Femme, Environnement et Développement Durable. (Par Ibrahima Sène)


Femme, Environnement et Développement Durable. (Par Ibrahima Sène)
Il est de nos jours reconnu, que  l’atteinte des Objectifs de Développement Durable et inclusif, est fortement influencée par l’état de l’Environnement. 
 C’est ainsi que les questions relatives à l’Environnement occupent une place importante dans les débats internationaux, notamment du fait des changements climatiques observés sur l’ensemble de la Terre.
 L’accélération du réchauffement de la planète, due en partie aux actions de l’homme, a entraîné ces dernières années,  une succession de catastrophes naturelles (tsunamis, inondations, montée du niveau des eaux marines, tremblement de terre).
Dans notre pays, le dérèglement des cycles d’hivernage,  les inondations, l’érosion côtière et la montée des eaux marines,  dont St Louis vient de souffrir à nouveau, y sont les manifestations les plus concrètes, et souvent les plus dramatiques de ces catastrophes naturelles.
 Pour tenter de renverser la tendance ou au moins tenter de réduire les effets des changements sur les populations, les conférences internationales sur la thématique incitent les gouvernements à prendre des mesures permettant de développer un comportement écologique. 
Parmi les acteurs de  ce comportement écologique, outre que l’Industriel, l’Agriculteur, l’Usager de véhicule à moteur, ce sont les ménages les plus concernés dans leur vie domestique.
Au Sénégal, dans les ménages, c’est surtout de  la Femme qui est l’actrice principale de la vie dans le foyer, que dépend principalement le compo comportement écologique de ses membres.
Cependant, ce  comportement écologique  dépend, fondamentalement, de l’accès et de  l’essor de l’usage de sources «  d’énergie  propres », et  de  la mise en place d’infrastructures d’assainissement, dans le ménage.
1)     SOURCES D’ENERGIE POUR LA CUISSON 
L’OMS estime à environ 3 milliards le nombre d’individus qui utilisent les combustibles solides (bois, résidus agricoles, déjections animales, charbon et charbon de bois) pour faire cuire leurs aliments ou chauffer leur logement (OMS/UNICEF, 2012).
Mais il s’agit essentiellement de personnes résidant dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. 
Ces combustibles polluent l’air des logements et contribuent à la survenue de maladies des voies respiratoires. 
Au Sénégal, les principaux combustibles utilisés sont le bois (50,4%), qui est cité parmi les polluants, et le gaz (32,7%).
 Moins de 1% des ménages font usage de l’électricité et la bouse de vache comme combustible pour la cuisson.
Les ménages ruraux se servent principalement du bois pour la cuisson (86%), tandis qu’en milieu urbain, le gaz est le principal combustible.
 Le charbon et le bois sont utilisés par respectivement 20,4% et 19% des ménages urbains. 
Au niveau régional, le bois est plus utilisé dans les régions de Matam (94,2%), Kaffrine (92,2%) et Sédhiou (91,3%).
Le charbon est plus utilisé dans les régions de Ziguinchor (32,2%), Diourbel (32%).
L’utilisation du gaz est bien plus forte dans les régions de Dakar (77,7%), Thiès (33,9%) et, dans une moindre mesure, Saint-Louis (19,4%). 
En moyenne, 9 ménages ruraux sur 10 utilisent du bois pour la cuisson. En milieu urbain, l’usage du bois comme combustible est plus fréquent dans la majorité des régions.
C’est ainsi qu’à Matam, environ 8 ménages sur 10 préparent leurs aliments avec du bois, tandis que les régions de Dakar (3,6%), Thiès (28,9%) et Ziguinchor (29,5%) se distinguent par les plus faibles proportions de ménages cuisinant au bois. 
Pour ce qui est du charbon de bois, il est plus utilisé à Ziguinchor et Tambacounda avec respectivement 53,5% et 47,8%.
Le gaz comme combustible pour la cuisson est plus fréquent à Dakar et à Thiès, avec 78,6% et 55,3% respectivement.
