L’ère démoniaque des Sextapes, images obscènes, écoutes et enregistrements téléphoniques

L’audio de 27 minutes 43 secondes, où l’on entend une conversation malsaine entre une dame mariée et son amant qui circule actuellement sur les réseaux sociaux, a choqué plus d’un. Aujourd’hui, ces enregistrements on en voit à chaque instant. Ils sont devenus monnaie courante dans les réseaux sociaux au Sénégal. La plupart du temps, des jeunes se donnent du plaisir à les partager. Pourtant, il y a quelques années en arrière, le «sexe» était tabou dans notre société. Mais, depuis la floraison des Tic (technologie de l’information et de la communication) et les réseaux sociaux qui ont facilité l’accès à l’internet, la curiosité du Sénégalais lambda s’est accentuée et a permis de découvrir les pratiques d’autres sociétés sur la sexualité. Cette découverte est mal usitée par les Sénégalais. Résultat, tout ce qui se fait entre quatre murs est exposé dans les réseaux sociaux. Dakaractu s’est penché sur ce fait de société devenu récurrent.


L’ère démoniaque des Sextapes, images obscènes, écoutes et enregistrements téléphoniques

Chaque jour, vidéos, photos obscènes, écoutes et enregistrements téléphoniques circulent sur les réseaux sociaux. Ce qui n’est pas une première. Souvenez-vous des filles de Grand Yoff Anna et Cie, de la fille des Parcelles Assainies Ramatoulaye Djigo, du cas de la fille d’une célèbre école à Dakar, toutes des affaires de mœurs qui avaient défrayé la chronique. 
La vidéo sexuelle de 11 secondes, où l’on voyait la chanteuse Mbathio Ndiaye jouer avec son intimité reste fraîche dans les esprits pour ne citer que ce cas. 
 
La pornographie via les réseaux sociaux ne choque plus
 
Le sociologue Aly Khoudia Diaw pense qu’«au Sénégal, il semble se produire ce que nous appelons un nivellement par le bas, c'est-à-dire un système par lequel l’excellence, l’exemplarité, le référentiel n’est plus cultivé. C’est cette culture de la ressemblance à tous les niveaux qui entraine la banalité, la médiocrité, le laisser aller et le laisser faire car, l’objectif visé est que tout le monde se ressemble. C’est pourquoi la pornographie via les réseaux sociaux, avec l’apparition de plus en plus de vidéos obscènes conduisant au chantage va se banaliser et ne choquera plus personne. Parce que tout le monde sera logé dans le même sac».
 
Pour le sociologue, les causes de ces actes sont nombreuses et variées. Il se pourrait que le recul de l’éducation, la modernisation et l’évolution de la société, l’émancipation et la liberté plus affirmée des jeunes d’aujourd’hui, combinée à l’apparition des réseaux sociaux puissent servir de facteur déclencheur. «Les sextapes, les écoutes et enregistrements téléphoniques, la publication de photos intimes de personnes connues, sont une nouvelle facette de ce qu’est la crise des valeurs et des repères, l’absence d’éducation dans les familles et l’irresponsabilité des nouveaux parents caractérisés par l’inconscience, l’insouciance et la fuite en avant. Dans presque toutes les familles sénégalaises, l’ordinateur et les tablettes ont supplanté les parents dans le mental de leurs enfants. De ce fait, on grandit sans amour, sans vertus, sans repères et sans normes sociales intériorisées». Il poursuit : «On règle des comptes en enregistrant des conversations privées d’une personne que l’on se précipite à jeter sur la place publique pour le discréditer et la jeter en pâture aux vautours soit parce que c’est un adversaire politique, ou soit parce qu’on ne lui pardonne pas sa réussite sociale ou son épanouissement dans la vie. Il y’a bien-sûr tous ces facteurs mais,  aussi il y’a la jalousie, la haine, les rancœurs tenaces, les échecs et réussites inexpliqués et la vie des gens ordinaires, trop ordinaires qui finit par déteindre sur le vécu quotidien de chacun d’entre nous».
 
