Forum de Dakar : Passe d'armes entre le chef de la diplomatie malienne Abdoulaye Diop et la secrétaire d’État français en charge du Développement et de la Francophonie, Chrysoula Zacharopoulou


Décidément, la crise diplomatique entre le Mali et la France transcende les frontières et les prolongations de cette rupture diplomatique se sont jouées à Dakar, à l'occasion du Forum international de Dakar sur la Paix et sécurité, et pas de la plus belle manière. En effet, lors de son intervention officielle à l'ouverture de cette rencontre internationale, la secrétaire d’État française en charge du Développement et de la Francophonie, Mme Chrysoula Zacharopoulou, s’est violement défoulée sur les dirigeants maliens qu’elle accuse de « privilégier leur propre survie politique, au détriment de la lutte contre le terrorisme... »
 
 
« Des autorités maliennes qui ont décidé de privilégier leur propre survie politique… »


Mme Chrysoula Zacharopoulou qui demande à la junte malienne d'être beaucoup plus reconnaissante et regardante par rapport à l’investissement de la France pour restaurer la paix dans cette partie du territoire africain,  précise que l’engagement de la France aux cotés du Mali lui a coûté plusieurs pertes en vie humaine dans les rangs des soldats français. « En 2013, la France s’est engagée aux côtés du Mali à sa demande, pour lutter contre une menace qui était alors existentielle pour le Mali. Cet engagement, courageusement relayé par les pays de la région, les pays européens et la communauté internationale, a été décisif. Il a empêché l'effondrement du Mali et l’installation d’un califat, comme au Levant. Ce combat a coûté la vie à 48 soldats français au Mali. 59 sont morts dans la région du Sahel. 
 
Il a aussi coûté la vie à 174 casques bleus. Nous devons rendre hommage aux héros dont le sang a coulé sur le champ de bataille pour la protection du Mali et pour la stabilité du Sahel. Face à des autorités maliennes qui ont décidé de privilégier leur propre survie politique, au détriment de la lutte contre le terrorisme, les conditions politiques n’étaient plus réunies pour que la France continue de travailler aux côtés des forces armées maliennes. La force Barkhane s’est donc retirée du Mali, en bon ordre, et en coordination avec ses partenaires et les forces armées maliennes. Face à une menace terroriste qui reste forte, et qui cherche à s’étendre vers le sud et vers les pays du golfe de Guinée, nous restons pleinement engagés. Nous agissons en soutien de tous les Etats de la région qui font le choix de la lutte contre le terrorisme, dans le respect de la coexistence entre les communautés », a laissé entendre Mme Chrysoula Zacharopoulou.
 
« C’est très loin de la réalité… »


Des propos qui ont sonné mal aux oreilles du ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Abdoulaye Diop qui participait ce mardi matin au panel sur « les crises globales et la consolidation des souverainetés en Afrique », a saisi l’occasion pour apporter une réplique « salée » à la hauteur des accusations de la secrétaire d’État française portées sur le Mali.« Elle a fait hier une grande opération de relation publique, mais qui manque de sincérité. C’était politiquement correct à entendre, mais c’est très loin de la réalité. Elle a indiqué que le régime à Bamako se bat pour sa survie. Je crois qu’un régime qui a une telle assise populaire n’a pas à s’inquiéter pour sa survie. La survie pour laquelle le Mali se bat, c’est la survie du Mali en tant qu’État. Et la survie de l’État malien a été menacée parce que la France à la tête d’une organisation internationale est intervenue en Libye pour une opération dont on ne sait pas jusqu’à aujourd’hui l’objectif recherché. Qui est-ce qui a été fait pour gérer le service après-vente et éviter qu’une opération étrangère ne finisse par une déstabilisation de l’ensemble de la région », peste Abdoulaye Diop. 
 
« Le Mali ne compte même pas ses morts civils ou militaires… »


Par ailleurs, le chef de la diplomatie d’ajouter que si la secrétaire d’État française ose parler de 50 morts du côté de l’armée française, la vérité c’est qu’aujourd’hui le Mali ne compte même pas ses morts civils ou militaires. Pour Abdoulaye Diop, il a choisi ses amis dans le pays, ce qui n’est pas normal à ses yeux. « La survie dont on parle c’est la survie de nos États. À cause d’une défaillance géostratégique monumentale qui nous a amené à ces problèmes. Et jusqu'à aujourd'hui,  personne n’assume la responsabilité. Ils sont venus pour empêcher la faillite de Bamako, oui nous le reconnaissons. Mais vous venez faire le pompier après avoir allumé le feu. Je suis reconnaissant pour les morts français au Mali. 
 
Elle a parlé de 50, mais le Mali ne compte même pas ses morts civils ou militaires. Elle dit aussi que la France se bat pour la souveraineté des pays africains et qu’elle n’entend pas se substituer aux armées africaines. Je vous donne un exemple, d’abord elle se substitue aux armées africaines parce que quand la France est venue pour aider le Mali à libérer notre territoire en 2013, il y a trois grandes régions dans le nord du Mali on a libéré ensemble Gao et Tombouctou. Mais à 50 km de Kidal, l’armée française a stoppé net l’armée malienne en disant que vous ne pouvez pas entrer à Kidal sur notre propre territoire. Aujourd’hui 10 ans après, l’armée malienne et l’État malien ne sont pas présents à Kidal. Depuis 10 ans, elle travaille au nord du Mali avec des groupes rebelles. Elle a choisi ses amis dans le pays. Ce n’est pas normal », tonne encore Abdoulaye Diop...
Mardi 25 Octobre 2022



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