Du naufrage du Joola au crash de l’avion de Senegalair : L’impunité de haut vol


Plus de deux ans après le crash de l’avion de Senegalair, l’affaire prend enfin un tour judiciaire. En clair, selon la livraison de notre confrère « Libération », le tribunal de grande instance de Paris a demandé́ au doyen des juges de Dakar, l’exécution d’une commission rogatoire dans le cadre d’une enquête pour homicides involontaires. La procédure est ainsi déclenchée outre-océan à l’effet de situer les responsabilités.

On se rappelle que l’accident survenu le 5 septembre 2015, suite à l’abordage entre l’appareil de la compagnie privée Senegalair et celui de la compagnie aérienne Ceiba, avait fait 7 morts. Parmi les victimes, une jeune botaniste française originaire de Saint-Estève qui devait être évacuée de Ouaga à Dakar après des complications sanitaires. C’est dire que s’il n’y avait pas cette victime de nationalité étrangère, les choses, malgré la gravité qui s’y attachent, allaient encore trainer en longueur.

Cette entrée en jeu de la justice française intervient plusieurs mois après la publication, par la presse, des conclusions du rapport portant sur cette tragédie. Ledit rapport, produit par les soins du Bureau d’enquête et d’analyse, a été publié avec beaucoup de retard et au terme de plusieurs réunions. Qu’à cela ne tienne : l’enquête établit nettement la responsabilité de l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (ANACIM). En fait, il est reproché à l’agence dirigée par Maguèye Marame N’Dao d’avoir manqué de vigilance. Celle-ci est toujours aux commandes, malgré les manquements imputables à ses hommes. En l’absence de l’ouverture d’une information judiciaire, il doit y avoir au moins des sanctions administratives. 
Sous d’autres cieux où les populations sont plus exigeantes, pour des évènements similaires, de grandes personnalités de l’Etat sont passées à la trappe. C’est le cas en Pologne où le ministre de la Défense a démissionné, en 2011, suite à un rapport gouvernemental consécutivement au crash de Smolensk. 

Le temps n’aura pas influé sur les mœurs. Le crash de Senegalair bénéficie, apparemment, du même traitement que le naufrage du bateau le Joola qui avait causé la mort de près de 2.000 personnes le 26 septembre 2002. Plus de 15 ans après, ce dossier est au point mort. Là également, ce sont les magistrats du parquet d’Evry qui avaient, en 2003, à la demande des familles des 22 victimes françaises, ouvert une information judiciaire des chefs d’homicides et blessures involontaires par violation délibérée des règles de prudence ou de sécurité et non-assistance à personne en péril. Cela, après que la justice sénégalaise a, quelques mois plus tôt, classé le dossier en concluant à la seule responsabilité du commandant de bord.

Pour avoir fait de la « Tolérance zéro » la trame de sa lutte contre le laxisme, le président Macky Sall doit prendre des sanctions à l’encontre des autorités de l’ANACIM. Sinon, l’histoire va le rattraper puisque la machine judiciaire risque de soulever un grand tollé préjudiciable à l’image de marque de l’aviation civile nationale.  
Vendredi 9 Mars 2018
Dakaractu




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