L’Association des journalistes en Santé, Population et Développement (AJSPD) a organisé, ce mardi 23 décembre 2025, les « Mercredis de l’AJSPD ». L’invitée du jour, Mme Bigué Ba Mbodji, présidente de l’Association des Sages-Femmes d’État du Sénégal, a exposé sans détour les difficultés structurelles auxquelles est confrontée la profession de sage-femme dans le milieu professionnel.
Cette rencontre s’inscrit dans la continuité d’une journée de plaidoyer consacrée à la mise en place effective de l’Ordre national des sages-femmes et de la maïeutique, institué par la loi n°14-2017 du 20 janvier 2017.
Selon Mme Mbodji, malgré l’adoption de cette loi, son application tarde en raison de l’absence du décret d’application, bloquant ainsi une reconnaissance pleine et entière de la profession.
Pourtant, a souligné la présidente de l’Association des sages-femmes d’État, la profession a connu d’importantes avancées aussi bien dans la formation que dans les pratiques quotidiennes. Aujourd’hui, l’accès à la formation de sage-femme requiert le baccalauréat, suivi de trois années d’études, aboutissant à un diplôme équivalent à une licence professionnelle.
Par ailleurs, l’Association des sages-femmes du Sénégal est affiliée à la Confédération internationale des sages-femmes (ICM), l’instance mondiale chargée de définir les compétences et les champs d’intervention de la profession. Malgré ces évolutions, les sages-femmes sénégalaises peinent encore à obtenir un statut professionnel clair et adapté.
Parmi les principales difficultés évoquées, figure la confusion autour du statut des sages-femmes, souvent assimilées à des aides-médecins, une perception que Mme Mbodji juge obsolète et injustifiée. Elle s’appuie notamment sur la loi n°66-69 du 4 juillet 1966, relative à l’exercice de la médecine, dont l’article 4 liste les personnes susceptibles d’être poursuivies pour exercice illégal de la médecine.
Dans ce texte, les sages-femmes, tout comme les infirmiers et les étudiants en médecine, ne sont pas considérés comme exerçant illégalement la médecine, car placés sous la responsabilité des médecins. Une disposition que la présidente de l’association estime en total déphasage avec la réalité actuelle.
Une profession médicale à part entière
Pour Mme Bigué Ba Mbodji, la sage-femme est aujourd’hui une profession médicale autonome, avec des responsabilités clairement définies. Elle rappelle qu’au niveau de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les sages-femmes font partie des quatre grandes professions médicales, aux côtés des médecins, des chirurgiens-dentistes et des pharmaciens.
« La sage-femme consulte, pose des actes médicaux et assume des responsabilités propres. Toute personne qui ne consulte pas ne peut être classée dans un acte médical », a-t-elle expliqué, insistant sur la nécessité de reconnaître cette autonomie professionnelle.
Face à cette situation, les sages-femmes du Sénégal revendiquent avant tout un statut juridique et professionnel clair, capable d’encadrer l’exercice de leur métier. Un tel cadre permettrait, selon elles, d’exercer en toute responsabilité et en toute autonomie, tout en contribuant efficacement à l’amélioration de la santé maternelle et néonatale au Sénégal.
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