Observations sur les résultats des parrainages : critiques/conseils à l’endroit de l’opposition (par Ahmet Sarr)


Les résultats de la collecte des parrainages des candidats à la candidature à l’élection présidentielle de février 2019 révèlent un constat : le parrainage citoyen est, sûrement, un bel instrument de sélection des candidats. C’est notre sentiment et celui de la majorité présidentielle à laquelle j’appartiens.
La loi sur le parrainage a le mérite de rationaliser le système électoral dans toutes ses dimensions opérationnelle, politique et économique et de stopper le spectre d’une crise institutionnelle. In fine, c’est une loi visionnaire. A titre illustratif, aux Etats Unis d’ Amérique, le système du collège électoral existe depuis 1804 dans sa version amendée ; donc, depuis des siècles. C’est ce collège électoral qui élit le président américain. Qu’adviendrait-il de l’élection présidentielle de 2019 avec un bulletin unique et une centaine de candidats? Qu’arriverait-il de l’élection présidentielle de 2024, de 2034, voire de 2119, dans un siècle, où des centaines ou des milliers de Sénégalaises et Sénégalais pourraient être candidats avec l’enjeu des ressources naturelles ? L’opposition pense-t-elle au Sénégal de demain en proposant la liste unique ? Nous en doutons !
Aujourd’hui, un destin présidentiel est la chose la mieux partagée au Sénégal. Tous les adultes éligibles de 35 ans à 75 ans se taillent un costume présidentiel et ambitionnent de devenir le président du Sénégal. Mais, cette propension inquiétante à briguer la présidence commande une solution. N’eût été cette loi sur le parrainage, l’organisation d’une élection présidentielle aurait été impossible au Sénégal et, face à cette inflation de candidatures, il fallait agir.  Et le président Macky Sall a agi.
Pour la  majorité des partis politiques issus de l’opposition, ces résultats dénotent un échec de la loi sur le parrainage qu’il faut supprimer.
Nous formulons ci-dessous trois critiques / conseils à leur endroit.
Premièrement, la stratégie de la chaise vide n’est pas payante en politique. Il faut privilégier le DIALOGUE, la CONCERTATION et le CONSENSUS. D’ailleurs, nous, les Ouolofs le disent : « Réro amoul ; gnakeu wakhtane mo am » ou en Français « il n y ’a pas d’égarement ou de malentendu, mais plutôt une absence de dialogue ». De la même manière, « Bene lokho dou tatiou » ou en Français « une main esseulée ne peut applaudir ». Il en faut deux pour produire un applaudissement. Sous ce rapport, comment comprendre ce boycott systématique de l’appel au dialogue du président de la République? Le  refus des débats à l’Assemblée nationale  et/ou la résolution de questions préjudicielles telles que la démission du ministre de l’Intérieur ou l’accès au fichier électoral le montrent bien. N’était-il pas un homme d’appareil du Parti démocratique sénégalais le dernier ministre de l’Intérieur du président Wade? Est-il judicieux de compromettre les données personnelles des Sénégalais à la portée de certains acteurs politiques dont la maitrise de l’outil informatique reste à l’état primaire ? Faut-il saborder la quintessence du parrainage et offrir aux acteurs politiques l’opportunité de plagier le fichier électoral sans le consentement des parrains? Nous ne le pensons pas.
Les offres de plateforme pour un dialogue auraient servi de cadre d’échanges où tous les problèmes, surtout du paramétrage du logiciel et des modalités techniques du processus de collecte et de validation, seraient examinés.
Ce logiciel sur lequel on épilogue autant, parlons-en. Un logiciel est une suite de programmes d’un système informatique. Les résultats  des parrainages renseignent que ce logiciel n’est pas complexe, et que tout individu, doté de connaissance moyenne en développement informatique, peut en comprendre la logique. Ce logiciel exécute au moins trois programmes essentiels; des tests, des comparaisons et des validations :
• D’abord, le logiciel vérifie si tout parrain est inscrit sur le fichier électoral et est électeur. S’il ne l’est pas, il est rejeté.  Cette vérification, qui est un test, s’effectue sur le fichier électoral. Le fichier électoral est la base de données de tous les électeurs.
 
