Campagne électorale Jour 4 : le meilleur candidat du jour est…


De qui se moque-t-on ? Pendant que la campagne électorale bat son plein et que les candidats font des promesses que nous entendons depuis des années sans qu’elles ne soient réalisées, j’ai mal quand je vois tous ces jeunes courir derrière ces caravanes pour célébrer la médiocrité de notre système. Un système hérité et qu’aucun président ne puisse changer depuis l’indépendance.C'est inadmissible que même le plus jeune des candidats, Ousmane Sonko, suis la manière de faire des anciens du système, c'est un jeune qui devait innover sa manière de battre campagne. S'il bat campagne comme les vieux du système, il risque de gouverner comme eux. Son équipe doit s'assurer de le sortir du lot de cette manière archaïque et ineffective de battre une campagne. Je ne suis pas afro-pessimiste, cependant, il sera extrêmement compliqué voire impossible de développer le Sénégal en moins de 50 ans. Il est temps que nous décidons si nous voulons le développement ou si nous voulons nous voiler la face en parlant d’émergence tout en sachant et en acceptant que nous resterons pauvres.
 
Réveillons-nous !
 
Le Sénégal aurait pu se développer si le président Senghor avait permis au président Mamadou Dia de mettre en place sa vision économique. Malheureusement, la politique politicienne commença à cette époque avec l’emprisonnement du président Dia. En regardant la campagne électorale, je me suis demandé à qui ces candidats s’adressaient tellement les discours étaient médiocres. Je me suis demandé s’il y avait un plan en place avant la venue des candidats, s’il y avait une feuille de route à suivre. Je me demande si les directeurs de campagne jouent pleinement leur rôle dans cette campagne électorale ou s’ils laissent les candidats dérouler comme bon leur semble. Quoi qu’il en soit, il est impératif de changer les discours et de nous dire comment ils vont développer le Sénégal. Nous entendons des critiques envers le président sortant et nous entendons des promesses qui sont irréalisables. En fin de compte, les candidats insultent notre intelligence ou bien sont-ils en train de suivre la majorité des gens qui vont dans leur meeting ? Il est utile de rappeler que le taux d’analphabétisme au Sénégal est de plus de 56 %. Nous avons lutté pour l’indépendance et quand nous nous sommes affranchis de la France, qu’avons-nous fait pour développer le Sénégal ? La pauvreté est de 50 % et cette pauvreté est pire en milieu rural. La monoculture arachidière durant la période post indépendance représentait plus de 80 % de nos exportations et la grande sècheresse est venue réduire notre production de près de 20 %. Avec le président Diouf, on parlait d’auto-suffisance alimentaire, durant la période de Wade, on parlait encore d’auto-suffisance alimentaire et sous le président Sall, on parle encore d’auto-suffisance alimentaire. En 1979, il y a eu un plan d’ajustement structurel pour faire face à la crise économique. La Nouvelle Politique Industrielle en 86 pour rendre l’industrie nationale compétitive a été un échec. Il a fallu la dévaluation du franc CFA pour que la croissance puisse croître de 2 % à 5 % et l’inflation de décroître de 32 % à 0,8 %. Le Sénégal est l’un des pays les plus stables du continent africain. Notre sous-sol est très riche, il y a les minéraux précieux, les métaux de base, des minéraux lourds, des matériaux de construction et des minéraux industriels. Le gisement de fer de Falémé est l’un des plus importants en Afrique de l’Ouest. Le tourisme est très dense aussi. Maintenant tout le monde sait comment on développe un pays et tout le monde en parle, donc je ne vais pas me répéter. Pensez-vous que les dirigeants ne savent pas comment développer un pays ? Ils le savent mieux que nous, maintenant la question est pourquoi ils ne le font pas ?
 
 
Paternalisme colonial
 
Le candidat Macky Sall a dit que personne n’attaque son bilan. Monsieur Sall, arrêtons de jouer s’il-vous-plait. Tout ce que nous avons provient de prêts, de dons, de partenariats public-privés. Doit-on aussi se vanter de cela comme bilan ? Parmi les signes de fin de temps, il y a le fait que « le commandement sera confié à ceux qui n'en sont pas dignes ».
 
La vérité, mes chers concitoyens est que la décolonisation est inachevée. Nous sommes victimes de recolonisation, cette fois-ci, une recolonisation militaire, politique et économique. À chaque fois qu’il y a une guerre ou rébellion en Afrique francophone, vous voyez l’ingérence de la France. Savez-vous pourquoi ? Dans les accords de défense et de coopération signés avec la France, nous avons donné notre accord pour que la France intervienne dans nos pays en cas d’attaque pour assurer notre défense. La France est le premier investisseur au Sénégal et notre premier partenaire commercial, la France a plus d’une centaine de compagnies au Sénégal. Si notre croissance est relativement forte, la France a une part dedans. La France contribue au quart de notre PIB et de nos recettes fiscales. Nous avons signé un contrat avec Total pour l’exploration et la production de notre pétrole et de notre gaz. Il y a plus de 100 partenariats de coopération entre la France et le Sénégal dans le seul but de nous aider. Le Sénégal est aussi le premier bénéficiaire de la coopération de sécurité et de défense de la France. Dans les derniers vingt ans, la France nous a donné plus de 1,5 milliards d’euros. Ci-dessous divers dons reçus :
Le Japon a octroyé au Sénégal un don global de près de 4,5 milliards de F CFA pour l'achat d'aide alimentaire. 
Don de l’Allemagne de plus de 23,9 milliards de F CFA pour réduire la pauvreté de la population.
Aide budgétaire des Pays-Bas de 44,3 milliards de F CFA.
La FAO nous a donné plus de 602 milliards de F CFA entre 2006 et 2010 pour la maîtrise de l’eau de la sécurité alimentaire.
La Fondation Jammey de l’ancien président Yahya Jammeh, a offert 20.000 dollars au Sénégal pour lutter contre les criquets.
Subvention des USA pour un montant de 16 milliards de F CFA pour lutter contre la pauvreté.
De 2012 jusqu’à nos jours, le Sénégal a reçu 1417 millions de dollars des Etats Unis, soit plus de 821 milliards de F CFA. 
On se vante d’un budget de 4 000 milliards. Avec ce budget dont on se vante et tous ces dons que nous recevons depuis des années, qu’est-ce qui nous empêche alors de nous développer ?
 
Pensez-vous toujours que le Sénégal puisse atteindre l’émergence en moins de 50 ans ? Pour nous développer, il faut que nous reconstruisions sur de solides fondations. Il va falloir s’occuper de l’auto-suffisance alimentaire, la santé et l’éducation. Les promesses des candidats sont fantaisistes et ne peuvent pas se réaliser, car nous ne sommes pas une nation souveraine bien que nous soyons un pays indépendant. Développons les régions pour désengorger Dakar pour au moins qu’on puisse mieux vivre tout en reconstruisant notre pays. Il faut des dirigeants réalistes qui n’ont pas peur dire à la population la vérité, cette vérité qui n’est autre que nous ne nous développerons jamais comme ça. Il y a eu des plans avant le PSE et il y aura des plans après le PSE, mais cela nous mènera nulle part. Il faut reconstruire sur de nouvelles bases, non pas pour nous, mais pour nos enfants voire nos petits-enfants.
 
Mohamed Dia, Consultant bancaire
Jeudi 7 Février 2019
Dakaractu



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