Sénégal : Faisons la part des choses par Diamé DIOUF (Contribution)


Notre pays, le Sénégal, est un pays de paradoxes. Notre société se perd, nos valeurs se meurent. Quand tu es pauvre, on te traite de sorcier. Quand tu es emprisonné pour fausses factures, on fait de toi une victime politique. Quand tu es condamné pour insulte ou offense, on fait de toi un héros. Quand tu es arrêté pour trouble à l’ordre public, on dit que tu es privé de tes droits et ta liberté est violée. Quand on sème le désordre dans le quartier, on te traite de courageux. Quand on a un bon cœur, on te considère comme un naïf. On s’allie avec des aventuriers contre son pays. On sape l’image et la réputation de son pays pour des intérêts particuliers. On attaque l’honorabilité des citoyens aujourd’hui et on présente ses excuses demain et la vie continue. On demande la démission de quelqu’un qu’on n’a pas nommé. On fait des déballages et des révélations parce qu’on est démis de ses fonctions. On convoque une conférence de presse pour critiquer et menacer le Pouvoir parce qu’on n’est plus de la Mouvance présidentielle. On diabolise les performances, les exploits, la réussite de celui ou de celle qui travaille parce que c’est l’autre.
C’est dans ce même sillage des paradoxes que j’ai suivi avec stupéfaction les commentaires, les hypothèses et les déductions faciles qui ont suivi la résolution de la crise scolaire qui a duré plus de trois mois. Des voix se sont élevées pour épiloguer sur l’implication de la Première Dame Marème Faye Sall dans le dénouement de la crise scolaire. Certaines condamnent sur la base d’une perception maladroitement construite, d’autres s’interrogent sur le bien-fondé de son intervention. Pour la première catégorie de voix, je n’ai pas de commentaire à faire sauf pour dire à l’opinion que la médisance est une faiblesse, un cancer qui ronge celui ou celle qui la porte dans sa bouche. Pour les autres, je partage avec elles cette liberté de s’interroger. On pourrait même paraphraser Descartes en ces termes : « je m’interroge, donc je suis. » Mon grand-frère Ibrahima Bakhoum, journaliste émérite, formateur, homme de média, intellectuel généreux, ouvert et disponible, qui a toujours pris de son temps précieux pour me donner des conseils et me faire des suggestions chaque fois que j’interviens dans les médias sur un sujet politique ou autre, a posé, dans le journal Source A du mardi 08 mai 2018 la question suivante : « qu’est-ce que Marème Faye Sall a pu dire pour que les enseignants en arrivent à lever leur mot d’ordre de grève ? Qu’il me soit permis d’abord de m’interroger sur votre interrogation. Pourquoi voulez-vous singulariser, parmi les multiples médiations, celle de la Première Dame ? Est-il compréhensible et acceptable de minimiser, de déprécier ou de chercher à ternir l’éclat de la belle implication des médiateurs sociaux notamment celle de la Première Dame ? Une telle attitude serait une atteinte grave à nos mécanismes sociaux de règlement des crises. Au regard de la complexité, de la profondeur de la crise scolaire, de la radicalisation des enseignants et des incertitudes qui planaient sur l’année scolaire, nous devons saluer et remercier tous les médiateurs qui ont contribué au règlement de cette crise. Nous devons aussi nous réjouir du fait que nos mécanismes de médiation sociale fonctionnent et produisent des résultats positifs.
La médiation sociale est en effet une donnée historique fondamentale de la stabilité, de la paix et de la cohésion sociale de notre pays. C’est pourquoi le Président Macky Sall a créé une institution tripartite dénommée Haut Conseil du Dialogue Social(HCDS) pour valoriser le dialogue social car il est convaincu que celui-ci est un levier essentiel qui accompagne la Puissance publique à dénouer les crises. C’est exactement ce qui s’est passé dans le règlement de la crise scolaire. L’implication personnelle du Chef de l’Etat, les mesures fortes qu’il a prises et la contribution des médiateurs sociaux ont permis de trouver une issue heureuse à la grève des enseignants. La véritable réponse aux questionnements des uns et des autres est le protocole d’accord signé le 30 avril 2018 entre le Gouvernement du Sénégal et les organisations syndicales représentatives du G6. Ce sont les seuls acteurs habilités à engager les parties prenantes que sont l’Etat et les syndicats d’enseignants. Sur instruction du Président de la République, Son Excellence Macky Sall ils l’ont bien fait. Tout le reste n’est que suppositions et hypothèses !
Qu’il me soit ensuite permis de m’interroger sur les motivations et les intentions de ceux qui soutiennent que la contribution de la Première Dame Marème Faye Sall au dénouement de la crise scolaire est une immixtion dans la gestion de l’Etat. Voulaient-ils réellement la fin de la grève des enseignants et la stabilité dans l’espace scolaire? La paix sociale est-elle une affaire exclusive de l’Etat ? Et puis, qui est l’Etat ? C’est tout le monde. Se pose alors la question de l’épaisseur de la frontière entre « les affaires de l’Etat », « le social » et les « domaines purement étatiques » que mon grand-frère Ibrahima Bakhoum évoque dans son intervention. A la lumière de ses propos, on comprend en filigrane que, selon lui, la Première Dame devrait s’inscrire exclusivement dans le social et laisser de côté les autres domaines.
Qu’est-ce que le social ? Quels sont les domaines du social ?  Quelles sont les limites du social ? En attendant les réponses des spécialistes, je peux affirmer avec certitude que l’éducation nationale est un domaine social par excellence. Donc, la médiation de la Première Dame entre dans le domaine pour lequel elle agit quotidiennement. Son intervention est à inscrire dans le cadre global et général des autres médiations des chefs religieux et de la société civile. La seule différence se situe peut-être au niveau de l’efficacité de son intervention qui a été faite pour l’essentiel suivant certaines cordes sensibles que les bonnes mères de famille savent tirer avec adresse et finesse.
Faisons donc la part des choses entre les procès d’intention et les nobles actions d’une citoyenne qui s’engage pour son pays et aide à la pacification de l’école qui est un espace hautement social. A ce titre, nous disons MERCI à tous les médiateurs, MERCI à la Première Dame Marème Faye Sall pour son implication.
Heureuse nation qui, comme celle du Sénégal, a la chance d’avoir une Première Dame avec beaucoup de BARAKA !
Diamé DIOUF
Militant de la cause sociale 
Vendredi 11 Mai 2018
Dakaractu




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