• Ensuite, si le parrain est électeur, le logiciel poursuit son exécution et vérifie si ce parrain figure sur les collectes de parrainages – format électronique- des autres candidats, classés par ordre d’arrivée des collectes. Cette vérification est, en fait, une comparaison :
 
1. S’il l’est, il est rejeté évidemment pour doublon externe.
2. Le cas contraire, il est validé.
Par exemple, si l’ordre de dépôt des collectes de parrainages est le suivant : Benno Book Yakaar, Rewmi, Bokk Giss et Grand Parti, la collecte de parrainages déposée par le Grand parti sera confrontée ou comparée aux collectes qui la précèdent, c’est-à-dire celles de Benno Book Yakaar, de Rewmi et de Bokk Giss. Autrement dit, si  un parrain nommé Mamadou Ndiaye est présent sur la collecte de parrainages du Grand parti et que ce même Mamadou Ndiaye – même carte d’électeur, même carte CEDEO, etc.- est déjà sur la collecte de parrainages de Benno Book Yakaar, il est rejeté pour le Grand Parti. Si le Rewmi avait aussi ce même Mamadou Ndiaye comme parrain, il aurait été rejeté pour doublon externe.
Notons aussi que les rejets et validations sont comptés. A chaque fois qu’ rejet ou une validation de parrain existe, le logiciel l’ajoute à un de ces compteurs : Total Rejet ou Total Validation. Ces Totaux  sont alors affiches instantanément.
 
• Enfin, des validations sont exécutées sur la conformité des données du fichier Excel (format électronique) du candidat et des données du fichier électoral ; c’est-à-dire le nom, prénom, carte d’électeur, carte CEDEAO qu’on appelle champs.
Si un parrain est épelé Mamado sur le format électronique alors qu’il est épelé Mamadou sur le fichier électoral, il est rejeté. De même, si le numéro de la carte d’électeur est inférieur à 9 chiffres, le parrain est rejeté. Voilà comment une machine informatique raisonne. Ainsi, il en est de tous les autres champs. Contrairement à une recommandation formulée par un observateur de la société civile témoin des opérations de contrôle, un contrôle rigoureux appelle une validation de tous les champs et non d’un ou de deux.
D’autres validations et tests spécifiques peuvent s’y ajouter ; par exemple, le total d’au moins 2000 parrains par région. Si une liste est à 1 999, elle est rejetée. La substance de ce logiciel se résume,  ainsi, à ces séquences. Donc, tout ce débat, qui est entretenu autour de l’opacité du paramétrage du logiciel, n’en est pas un. Il n’y a ni boite noire ni boite marron beige.
 
