L’opposition parlementaire en dents de scie : L’Inter-coalition Yewwi-Wallu vers la césure ?


Leur dynamique unitaire avait été effective après plusieurs semaines de discussions dans un contexte électoral. La coalition Wallu Sénégal avec l'avis favorable donné par le secrétaire général national du parti démocratique sénégalais, Abdoulaye Wade a formé avec la coalition Yewwi Askan Wi une alliance stratégique surtout dans les départements.

L’objectif était clairement défini. Il s’agissait en effet de se compléter mutuellement dans les départements où elles étaient toutes faibles. Chaque coalition renforce l'autre dans un département où elle est en position de force. Concrètement, au niveau local, la liste sera dirigée par le candidat qui a gagné les dernières locales ou bien qui serait le mieux placé pour l'emporter. In fine, cette stratégie visait à contrer la coalition présidentielle, Benno Bokk Yakaar, dans les zones rurales.

Sur le plan national, pour le scrutin proportionnel, chaque coalition a présenté sa propre liste. Les deux coalitions de l'opposition espéraient ainsi engranger le plus de voix pour tenir tête au pouvoir. Une stratégie qui a fini par payer car, dans la plupart des départements du Sénégal, c’est bien l’inter-coalition Yewwi-Wallu qui est arrivée en tête dans plusieurs localités. Plusieurs localités sont tombées sous l’escarcelle de cette coalition de l’opposition. On pourrait noter les départements de Saint-Louis, Sédhiou, Thiès et Tivaouane de même que dans les cinq départements de la région de Dakar, en surclassant la coalition Benno Bokk Yakaar à Dakar, Pikine, Guédiawaye, Keur Massar et Rufisque. Il en est de même pour Mbacké, Ziguinchor, Oussouye et Bignona, Bambey, Saraya, sans oublier huit départements de la diaspora.

La dynamique semblait bien partie. En effet, lors de l’annonce pour le mois de septembre de la préparation de l’élection des hauts conseillers des collectivités territoriales, l’inter-coalition avait pris ses marques. Les deux entités politiques qui ont cheminé durant les dernières  Législatives avaient évoqué, le sujet sur les élections du Haut conseil des collectivités territoriales.

Lors de cette rencontre en prélude à l’installation des députés de la 14e législature, Déthié Fall, membre de la conférence des leaders et faisant partie de la liste proportionnelle de Yewwi rejetée, disait : «Nous sommes en train de vivre des situations difficiles avec les inondations et le coût cher de la vie. Donc, le coût de cette institution qui n’a aucune utilité pour les Sénégalais, peut bien être utilisé à d’autres fins pour gérer les difficultés que ces Sénégalais sont en train de vivre».

A l’unanimité, l’inter coalition avait décidé de ne pas faire partie de ces élections et compte faire une proposition de loi pour supprimer le Haut conseil des collectivités territoriales jugé budgétaire.

Quelques jours plus tard, l’inter-coalition voit ses députés installés dans un contexte particulier. Les incidents du 12 septembre ont marqué cette Assemblée nationale. Micro arrachés, invectives, le président de l’Assemblée contesté, le cas Aminata Touré... un cocktail détonnant...montrant les prémices d’une Assemblée à problèmes.

Toutefois, la dynamique Yewwi-Wallu semble prendre un coup de froid. Tantôt, c’est le député Cheikh Abdou Mbacké Bara Dolly qui fausse le plan de Yewwi, tantôt c’est Mame Diarra Fam qui raisonne des membres de Yewwi. Le premier nommé, lors du vote de la motion de censure, a aussi dénoncé la position de certains députés de l’opposition qui, lors de son arrestation, n’ont levé le petit doigt pour contester et compatir à sa douleur.

Par ailleurs, la coalition Wallu Sénégal, à l’image de Mame Diarra Fam, de Nafissatou Diallo ou encore de Serigne Abo Mbacké Thiam, regrette certains propos tenus par des députés de Yewwi à l’endroit de leur secrétaire général national Me Abdoulaye Wade. Hier la parlementaire issue de la banlieue tirait même sur un député de Yewwi suite à ces propos sur leur leader, le Pape du Sopi.

Au cours du vote du budget de certains ministères en séance plénière, l’opposition dans sa globalité ne rejetait pas unanimement les projets de lois. En effet, comme le disaient certains d’entre eux, il ne suffit juste pas de rejeter à tout-va les projets de budget, mais il faut voir leur opportunité et leur impact sur les citoyens.

La récente initiative de la coalition Yewwi Askan Wi pour brider une motion de censure contre le gouvernement d’Amadou Bâ a été le signe flagrant d’une opposition souvent en «désaccord» sur un certain nombre de sujets. Le président du groupe parlementaire Liberté-Démocratie et Changement, Mamadou Lamine Thiam qui a fustigé cette attitude solitaire de Yewwi, semble prendre ses marques. En parlementaire expérimenté, il a estimé que cette partie de l’opposition ne les avait pas impliqués. Par conséquent, Wallu ne pouvait aucunement voter pour cette motion dont elle maîtrisait les tenants et les aboutissants.

Mamadou Lamine Thiam a considéré qu’en dépit de ces incohérences, l’inter-coalition reste intacte. Mais au regard des démarches notamment celle de Yewwi Askan Wi qui ne consulte pas ses collègues de Wallu, l'inter-coalition vaut-elle toujours ce qu’elle était lors des élections législatives ? Avec des positions souvent divergentes au sein de l’opposition parlementaire, l'inter coalition n'a-t-elle pas atteint ses limites ? Pourquoi, une fois à l’Assemblée nationale, les différences dans les prises de positions voient-elles le jour ? Autant de questions qui taraudent l’esprit d’observateurs de l’espace politique.
Vendredi 16 Décembre 2022
Dakaractu



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