Indignons-nous, mais surtout, réveillons-nous ! (Par Abdoulaye Thiam)


Indignons-nous, mais surtout, réveillons-nous ! (Par Abdoulaye Thiam)
Le reportage de la chaîne américaine CNN, a mis à nu le commerce honteux des candidats à l’émigration clandestine, vendus aux enchères en Libye. Le monde entier s’est scandalisé de ce commerce humain contre quelques devises. Certains sont restés pantois, complètement abasourdis à cause des images plus moyenâgeuses des êtres humains enchaînés comme des bêtes de somme prêts à passer à l’abattoir. Les réseaux sociaux ont été envahis par des commentaires. Chacun tenait à marquer son indignation. Au Sénégal, le département des Affaires étrangères a sorti un communiqué pour marquer l’indignation de l’Etat, mais aussi demander l’ouverture d’une enquête. 
Osons espérer seulement que le brillant reportage de la journaliste soudanaise et correspondante internationale de la télévision américaine CNN, Nima Elbagir, qui mérite le prix Pulitzer, va pousser le monde entier à être plus regardant sur les sévices que subissent les noirs dans le monde arabe. Osons également le dire, l’esclavagisme n’a jamais quitté ces pays dirigés par des monarques absolus qui n’ont aucun respect envers l’homme noir. Que ce soit en Mauritanie voisine ou la lointaine Arabie Saoudite, en passant par les hôtes étrangers vivants parmi nous, le noir y trouve difficilement sa dignité d’être humain qui mérite respect et considération.   
Reste maintenant à savoir si les dirigeants africains auront suffisamment de poigne pour mettre un terme à cet ignoble commerce. Ce reportage de CNN sera alors l’élément déclencheur comme l’avait été l’assassinat de Hector Pieterson, le 16 juin 1976 à Soweto. Il avait permis à conscientiser le monde entier sur le régime de l’Apartheid en Afrique du Sud. 
C’est dire qu’il y a véritablement lieu de s’indigner. Surtout au 21ème siècle. La condamnation doit être unanime. Une enquête devrait aussi s’en suivre pour situer les responsabilités et prendre les sanctions qui s’imposent. 
Mais au-delà de cette barbarie, nous africains, devrions aussi faire notre propre autocritique. Le monde bouge ! Le monde change ! Nous n’avons pas le droit de rester statiques. Hélas ! Nous sommes plus prompts à réagir. Souvent maladroitement, en accusant l’Occident de tous les péchés qui nous tombent dessus. Et pourtant, on devrait d’abord balayer devant nos portes pour offrir à nos jeunesses une meilleure éducation, une bonne santé, et un lendemain prometteur. Autrement dit, des garanties d’emplois décents pour qu’ils puissent garder toute leur dignité d’africains. 
Malheureusement, on ne cesse de nous entre-déchirer, de nous entretuer, de nous détester. Nous avons vécu l’esclavage, la traite des noirs, la colonisation, les ajustements structurels, ça ne nous a pourtant pas empêchés de voir le monde différemment. On s’indigne parce que des noirs sont monnayés contre quelques devises. Pourtant nombreux sont ces Sénégalais qui se croient supérieurs à leurs propres compatriotes. La stratification de notre société en est une parfaite illustration.  Combien de relations amoureuses ont été rendues impossibles par une supposée supériorité d’une ethnie sur une autre, d’un clan sur un autre, d’une origine sur une autre… Un ancien Chef d’Etat a même poussé l’outrecuidance -  juste pour défendre son fils -  jusqu’à qualifier son successeur, choisi par plus 65 % des électeurs Sénégalais, d’être un descendant d’esclave. 
Ne sommes-nous pas tous des descendants d’Adan (Adama) ? Alors, chers compatriotes africains, réveillons-nous, marchons ensemble et arrêtons de nous lamenter sur notre sort. L’union fait la force !

Par Abdoulaye THIAM
(Sud Quotidien)

Mercredi 22 Novembre 2017
Dakar actu



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