Etude Timbuktu Institute sur "Religion et religieux dans les élections législatives au Sénégal"


Dans sa Lettre de l'Observatoire qui paraît ce jour, Timbuktu Institute se penche sur l'implication de la religion et des acteurs religieux dans la campagne et les élections législatives du 30 juillet prochain.
Religion et politique ont pu tisser des liens indéfectibles et complexes dans le cadre d’un « contrat social sénégalais » avec des relations apaisées malgré l’impossibilité constitutionnelle de créer des formations politiques, note l'étude dans son introduction. 

De même, souligne t-elle, il y a eu des paradoxes rassurants comme celui d’un président Senghor, candidat de confession chrétienne constamment soutenu par les plus importants dignitaires musulmans dans un pays majoritairement musulman contre les musulmans Lamine Guèye puis Abdoulaye Wade. Pour dire que le facteur religieux est difficile à cerner dans ces rapports entre leaders politiques et chefs confrériques comme l’explique si bien Abdou Aziz Mbacké Majalis.

"À part le fameux et explicite Ndigël – consigne – lors des élections présidentielles de 1988 en faveur d’Abdou Diouf, le fait s’est rarement reproduit, émanant des khalifes des confréries malgré les consignes données librement par des marabouts « fils et petits-fils », au gré de leurs alliances ou soutien pour des candidats à des postes électifs. L’on a pu théoriser des « Ndigël » implicites ou « sous-entendus » ça-et-là mais qui n’ont jamais pu avoir l’ampleur escomptée malgré les accointances entre marabouts et politiciens pour diverses raisons"

L'étude qui paraît ce soir s'interroge, s'il s'agissait, alors d’une "nouvelle conscience citoyenne avec l’avènement d’un type de talibé (adepte) plus libre et autonome dans ses choix électoraux clairement dissociés de ses convictions religieuses ou d’une maturité démocratique qui a eu comme effet de conduire à des choix rationnels en dehors des influences du religieux ? (....)

Pour Bakary Sambe, " Certes, il n’est pas aisé d’étudier les phénomènes en cours et n’ayant pas encore livré tous leurs secrets, mais il s’agira, ici, d’un pari consciemment risqué, de voir comment cette nouvelle dynamique dans la sphère politique vient soulever des enjeux cruciaux concernant les rapports entre politique et religion au Sénégal dans les années à venir"

Cette réflexion préliminaire, sert, d'après les chercheurs de Timbuktu Institute, à titre de vulgarisation, "à s’interroger sur la manière dont l’opinion publique perçoit cette dichotomie entre la figure de l’homme politique et celle du guide religieux. Il s’agit aussi de voir dans quelle mesure, à l’issue des échéances électorales présentes, cette tendance vers une implication plus prononcée des figures religieuses dans les compétitions électorales, pourrait être ressentie dans la prochaine législature et ses débats sur les questions institutionnelles et de société"

Partant de  ces nouvelles tendances l'équipe de Timbuktu Institute estime que "Le champ théologico-politique d’un pays à l’origine « constitutionnellement laïc» comme le Sénégal n’est pas caractérisé par une séparation stricte des deux sphères, mais fonctionne plutôt comme une dialectique conjoncturellement conflictuelle, chacune se nourrit mutuellement de l’autre, l’instrumentalise, afin servir ses intérêts immédiats et futurs. C’est une perpétuelle négociation du sens et des symboles"

L'équipe qui a mené cette étude qui paraît cet après-midi en arrive à conclure que "les rapports entre politique et religion à l’épreuve de la politisation des liens symboliques et spirituels sont beaucoup plus complexes qu’il n’y paraît et appellent à une constante relecture nourrie d’une prise en compte des réalités sociohistoriques du pays et du contexte sous-régional lourd de risques.
"Toujours est-il que, dans l’histoire électorale dans ce pays à forte majorité musulmane, les partis se réclamant de courants islamiques, n’ont jamais dépassé les 3% malgré le très fin contournement de l’impossibilité constitutionnelle de fonder des formations politiques sur une base religieuse, ethnique, régionale etc.", soulignent les auteurs de l'étude qui comptent la mettre intégralement à la  disposition du public dans la soirée.

Néanmoins, certaines questions non moins importantes sont soulevées telles que celle de savoir si, dans l’isoloir, dimanche prochain, les sénégalais seront-ils disciples ou citoyens ou les deux de manière inséparable ? 
Jeudi 27 Juillet 2017
Dakaractu




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