République garrotée, Etat dévoyé ! (Par ABC)


Pendant que l’un transforme notre représentation nationale en chambre d’enregistrement pour assouvir ses envies de grandeur et ainsi devenir la deuxième personnalité de l’Etat en attendant un hypothétique couronnement en 2029, l’autre, qui jouait au « guerrier » en dégommant son gouvernement, se retrouve subitement chancelant et même hésitant pour construire un nouvel attelage. Jamais dans l’histoire de ce pays, la nomination de ministres n’avait autant duré. Tout ceci s’apparente à de la farce de mauvais goût, sacrifiant les intérêts des citoyens sous l’autel des calculs politiciens.

Nous sommes même tentés, au regard de ce qui se passe, de croire que l’autorité politique, incarnée depuis 2024 par la paire Diomaye-Sonko, a engagé la République dans un long et profond processus de déperdition. De nombreux citoyens, les intellectuels, et les confrères journalistes, comprennent bien ce que nous voulons signifier en décrivant les manœuvres du Pastef au sommet de
l’Etat. Celui-ci est en perte de vitesse. Il semble définitivement pris dans un tourbillon. Mais Diomaye moy Sonko, jusqu’à la présidentielle. Peu importe, les divergences supposées et même un divorce futur, ils restent les deux face d’une même pièce.

Le constat, depuis 24 mois est que la République est garrotée. Ses institutions sont dévoyées. L’Etat est captif et nul ne semble s’en émouvoir. Au lieu de se consacrer, en leur qualité de dirigeants et plus hautes autorités de la République, aux gros dossiers qui répondent aux questions de bonne gouvernance et d’émergence économique, le tandem, en politiciens incorrigibles, passe tout son
temps, sous les feux de la télévision et des médias de masse, à tenir au cœur de la République des célébrations politiques comme si nos institutions leur appartenaient.

Chaque jour, Diomaye et Sonko offrent à la Nation et au reste de l’Afrique des exemples dangereux de dévoiement des blasons de la République. Certains comportements, observés au sommet de l’Etat, mettent à nue une grande décadence. Une mise en abîme illustrée par la comédie, les tragédies et leurs corolaires de drames sociaux qui frappent les populations de ce pays, dont les
principaux responsables sont le chef de l’Etat, son ancien Premier ministre, devenu à la faveur de sa majorité mécanique, Président de l’Assemblée nationale, et son parti, le Pastef.

Depuis leur installation au pouvoir, le duo que certains perçoivent aujourd’hui tel un duel, et le système qu’ils ont mis en place, s’emploient méthodiquement, mais sûrement, à enfoncer la République. Celle-ci ne fonctionne plus normalement. Elle tangue plutôt au gré des humeurs et désirs de l’ancien Premier ministre, un chef omnipotent, versatile, parfois cassant et colérique. Il prend un malin plaisir à soumettre nos institutions, la Primature d’abord, l’Assemblée nationale ensuite, à toutes les tourmentes qui leur font perdre totalement leurs repères.

Dans le comportement de l’homme et dans sa manière de conduire sa mission, des actes et des attitudes compromettent de façon quasi permanente la marche du pays. L’Etat et la République en sont souvent réduits à de simples instruments politiciens. Une façon de faire qui déroute et frappe les esprits, tant elle cannibalise les institutions et remet en cause les principes élémentaires régissant la conduite d’un Etat démocratique.

Sans aucun doute, l’ancien Premier ministre et leader du Pastef sait s’identifier au peuple mais reste trop ordinaire. Une nature qui l’amène souvent à sombrer dans un extraordinaire populisme l’inclinant à verser dans une démagogie à couper le souffle. On croirait même qu’il pense que la politique d’un Etat et la construction d’une nation, peuvent se suffire de rêves et de fantasmes. En l’écoutant, surtout dans ses moments d’euphorie, on fait difficilement la part de ce qui relève de ses idées, du rêve, et ce qui constitue un programme de gouvernement. Manifestement, tout fonctionne chez lui et au sommet de l’Etat sous un registre de démagogie, d’autant plus insupportable que personne n’est responsable de rien. Tout est mis dans le dos du régime sortant. Même après plus
de deux années à la magistrature suprême.

Le successeur d’El Malick Ndiaye au perchoir de l’Assemblée nationale, jadis perçu tel un messie, devient aujourd’hui dangereux pour la République. Même bouté hors de la Primature, il parvient à s’accrocher au pouvoir et semble prêt à toutes les extravagances et à toutes les extrémités. Il parait plus que jamais décidé, en chosifiant l’Etat encore plus qu’il n’y est déjà parvenu. Faisant ainsi de la République un simple objet, un simple instrument mis au service de sa gloire personnelle afin de réaliser son ambition présidentielle.

Une domestication de l’Etat auquel il croit pouvoir arriver en accompagnant sa manœuvre d’une stratégie politique, reposant essentiellement sur une propagande de grande envergure et sur une effroyable ruse.

Alioune Badara COULIBALY
Porte-Parole APR
Lundi 1 Juin 2026
Dakaractu



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