L’heureux bond d’Amadou Ba !

Émerger ou ne pas émerger ? Là est la question ! 


L’heureux bond d’Amadou Ba !
Dans la  querelle assassine que se livrent dans notre pays le pouvoir et l’opposition, la polémique rebondit ces jours-ci autour de l’Eurobond à hauteur de 1184 milliards de francs CFA, levé par le Sénégal sur le marché financier international. 
Il faut savoir que la possibilité de lever des fonds sur les marchés internationaux est ouverte uniquement aux pays disposant d’une appréciation positive des agences de notation souveraine. Pour Richard Segal, analyste principal à Londres chez Manulife Asset, la réussite de l’Eurobond Sénégal n’est «pas une surprise», car le Sénégal est un «pays crédible qui s’améliore dans sa gestion et dans son économie».
Bonne nouvelle donc, les atouts du Sénégal ont été semble t-il sa stabilité politique et économique et les politiques d’amélioration de la gouvernance publique.
Selon les spécialistes, cette opération lancée dans les locaux de la banque Rothschild à Paris par le Ministre de l’Economie, des Finances et du Plan Amadou Ba, fut non seulement couronnée de succès, mais tous les records y ont été battus ! 
Pour plus de détails, il s’agit d’abord d’un prêt d’un milliard d’euros remboursable sur 10 ans à un taux de 4,75%. Et un autre milliard en dollars américains à un taux de 6,75% sur 30 ans. 
4,75% sur 10 ans en euros, c’est le taux d’intérêt le plus faible du continent africain, et c’est par exemple le taux auquel empruntait un pays comme la France en euros, avant la crise financière de 2008.
Pour mémoire, le Nigeria a emprunté 1,250 milliard de dollars américains en février 2018 sur 20 ans à un taux de 7,695%, le Kenya a emprunté 1 milliard de dollars en février 2018 sur 30 ans à 8,25%. Le Sénégal de Macky Sall fait donc beaucoup mieux dans sa cotation cette année et signe un beau succès, quoi qu’en disent ses détracteurs, et en particulier Idrissa Seck, qui a toujours une bonne formule, mais qui devrait savoir, pour continuer avec Shakespeare que “Les mots ne paient pas les dettes.”
Pour le ministre des Finances, Amadou Ba qui a dirigé cette opération sous l’autorité du président de la République, cette levée de fonds va servir à financer les infrastructures, notamment les routes et l’électricité pour soutenir la croissance économique et atteindre les objectifs du Plan Sénégal Emergent.  
Alors coup de maître ou coup de Bluff ? 

Doit t-on croire notre infatigable ministre de l’économie Amadou Ba, qui a reçu le Prix du meilleur ministre des finances d’Afrique lors de la cérémonie des African Banker Awards 2017, ou se fier à l’opposition qui se pose certaines questions sur les conditions de ces prêts ?
Amadou Ba est devenu par la force des choses l’un des hommes clés du Président Macky Sall. Une pièce maîtresse du dispositif de l’APR pour la réélection de son chef à la prochaine présidentielle. Sa descente sur le terrain politique a été une surprise pour beaucoup d’observateurs mais était-ce son vœu ou bien a t’il été jeté dans la mare politique par nécessité ?
Ancien Inspecteur des impôts, il a gravi tous les échelons de l’administration avant de devenir ce ministre de l’Economie et des finances déterminant que l’on sait.
Audacieux et conscient de la nécessité de réformes, Amadou Ba peut se réjouir d’un taux de croissance à tendance haussière mais ne devrait jamais oublier que le défi de la croissance en Afrique n'est pas seulement dans la progression des chiffres. 
Alors je ne crois pas non, comme l’écrit avec talent Madiambal DIAGNE dans sa chronique hebdomadaire, que certains Sénégalais n’aiment pas les bonnes nouvelles sur leur pays, je crois qu’encore trop d’entre eux, privés des bienfaits du progrès, n’ont pas les moyens d’accéder à la culture, à l’éducation, aux soins, à l’emploi, quand ce n'est pas à l'électricité ou à l'eau potable.
Afin de les aider à améliorer leur situation, nos autorités ne doivent pas faire abstraction de leur empressement dans ces perspectives de recettes nouvelles. Issues de prêts ou de revenus futurs, ces nouvelles rentrées sont notre bien commun et beaucoup de besoins sont hélas immédiats.  Sauf s’ils parviennent à nous expliquer, pour en finir avec  Shakespeare, “Combien pauvres sont ceux qui n'ont point de patience.”
 
 
Oumou Wane
Mercredi 14 Mars 2018
Dakaractu



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