Ainsi, cet inégal accès des femmes aux sources « d’énergie propre », interpelle les pouvoirs publics, à la fois,  pour des raisons de santé publique  des populations hors des régions de Dakar et de Thiès,  que pour des impératifs de protection de nos forêts,  pour diminuer l’émission de gaz à effet de serre, considérée comme principale cause des changements climatiques observés. 
A cet égard, l’option de développement des fours solaires et des fours électriques alimentés par les projets d’énergie solaire encours devrait contribuer significativement à la lutte pour mettre fin à cette discrimination géographique des femmes dans l’accès à l »énergie  propre, et à la destruction de nos forêts.
.                                      2)   ACCES A L’EAU 
L’accès à une eau potable concourt au maintien en bonne santé de la population. L’un des objectifs des OMD est de faire en sorte que 88% de la population mondiale accèdent à l’eau potable. Selon l’OMS, cet objectif est atteint depuis la fin de l’année 2010. Cependant, ce progrès est très disparate entre les continents, les pays,  voire même en leur sein. 
L’Afrique Subsaharienne concentre l’essentiel de la population mondiale n’ayant pas accès à une source améliorée d’eau potable.
Au Sénégal, le robinet constitue le principal mode d’approvisionnement en eau des ménages ,avec un taux d’accès de 73,8%.
En milieu urbain, 79,2% des ménages ont accès à un robinet privé dont 54,4% disposent d’un  robinet dans leur logement,  tandis que l’usage du robinet public ne concerne que 9,3% des ménages urbains. 
Donc,  en milieu urbain le taux d’accès à l’eau potable est de88,5%
En milieu rural, 57,1% des ménages ont accès à un robinet, le plus souvent public. Le forage et le puits protégé sont plus utilisés en milieu rural, respectivement 5,8% et 9,5%.
 Soit un taux d’accès  à l’eau potable  de 72,4%, contre près du quart des ménages  qui continuent d’utiliser l’eau des puits non protégés.
Ainsi les Femmes rurales sont encore assujetties aux  «  corvées d’eau », d’où toute l’importance du PUDC pour mettre un terme à cette discrimination. 

3)  ASSAINISSEMENT
 Si à l’origine, l’assainissement portait uniquement sur les techniques d’évacuation des eaux usées, de nos jours, il concerne l’environnement de manière générale. En effet, la collecte, le traitement et l’évacuation des ordures et des déchets organiques y sont intégrés. 
Selon un rapport de l’OMS, la cible des OMD liée à l’assainissement ne sera probablement pas atteinte.
En effet, 1,1 milliards d’individus pratiquent la défécation à l’air libre, dont la grande majorité vit en milieu rural. 

a)   Les  types d’aisance utilisés par les populations. 
Le type d’aisance utilisé par les ménages renseigne sur les conditions d’hygiène et d’assainissement de la région.
En effet, 48% des ménages utilisent des toilettes équipées d’une chasse dont 32,4% sont raccordées à une fosse.Les toilettes munies d’une chasse (44,2% avec fosse et près de 27% raccordée à l’égout) constituent le principal type d’aisance en milieu urbain,.
38,1% des ménages utilisent des latrines dont près de la moitié est constituée par la catégorie non couverte.
En milieu rural, les latrines majoritairement non couvertes sont plus fréquentes
La défécation dans la nature concerne 11,2% des ménages.  En milieu rural, elle est très fréquente.
Lorsque l’on s’intéresse aux régions, on se rend compte que le réseau d’égout est plus développé dans la région de Dakar. 
En effet, il s’agit de la seule région où plus de 40% des ménages disposent de lieux d’aisance munis d’une chasse d’eau raccordée à l’égout.
Dans la région de Dakar, la chasse avec fosse est considérée comme principal type d’aisance avec près de 47% des ménages. Les toilettes équipées de fosse et raccordée à l’égout sont utilisées par près de 41% des ménages, soit 88% des ménages.
. Malgré les efforts réalisés dans la lutte contre la défécation à l’air libre, 0,5% des ménages de la région utilisent la nature comme type d’aisance.
 Cette proportion est particulièrement élevée dans les départements de Rufisque, Pikine et Guédiawaye avec respectivement 1,2%, 0,7% et 0,6%.
