Recrutement de volontaires pour la Légion internationale de défense territoriale d’Ukraine : un engagement en question.


Le Sénégal a rappelé à l’ordre l’ambassadeur d’Ukraine. Le diplomate organisait avec l’accord de son pays, le recrutement de volontaires sénégalais mais aussi ouest-africains. Il faut préciser que l’appel posté puis supprimé de la page Facebook de l’ambassade d’Ukraine au Sénégal est la suite de la déclaration du président Volodymyr Zelensky, appelant les volontaires d’autres pays à secourir son pays attaqué depuis le 24 février par la Russie. Le ministre des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a, à sa suite, demandé à ceux qui le désirent de se rapprocher des 84 représentations de l’Ukraine pour s’inscrire.

Au Sénégal, l’ambassadeur Yurii Pyvovarov a révélé à Dakaractu que ses services ont enregistré 36 candidatures. Parmi ces candidats, certains auraient une expérience militaire. Le travail de sélection était en cours. Selon nos informations, des candidats ont reçu une réponse de l’ambassade leur demandant de compléter leur dossier.

En Afrique, la même procédure a été signalée dans un pays comme le Nigéria où 115 volontaires se sont présentés à l’ambassade. Ce que le deuxième secrétaire de la représentation ukrainienne à Abuja, Bohdan Soltys, a confirmé à nos confrères du Guardian. Au Nigéria, l’ambassade aurait demandé aux aspirants légionnaires de s’acquitter de 1000 dollars pour financer leur voyage.

Dans le formulaire qui a accompagné l’annonce enlevée de la page Facebook de l’ambassade du Sénégal, les candidats doivent garantir qu’ils ont la capacité de débourser 600 dollars pour le même objectif. Les témoignages recueillis par Dakaractu n’en font pas, pour autant, une obligation.

Quoi qu’il en soit, l’Ukraine continue de recruter sur le continent africain puisqu’en dehors du Sénégal et du Nigéria, nous avons retrouvé le même appel sur la Facebook de son ambassade en Afrique du Sud. 

L’Occident, principal grenier de la Légion internationale ukrainienne.

Le procédé qui fait polémique sur le continent africain, est assimilé à un recrutement de mercenaires, semble moins problématique dans les pays occidentaux. 
Par exemple, la Lettonie a voté une loi approuvant l’enrôlement de Lettons dans la Légion internationale de défense territoriale.

En Grande Bretagne, le ministre des Affaires étrangères s’est dit favorable au voyage de ressortissants anglais pour soutenir les ukrainiens même si après, le Premier ministre a déconseillé une telle pratique.

Au 1er mars, 400 suédois s’étaient inscrits alors que les premiers volontaires étaient attendus en Ukraine le 3 mars dernier. Au Japon, 70 hommes 
dont 50 anciens membres des Forces d'autodéfense se seraient manifestés pour soutenir les forces armées ukrainiennes.

En Géorgie, 400 volontaires ont été empêchés de prendre leur vol par les autorités, alors qu’ils étaient attendus dans la Légion géorgienne qui compte déjà 200 hommes dirigée par Mamuka Mamulashvili. Cette légion combat depuis 2014 aux côtés des forces armées ukrainiennes dans le Donbass. Elle aurait inspiré la création de la Légion internationale de défense territoriale qui compterait 16 000 membres, selon le président Volodymyr Zelensky. Sur les réseaux sociaux, la promotion de ladite Légion est assurée par une page Facebook à son nom et une chaîne Telegram.


Chair à canon.

Le débat sur la légalité de cet enrôlement à grande échelle pour la cause ukrainienne ne risque pas de connaître son épilogue maintenant. Mais celui du statut des volontaires et de leur capacité à tenir dans cette guerre est d’une importance capitale. 

Il est clairement indiqué dans les documents donnés aux candidats qu’ils devraient signer un contrat une fois en Ukraine. Mais quelles en sont les clauses ? Notre entretien avec l’ambassadeur d’Ukraine au Sénégal ne nous a pas édifiés sur la question. « Nous verrons bien ce que nous leur donnerons mais je crois qu’ils seront bien payés », nous a dit Yurii Pyvovarov. Qu’adviendra-t-il des blessés, des survivants ?

Le diplomate veut croire qu’au bout du compte, il n’y aura pas un « simple merci ». « Ils peuvent prétendre à la nationalité ukrainienne ». Pour cela, il va falloir au préalable, pour ceux qui vont combattre, tenir. Dans un environnement moderne avec des combats de haute intensité, des armes spéciales et de destruction massive, il n’est pas donné pour un novice d’avoir les réflexes appropriés. Même pour d’anciens hommes de tenue, le pari n’est pas gagné.


La guerre est un métier qui demande des connaissances nécessitant de temps en temps une mise à jour. C’est ce qui explique d’ailleurs les exercices et manœuvres des forces armées régulières. L’un des candidats que nous avons interviewé s’est contenté de dire que sa connaissance en guerre se limite à ce qu’il a appris à l’école. C’est là, le genre de profils qui, s’il est recruté, peut se retrouver du jour au lendemain, une arme en bandoulière pour faire face à un ennemi surentraîné qui ne le ménagera pas. L’armée russe a averti les combattants étrangers qui s'aventurent à s’engager aux côtés des forces ukrainiennes qu’ils ne seront pas traités comme des prisonniers de guerre.
Vu sous cet angle, l’engagement de profanes est assimilable à un suicide à moins qu’il y ait anguille sous roche.

Dans le cas des candidats africains, il est difficile de nier que certains y avaient vu une belle occasion de réaliser leur rêve européen. Pour d’autres, c’était là pour eux l’occasion de s’initier au maniement des armes. Pour quel but ? On ne saurait le dire. 

Prévenir un potentiel recyclage local de combattants aguerris.

Il est en tout cas de notoriété publique que c’est après le retour de vétérans de la guerre d’Afghanistan que l’Algérie a connu sa décennie noire. À même de se conformer à l'idéologie salafiste-djihadiste, le GSPC qui a évolué vers le sud, s’est mué en filiale saharo-sahélienne d’Al Qaida dès janvier 2007. À partir de là, le Sahel n’a plus connu de répit. Pire encore, en 2017, Al Qaida au Maghreb islamique a parrainé la naissance d’une franchise sahélienne connu sous le nom de « Jama’a Nusrat al islam wal muslimin » ou Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM).

Au Sénégal, l’enrôlement de nationaux fait perdre aux autorités leur sang-froid. Entre 2014 et 2015, une vague de départs vers des zones de djihad en Afrique de l'Ouest et du nord a mis le pays dans une atmosphère morose soutenue par la volonté de certains de ces jeunes de revenir afin d’implanter des cellules locales. Depuis, toute velléité d’engagement pour une cause extérieure est scrutée avec la rigueur qui sied. Mieux vaut prévenir que guérir. 





Lundi 7 Mars 2022
Dakaractu



Nouveau commentaire :
Twitter



Dans la même rubrique :