4 questions à Papis Traoré, économiste : « Ce qui a évité au Sénégal une récession…nous ne pouvons combattre la pauvreté en détruisant des biens privés »


Comment appréciez-vous les stratégies de résilience mises en branle par l’État avec la pandémie de Covid-19 ?

La crise sanitaire liée à la Covid a pulvérisé toutes les économies du monde. Chaque état en fonction de ses contraintes budgétaires essaie d’apporter des réponses adéquates. Au Sénégal, le Gouvernement a pris des initiatives assez fortes. Ils ont été inspirés pour protéger les entreprises et donner la priorité à l’emploi en évitant les licenciements de masse. Le report des cotisations sociales et la fiscalité aussi. Autant de mesures qui ont évité au pays de connaître une récession comme certains pays d’Afrique.
 
Mais les conséquences désastreuses des inondations ont exacerbé ce qu’on pourrait appeler le mal vivre des populations vulnérables de certaines localités du Sénégal qui se sont senties abandonnées par l’Etat ?

C’est une catastrophe naturelle imprévisible, ou la responsabilité de l’homme est démontrée. L’occupation anarchique de l’espace, le non-respect du plan d’occupation des sols etc. Dakar est une presqu’ile, il y a 20 ou 30 ans, on avait 1 million et demi d’habitants. Aujourd’hui il fait six millions d’habitants. Ce qui pose des problèmes d’assainissement. Aujourd’hui beaucoup de villes, de mégapoles sont confrontées à cette catastrophe naturelle. Je crois que cette responsabilité individuelle s’exerce à tous les niveaux. Il n’appartient pas seulement à l’État. Je salue le soutien de l’État aux victimes des catastrophes. Mais nous vivons dans un pays souvent incompréhensible. Il faut maintenant une prise de conscience individuelle et citoyenne. Que ces inondations ne sont pas le fait du hasard, il y a nécessité que les citoyens des villes confrontées à ces inondations prennent conscience qu’aujourd’hui les questions liées à l’environnement interpellent chaque conscience humaine. Il faut savoir que le problème est que les investissements ont toujours un temps de retard par rapport à la démographie.

Quelle appréciation faites-vous du débat sur la pauvreté au Sénégal en cours ?

Je me méfie toujours des rapports macroéconomiques avec des conditions d’études très nébuleuses. Le Sénégal avec l’ancienne majorité, les finances étaient à genoux. Depuis 10 ans, le niveau de la dette souveraine a connu une crédibilité extraordinaire. Le Sénégal s'endettait avant la crise sanitaire sur des marchés financiers à des taux en chiffres.  Mais l’histoire nous a démontré, avec la crise sanitaire, que les couches les plus touchées sont les populations les plus fragiles. L’État sénégalais essaie d’apporter des réponses, sur le court et le long terme. Nous avons évité la récession. Si cela n’avait été les politiques économiques mises en place, l’économie sénégalaise serait désastreuse. Maintenant on peut être d’accord que la pauvreté recule au Sénégal, on a des politiques publiques réelles qui vont dans le bon sens. Il y a des choses qui sont réalisées. Il y a effectivement des choses à faire.

Quelle lecture des conséquences économiques des événements de Mars dernier ?

J’ai vécu ces évènements, j’ai été choqué par la violence que j’ai pu observer. La liberté et la démocratie c’est une chance extraordinaire. Nous avons des groupuscules bien organisés, et le Sénégal n’est pas à l’abri, dont le seul projet politique est de renverser les institutions républicaines. Ce qui s’est passé au Sénégal en Mars est inacceptable, on ne peut pas détruire des biens privés au nom d’une idéologie. Cela n’est pas acceptable. Il faut rendre hommage aux institutions sinon, il n’y aurait pas que 14 morts. Dans une dictature, il y aurait plus de 14 morts. Faudrait multiplier ce chiffre par dix. Ma conviction est que ce genre de phénomène risque de se reproduire. C’est la plaie dans une démocratie. C’est pourquoi nous devons être vigilant. La vraie question c’est est ce que la violence comme instrument d’expression peut être garantie par la constitution ? Ma conviction personnelle est non ! On ne peut pas dans un état de droit s’attaquer aux biens et personnes au nom d’une idéologie ! Il faut être prudent, puisque ce chapitre violent risque de se reproduire. Comment combattre la pauvreté quand dans un pays des gens peuvent se lever un matin, prendre des armes et aller détruire des biens privés. Cela n’est pas acceptable !
 
Mercredi 22 Septembre 2021
Dakaractu



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