Dans les autres  régions, moins de 5% des ménages ont accès à l’égout. Les niveaux les plus élevés s’observent à Saint-Louis et Thiès, avec respectivement 7,4% et 6,4%) Le niveau le plus faible est relevé à Kédougou  avec moins de 1%. 
. Certaines régions se caractérisent par un usage plus fréquent des latrines, quel que soit le milieu de résidence. 
Tel est le cas des régions de Ziguinchor, Tambacounda, Kolda, Matam, Kaffrine et Sédhiou.
En ce qui concerne la défécation à l’air libre  est faible à Ziguinchor avec moins de 5%.
Par contre,  Kédougou se distingue par l’usage le plus fréquent de la nature comme lieu d’aisance avec plus de 40% des ménages. 
Plus du quart des ménages pratiquent la défécation dans la nature à Kaffrine, Matam, Fatick et Louga avec respectivement 29,4%, 28%, 27,8% et 25,1%.
b)   Evacuation eaux usées
En général, les ménages tendent à utiliser la voie publique ou la nature comme principal moyen d’évacuer les eaux usées. Toutefois, c’est en milieu rural que plus de trois quarts des ménages, soit près de 8 ménages sur 10, se débarrassent des eaux sales dans la nature.
A l’échelle régionale, la nature constitue le principal mode d’évacuation des eaux usées. Dans la majorité d’entre eux, plus de 70% des ménages, essentiellement ruraux, utilisent ce moyen non hygiénique et susceptible de favoriser les proliférations de bactéries et de moustiques, vecteurs de maladies à travers notamment la chaîne agricole.
Dakar se caractérise par la plus faible proportion de ménages utilisant la nature comme lieu d’évacuation des eaux usées
. Le réseau d’égout (environ 44%) constitue le principal mode utilisé, en particulier dans la zone urbaine (45,4%).
 Avec Thiès, elles constituent les régions où un peu plus de 16% des ménages sont équipés d’une fosse ou d’un puisard pour l’évacuation des eaux usées là où moins de 1% des ménages de la région de Kaffrine en sont dotés. 
Ces disparités régionales impactent négativement la femme rurale, dont l’intimité  et la santé sont  ainsi exposées.
c)  Evacuation des ordures ménagères
L’évacuation des ordures ménagères constitue un enjeu majeur de santé publique, notamment chez la femme et l’enfant. Les déchets causent non seulement une pollution de l’air, notamment par l’odeur pestilentielle, mais également des maladies respiratoires et diarrhéiques.
Au niveau national, trois principaux modes d’évacuation des ordures ménagères sont observés :
le dépôt sauvage (42,2%),le camion de ramassage (29,1%) et la calèche ou charrette (16,1%).
Cette situation témoigne  de la  quasi- inexistence d’infrastructures dédiées au traitement des ordures domestiques. 
Un écart substantiel s’observe  encore selon le milieu de résidence. 
Le dépôt sauvage est plus usité dans les ménages rurauxavec 69,9%,  contre environ 18% des ménages urbains utilisent les dépôts sauvages.
Les citadins font le plus souvent appel aux camions de ramassage avec 52,5%,  et aux calèches ou charrettes avec 20,9%. 
Le dépôt constitue le principal mode utilisé dans les régions du Sud et de l’Est, tandis que  celles du centre et du Nord privilégient l’usage de la calèche ou de la charrette en milieu urbain.
La particularité de Dakar réside dans le fait qu’il s’agit de la seule région où l’essentiel des ordures ménagères est collecté par les camions de ramassage, aussi bien en milieu rural qu’urbain, même si une part non négligeable des déchets ruraux sont stockés dans les dépôts sauvages.
Ainsi, l’assainissement est le tendon d’Achille aussi bien de notre politique de lutte contre les effets néfastes des changements climatiques, que notre politique de Santé publique.
La prise en charge par le PUDC de ces trois composantes de l’Assainissement, permettrait, au-delà de sa contribution dans la lutte contre les inégalités inter régionale dans les infrastructures et équipements publics,  de mettre fin à cette discrimination dont sont victimes les femmes hors de Dakar.
                 Ibrahima SENE PIT/SENEGAL
Jeudi 8 Mars 2018
Dakaractu




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