Deuxièmement, l’échec de la majorité des partis politiques de l’opposition démontre une déficience dans l’organisation et une absence de méthodes dans l’exercice de collecte des parrainages. Au vu des résultats obtenus, il est évident que la majorité de ces partis ont failli à cette mission.
La collecte de parrainages exige la mise en place d’un appareil organisationnel bien rôdé  avec des équipes disséminées dans les régions, départements, communes et villages du Sénégal. Elle nécessite, aussi, une coordination de plusieurs équipes ; par conséquent, le leadership d’un bon chef de projet. Aviez-vous un bon chef de projet? Que dire des doublons internes ? Comment à cet âge du numérique un candidat peut présenter une liste avec des doublons internes ? Autrement dit,  comment un Mamadou Ndiaye apparaît plus d’une fois sur une même collecte de parrainages. De deux choses l’une :
- ou l’équipe technique de ce candidat ignore la simple fonction Microsoft Excel qui permet de les identifier ;
- ou c’est la tricherie de ses collecteurs qui se manifeste. Un collecteur peut collecter 10 parrains et permuter l’ordre d’inscription de ses parrains ; c’est-à-dire commencer une liste avec un parrain, Doudou Thiam et, sur une autre liste, permuter ce même  Doudou Thiam en dernière position ou  troisième ou quatrième, etc.  Ici, nous démontrons une forme de tricherie et une preuve d’une pseudo-productivité.  Si ce collecteur est rémunéré, il ou elle peut amasser une petite fortune lorsqu’en fait il n’a que 10 parrains. Avec dix parrains, (10 !) permutations sont possibles, soit 3 628 800 ou 362 880 listes de 10 parrains.
De la même manière, certains rejets, pour autres motifs, peuvent découler d’une erreur humaine. L’erreur peut intervenir lors de la saisie  informatique. Mais, là, se pose un problème. Le Conseil constitutionnel peut-il matériellement vérifier le format papier des parrainages, comme les observateurs de la société civile, qui ont siégé au Conseil constitutionnel, le recommandent? La réponse est évidente. C’est non !
Nous vivons dans l’ère du numérique et du sans papier, et nous devons adopter les innovations technologiques et « anticiper sur le cours du monde pour ne pas le subir » comme le dit le professeur Souleymane Bachir Diagne dans un entretien avec Sada Kane. C’est, là, où le changement de paradigmes, si cher au président Macky Sall, prend tout son sens. Le Conseil constitutionnel n’a pas les ressources–Manpower- pour cet exercice. Rappelons que la consultation du format papier des collectes de parrainages pour des vérifications par le Conseil constitutionnel est optionnelle. Décision du Conseil constitutionnel no 1/2018- article 6.
Aussi, la fixation de certains opposants pour le contrôle des signatures, donc des formats papier des parrainages, s’avère extrêmement fastidieux et long sinon impossible, puisque l’essence de ce contrôle est de vérifier l’unicité de tout parrain ; dès lors, un  discriminant suffit. Le Conseil constitutionnel ne peut contrôler des milliers de signatures en moins d’une semaine. Les numéros de la carte d’électeur ou de la carte biométrique suffissent pour vérifier un parrain, car il est l’unique propriétaire de ces numéros et personne d’autre.  Par exemple, aux Etats Unis, le numéro de la sécurité sociale qu’on appelle SSN (Social Security Number) est un discriminant pour tout Américain. Il est unique pour le détenteur.  Il n’est nullement besoin d’avoir le nom du père, de la mère, la date de naissance etc. Tout est déjà enregistré dans les bases de données ; pour le cas du Sénégal, c’est le ministère de l’Intérieur.
 
Troisièmement, un parti politique ou une coalition, qui brigue le pouvoir exécutif, doit avoir une base de données de ses militants ou sympathisants capables de fournir les parrains demandés. Autrement dit, un bon maillage du territoire national, en termes d’implantation de cellules de base, s’impose pour fournir le stock nécessaire à la  validation des minima de 0.8% du fichier électoral et de 2000 parrains dans au moins sept régions. La majorité des partis sont inexistants à l’échelle nationale – lire la décision du Conseil constitutionnel du 13 janvier 2019- . Ils ont  peiné à rassembler les parrainages. Un conseil : poursuivez le travail et implantez-vous ! Il semble que le Sénégal soit environ constitué de 13 544 villages. Cinq militants dans chaque village auraient suffi pour valider le parrainage, soit un total de 67 720 parrains ; plus que le minimum requis.  Ce scenario simpliste, qu’on peut simuler, met en évidence l’importance d’une stratégie pour une implantation nationale.
 
Pour conclure, nous soutenons que des manquements peuvent être notés dans l’exécution de tout processus nouveau, mais admettons que le parrainage est bon. Il faut le maintenir et le renforcer. Aussi, affirmons-le nettement ! Certains de nos acteurs politiques sont « dépassés » technologiquement et leurs propositions riment avec celles d’une société du vingtième siècle. Des assertions telles que le contrôle de toutes les signatures ou l’existence de résultats préfabriqués font tressaillir. Aujourd’hui, la maîtrise de l’outil technologique est un impératif pour comprendre les transformations du monde contemporain. La validation des parrainages en est une parfaite illustration. Certes, l’expérience a été douloureuse pour la majorité d’entre eux, mais la leçon est apprise. Nous souhaitons que 2024 soit un examen de passage réussi pour les plus représentatifs.
Donc, chers leaders de l’opposition, ce Sénégal est le vôtre. Ne le brulez pas !
Lux mea Lex !
Cordialement,
Ahmet Sarr, APR USA
Vendredi 18 Janvier 2019
Dakaractu



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