CORRUPTION – Toujours dans le rouge : Le Sénégal a abandonné la lutte


Avec une 67ème place sur 180 pays au niveau mondial et 8ème rang sur 49 au plan africain, le Sénégal ne semble pas vouloir sortir de la zone rouge, concernant l’Indice de perception de la corruption. Le Forum civil qui a présenté hier le rapport de Transparency international explique cette situation par, entre autres, la non transmission des dossiers des corps de contrôle à la justice.

Le Sénégal stagne dans le classement de l’Indice de perception de la corruption (Ipc). 67ème sur 180 pays au niveau mondial et 8ème sur 49 au plan africain, le pays s’enfonce toujours dans la zone rouge, c’est-à-dire en-dessous de la moyenne mondiale, à savoir 50/100. C’est la conclusion de l’Ong Transparency international qui, à travers sa section sénégalaise, le Forum civil, a rendu public hier son classement sur l’Ipc. Selon Birahime Seck, coordonnateur du Forum civil, qui a présenté le rapport, depuis 2016, le Sénégal connaît une stagnation avec 45 points sur 100. «Dans l’Ipc, l’élément substantiel qu’il faut considérer est plutôt le score que le classement. Ce dernier varie en fonction du nombre de pays concernés. C’est pourquoi le Sénégal doit encore faire beaucoup d’efforts pour sortir de la zone rouge, c’est-à-dire dépasser le score de 50/100», a souligné le coordonnateur du Forum civil.
Au niveau africain, le rapport montre que le Sénégal se situe derrière les Seychelles (66 points), le Botswana (61), le Cap-Vert (57), le Rwanda (56), la Namibie (53), l’Ile Maurice (51) et Sao Tomé et Principes (46). «Force est de signaler qu’entre le premier africain et le Sénégal, il y a un écart abyssal de 21 points», regrette le Forum civil, précisant que «tous les pays de l’Uemoa sont dans la zone rouge». De plus, fait-il remarquer, parmi les 15 pays de la Cedeao, seul 1 est en dehors de la zone rouge, à savoir le Cap-Vert avec un score de 57 points. Ce qui montre à quel point la corruption est endémique dans la sous-région ouest africaine.

«Non transmission de dossiers relevés par les organes de contrôle à la justice»
M. Seck a expliqué les raisons du classement peu glorieux du Sénégal dans l’Ipc. «La stagnation du Sénégal dans la zone rouge après une période de progression est due à un affaiblissement de la volonté politique de lutter contre la corruption qui se manifeste par la non transmission de dossiers relevés par les organes de contrôle à la justice que le Président dit mettre sous son coude, les réformes juridiques opérées qui ne vont pas dans le sens du renforcement de l’indépendance des juges, les prolongations injustifiées de mandats ou d’activités au niveau des instances de régulation (juridictions ou autorités indépendantes), l’arrêt inexplicable et inexpliqué de la politique de traque des biens mal acquis, forte demande sociale de redevabilité», a-t-il déploré.
D’après le Forum civil, ce classement s’explique également par le «refus incompréhensible» de l’Inspection générale d’Etat (Ige) et de la Cour des comptes de «publier des rapports d’audit et de reddition des comptes». La section sénégalaise de Trans­parency international fustige aussi la «tiédeur» de l’intervention de l’Ofnac et de l’Armp dans l’amélioration de la gouvernance et la «quasi absence» du ministère en charge de la Bonne gouvernance dans la lutte contre la corruption. Birahime Seck et Cie regrettent enfin l’«inexistence» de commissions d’enquête parlementaire ou de traitement judiciaire de nombreux cas de mal gouvernance, citant les affaires Bictogo, Petro Tim Ltd, Prodac et la gestion du Fonds de promotion féminine.

Le quotidien 
Mercredi 30 Janvier 2019
Dakaractu




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