Libération de Roch Marc Kaboré : le Burkina Faso cherche-t-il à attendrir la CEDEAO ?


Roch Marc Christian Kaboré a rejoint son domicile sis à la Patte d'Oie, à Ouagadougou. L'ancien président du Burkina Faso était en résidence surveillée, après le coup d’État du 24 janvier 2022 mené par le Lieutenant Colonel Paul Henry Sandaogo Damiba, actuel homme
fort du pays.

Pour expliquer cette évolution heureuse, le gouvernement burkinabé argue que c'est la suite des concertations entamées depuis 3 semaines avec l'ex chef de l'État. Mais d'autres lectures sont possibles.

À l'occasion du sommet extraordinaire du 25 mars dernier, la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement avait exprimé “sa préoccupation par rapport au maintien de Roch Marc Christian Kaboré” et avait exigé sa libération “inconditionnelle et sans délai".
L'instance suprême de l'Institution régionale qui se réunissait à Accra pour statuer sur les situations au Mali, en Guinée et au Burkina Faso avait brandi des menaces.

Alors que la durée a été fixée à 3 ans par les autorités de la transitions, la CEDEAO a demandé un nouveau chronogramme acceptable au plus tard le 25 avril. Passé ce délai, l'organisation sous-régionale menace d'infliger des sanctions économiques et financières au pays des hommes intègres.

Face à la presse début avril, le porte-parole du nouveau gouvernement a assuré que le Burkina Faso n'a de délai que celui “de bien faire les choses, celui d'agencer son action conformément aux réalités du terrain, en toute objectivité avec la plus grande prudence et le plus grand réalisme”. “Ce qui dicte notre action, c'est le terrain, c'est l'opérationnel, c'est le contexte dans lequel le Burkina Faso est plongé”, a ajouté Lionel Bilgo. 

Ce discours aux allures d'un défi n'enterre pas pour autant tous les espoirs fondés sur la poursuite d'un dialogue sincère entre les différentes parties pour une sortie de crise favorable à tous. Encore que Ouagadougou qui suit de près la situation difficile dans laquelle se trouve le Mali depuis l'entrée en vigueur des sanctions économiques et financières n'aimerait pas connaître le même sort.

Enclavé comme son voisin du nord avec aucun accès à la mer, faire face à des sanctions dans un contexte économique morose n'est pas la meilleure option aux nouveaux décideurs.

Selon la Banque mondiale, le Burkina Faso est un pays à revenu faible et aux ressources naturelles limitées. “Le pays est confronté à des défis de développement, notamment en matière de santé et d'éducation avec le rang de 44e sur 157 dans le nouvel indice du capital humain établi par la Banque mondiale et 40,1% de la population vivant sous le seuil de pauvreté”, évaluait l'institution financière dans une publication mise à jour le 20 octobre 2021.

Elle poursuit : “l'insécurité grandissante dans le nord, à la frontière avec le Mali et le Niger a provoqué des déplacements de populations. Alors qu'il comptait moins de 50 000 personnes déplacées internes en janvier 2019, le pays en recensait environ 1,4 million en août 2021, soit plus de 6% de la population". À ces difficultés s'ajoute la fermeture de 2.244 écoles du fait de l'insécurité. 
Jeudi 7 Avril 2022
Dakaractu



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