Aly Khoudia estime qu’«au Sénégal il ne faut pas s’étonner de ce qui se passe car même si le phénomène est encore marginal, les réseaux sociaux ont le pouvoir d’amplifier les choses et de les dénuder de telle sorte qu’elles deviennent risibles et rigolotes. Et c’est justement là où se situe le drame pour ne pas dire le piège. Parce que ce n’est pas cela le modèle dominant de la culture de la société sénégalaise, car la légendaire «soutoura» sénégalaise n’est pas un vain mot. Ce n’est pas non plus une abstraction mais, un construit social basé sur les valeurs morales, sur la solidarité, sur la «kersa», sur le «jom» et sur l’éducation. Et la banalisation des phénomènes sociaux déviants est le premier danger des sociétés primitives (reproduction à l’identique) car la première fois, elle est événementielle, choquante et apeurante, la seconde fois elle est juste terrible et désolante, la troisième fois elle se banalise et on en parle moins. Je pense que nous gardons encore un minimum de «soutoura» en matière de sexe, mais il faut véritablement se dire que quelque chose a changé dans la société sénégalaise, dans le comportement, dans le mental, dans la perception, dans le gestuel, dans la socialisation».
 
La femme est toujours présentée comme un objet de désir
 
Dans les médias sénégalais, la femme est toujours présentée comme un objet de désir, un objet à vendre, «xalé bou toye» et surtout une créature dont les rondeurs, (valorisée à l’écran) la réduisent à un simple objet sexuel, quelqu’un qu’il est bon de «sauter» et une fois fait, s’en débarrasser. La société sénégalaise se résume, si on suit la logique des médias, à une affaire de «tékk deal» et de vengeance entre homme et femme, chacun voulant ruser pour tromper l’autre.   Et c’est cette image que les foyers sénégalais, surtout les enfants intériorisent et à la longue, forcément, vont finir par croire que la vie, c’est ça. Or, ce n’est pas vrai. La vie au Sénégal, ce n’est pas les femmes et filles de Dakar, ce n’est pas les radios et Tv de Dakar, bref ce n’est pas la cosmopolitique dakaroise qui fait le Sénégal. Alors oui vous avez parfaitement raison de vous poser la question, car si les choses évoluent dans ce sens, il est certain qu’on ne puisse plus nous glorifier de quoi que soit et pourtant une société a toujours besoin de s’identifier par rapport à quelque chose. C’est ce qu’on appelle une marque déposée».
 
Les risques encourus
 
Toutefois, la publication de toutes images ou vidéos obscènes peut engendrer d’importants risques pénaux. C’est le cas du tatoueur Djibril Ndiogou Diop plus connu sous le nom de Tyco Tatto.  Djibril Diop, qui faisait des tatouages sur les parties intimes de jeunes filles qu’il partageait dans les réseaux sociaux, a écopé une peine d’un an dont un mois ferme avec une amende d’un million 500.000 francs Cfa.



Selon Maitre Baba Diop, avocat à la Cour de Dakar, le risque pénal encouru concernant une publication d’images ou de vidéos obscènes dépend des objectifs visés. «La personne qui exploite des jeunes filles à des fins pornographiques encourt une peine d’emprisonnement qui peut aller jusqu’à 5 ans. Et pour les filles qui le font, surtout celles dont leur corps est destiné au public, peuvent être poursuivies pour outrage public à la pudeur. Et là elles peuvent encourir des peines d’emprisonnement allant jusqu’à 2 ans. Elles peuvent être poursuivies aussi pour des faits de prostitution parce qu’on peut voir la chose à ce niveau», renseigne-t-il.
 
L’autre aspect que Maitre Diop met en exergue, c’est la publication des vidéos ou images sans le consentement des actrices. Il y’a une nouvelle disposition dans la réforme. Quand on porte atteinte à l’intimité privée, c’est une infraction prévue par le code pénal. Si cela est fait dans le cadre privé, vous l’exploitez dans le cadre public, vous pouvez être poursuivi du délit d'atteinte à la vie, aux droits et à l’image de la personne. Ça c’est une nouvelle infraction. Il ajoute que la personne qui utilise de manière frauduleuse les images privées ou de personnes sans leur consentement s’expose... »

 
 
Jeudi 15 Novembre 2018
Dakaractu



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