La dégradation de la notation souveraine du Sénégal par l’agence Standard & Poor’s, intervenue vendredi 4 septembre 2026, vient jeter une lumière crue sur les marges de manœuvre de plus en plus étroites dont dispose Dakar dans sa gestion de la dette publique. S&P a abaissé la note souveraine du pays en devises étrangères de « CCC+ » à « CC », tandis que la note en monnaie locale recule de « CCC+ » à « CCC ». Les deux notations sont assorties d’une perspective négative et l’agence maintenant toutefois les notes à court terme à « C ».
Pour Mouhamadou Madana Kane, leader du mouvement « Dundu », cette décision confirme une analyse qu’il défendait dans une précédente publication : la restructuration de la dette annoncée par les autorités arrive trop tard pour éviter un resserrement sévère des options économiques du pays. « Cette nouvelle dégradation est une raison supplémentaire pour s’abstenir de célébrer pour le moment et de surveiller étroitement l’évolution des négociations avec les créanciers », a-t-il déclaré, réagissant à chaud à l’annonce de S&P.
Le timing de la sanction financière est particulièrement frappant : elle survient à peine trois jours après que le gouvernement sénégalais et le Fonds monétaire international se sont accordés sur un programme économique et financier de 2,2 milliards de dollars (environ 1244 milliards de francs CFA) sur 36 mois et après le lancement par Dakar de son Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS), mené sous l’égide du Cadre commun du G20. Loin d’apaiser les marchés, cette annonce a été interprétée par S&P comme le signal d’une restructuration en bonne et due forme, l’agence jugeant qu’un défaut sur la dette extérieure, au sens de sa propre méthodologie, est désormais « quasi certain ».
L’agence justifie sa décision par le risque que les tensions du processus de restructuration ne s’étendent, à terme, à une partie de la dette libellée en francs CFA, pourtant exclue pour l’instant du périmètre du PTDS. Elle prévient qu’une nouvelle dégradation reste possible dans les six prochains mois si les risques de défaut se matérialisent ou si le processus venait à toucher la dette intérieure. S&P doit publier sa prochaine évaluation programmée le 25 septembre, et n’exclut pas de relever la notation en devises étrangères une fois un éventuel échange de dette en situation de détresse mené à bien.
Sur le terrain politique, l’épisode nourrit la critique portée par Mouhamadou Madana Kane et « Dundu » : celle d’un calendrier de restructuration jugé tardif au regard de la dégradation continue des fondamentaux financiers du pays, dans un contexte où le poids de la dette publique a explosé ces dernières années. Le mouvement appelle à une vigilance accrue sur la suite des négociations avec les créanciers, plutôt qu’à une lecture triomphaliste de l’accord conclu avec le FMI. Les autorités sénégalaises, de leur côté, n’ont pour l’heure annoncé aucun moratoire et affirment vouloir rester à jour de leurs échéances les plus proches.
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