Montant recouvré par la CREI : qui disait que « l’argent n’aime pas le bruit ? »


La polémique soulevée par Aminata Touré, relativement au montant exact recouvré par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), a fait sortir le gouvernement de sa réserve. Ce dernier, par le biais d’un communiqué publié jeudi, a essayé d’apporter sa part de vérité dans cette affaire. Seulement, le problème reste entier, car, ainsi qu’en témoigne Birahim Seck, les 152 984 119 934 F Cfa versés dans les comptes de l’Etat entre 2012 et 2015, qui sont le produit de « procès » remportés par l’Etat, n’ont rien à voir avec les poursuites initiées par la CREI. Un vrai Watergate à la sénégalaise de nature à susciter un tsunami politico-médiatique à quelques encablures de la présidentielle de 2019, où se fera forcément le procès de la CREI ! Un article du quotidien Libération en date du 1er août 2016 a retracé ces 152 984 119 934 F Cfa. Mimi Touré, qui a fini d’attacher son nom à « la Traque des biens mal acquis », a parlé de 254 milliards de F Cfa et jusqu’ici personne n’a été en mesure de battre sa thèse en brèche.

Dès lors que la confusion s’est établie à l’endroit où elle ne doit pas avoir sa place, une question se pose : comment Aminata Touré, qui est investie de responsabilités d’Etat en tant qu’Envoyée spéciale du président de la République, peut-elle émettre un avis non conforme à la réponse officielle du gouvernement  sans se faire recadrer ? Comme pour ajouter à la confusion, Benno Bokk Yakaar apporte son soutien à l’ex-Premier ministre alors que celle-ci, pour les initiés, prend le contre-pied de la position de l’Etat.

Devant ce tohu-bohu indescriptible, il parait hautement souhaitable que la clé de voûte des institutions se prononce comme c’est de tradition à chaque fois que le doute s’installe dans la tête du peule. 254 milliards de F Cfa ne sauraient passer par pertes et profits. Pour mémoire, les deux programmes-phares du gouvernement que sont les Bourses de sécurité familiale et les Bourses pour l’entreprenariat rapide, créés pour lutter contre l’extrême pauvreté, héritent, dans le budget 2018, d’un montant cumulé de 70 milliards de F Cfa. Le budget du ministère de la Santé a été arrêté à 169 487 111 320 F Cfa. Si le Sénégal respectait l’Accord d’Abuja sur la Santé auquel il a souscrit en 2001, le budget alloué à ce département serait, aujourd’hui, de 550 milliards F Cfa représentant 15 % du budget global.

On aura remarqué que le président Macky Sall, à l’occasion de son discours de Nouvel An, n’a pas jugé utile d’évoquer cette affaire de la CREI. Tout comme le vocabulaire associé à la « Traque des biens mal acquis » a perdu du terrain dans son champ lexical depuis quelques années déjà.

Sur cette question-là et sur celle relative aux conditions dans lesquelles Karim Wade a été élargi de prison en juin 2016, les Sénégalais aimeraient entendre la voix du premier d’entre eux. D’autant plus que « la Traque des biens mal acquis » est censée être le processus historique de concrétisation de la « Gouvernance sobre et vertueuse ».  

« Le silence est d’or », laisse méditer l’adage. Mais, en certaines occurrences, le silence qui dort éveille un procès en suspicion légitime. 
Mardi 2 Janvier 2018
Dakaractu




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