut, soit verser de l’argent aux entreprises extractrices pour les accompagner dans leurs efforts de réduction de la pollution, soit verser de l’argent à des entreprises qui pratiquent des activités vertes dans le but de les encourager. Parmi ces activités, figure le recyclage qui consiste à récupérer des éléments provenant des ressources extraites, à les traiter et à les remettre dans le circuit économique. Cette activité, en plus de respecter l’environnement, permet de générer des emplois et réduit, en conséquence, le chômage. Etant donné que l’extraction des ressources sénégalaises est, en général,
effectuée par des entreprises étrangères, la deuxième solution est indubitablement plus bénéfique pour la société sénégalaise. Dans le cadre de la taxe, l’Etat doit taxer chaque unité polluante extraite. Cette taxe permet de contrôler la pollution et de renflouer les caisses de l’Etat. C’est ce que l’on appelle «principe du double dividende ». L’Etat peut utiliser les revenus de cette taxe pour développer son économie. Naturellement, la question que l’on peut se poser, à ce stade de l’analyse, est la suivante : quel doit être le niveau de la taxe ? La réponse à cette question dépend, évidemment, du type de marché dans lequel les entreprises extractrices évoluent. Si elles sont très nombreuses, de sorte à ce que le marché dans lequel elles évoluent présente des caractéristiques identiques à celles d’un marché de concurrence parfaite, l’Etat doit fixer une taxe égale au dommage marginal. Dit autrement, l’entreprise extractrice doit payer un montant qui est exactement égal au préjudice qu’elle a causé. En revanche, lorsque le marché est de type monopolistique ou oligopolistique, la taxe fixée par l’Etat doit être inférieure au dommage marginal. Dans ce cas précis, l’Etat, sachant que ces types de marchés fournissent une production qui n’est pas socialement efficace, ne peut pas, à l’évidence, fixer une taxe égale au dommage marginal sous peine de réduire drastiquement la production. Il arbitre donc entre son désir de contrôler la pollution et sa fonction régalienne consistant à garantir une allocation optimale des ressources. Implicitement, cet article indique que les entreprises productrices de biens polluants doivent payer une taxe environnementale appelée taxe pigouvienne, en plus de l’impôt sur les sociétés qu’elles payent traditionnellement lorsqu’elles produisent des biens et services conventionnels.
Auteur :
Bocar Samba BA: docteur en économie (université de Montpellier), spécialisé en économie de l’environnement et des ressources naturelles, qualifié au grade de Maître de Conférences CNU ;
Enseignant-chercheur à l’université de Montpellier : octobre 2012 à août 2016 ; Enseignant-chercheur à l’université de Clermont-Auvergne au CERDI : octobre 2016 à
octobre 2018 ;
Consultant et intervenant dans certaines universités privées sénégalaises: depuis décembre 2018 ;
Jeudi 25 Avril 2019
Dakaractu




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