Le ton est monté d'un cran ce lundi à l'Aéroport International Blaise Diagne (AIBD) de Diass. Face à la presse nationale et internationale, l'Alliance Inter-Union des Travailleurs de l'Aviation Civile et du Secteur du Transport Aérien a dressé un tableau alarmant de la situation du secteur aérien sénégalais, tout en lançant un ultimatum de huit jours aux autorités pour apporter des réponses concrètes à leurs revendications.
Au micro de Dakaractu Mbour, Kéba Deme, Secrétaire général du Syndicat des Travailleurs de l'Aéronautique Civile (STAC), qui regroupe notamment les travailleurs de TSA, AIBD-SA, l'ANASIM, l'Aviation civile, la Météorologie et le Bureau Enquête Analyse, a dénoncé une série de dysfonctionnements qui, selon lui, menacent l'équilibre de toute la plateforme aéroportuaire.
L'une des principales préoccupations soulevées concerne la situation financière d'Air Sénégal. Selon les responsables syndicaux, la compagnie nationale accumulerait une dette estimée à près de 30 milliards de FCFA vis-à-vis de plusieurs structures qui assurent le fonctionnement de la plateforme aéroportuaire. Une situation jugée extrêmement préoccupante dans un secteur où chaque acteur dépend de la stabilité financière de l'autre pour garantir la sécurité et la continuité des opérations aériennes.
Les syndicats réclament également une autonomie renforcée de l'autorité de l'aviation civile afin de lui permettre d'assurer pleinement ses missions de supervision et de contrôle. « Le Code de l'aviation civile de 2015 recommande une autorité forte et indépendante. Nous avons besoin d'une régulation solide pour préserver la crédibilité et la sécurité du secteur », a soutenu Kéba Dème.
Le dossier de la société TSA (Terrain de Sûreté Aéroportuaire) a également occupé une place centrale dans les échanges.
Selon le syndicaliste, près de 700 jeunes diplômés, certifiés et agréés pour les missions de sûreté aéroportuaire, vivent aujourd'hui dans une totale incertitude alors qu'une importante restructuration de leur société est en cours. « Les travailleurs et leurs représentants ne sont ni associés ni informés sur les orientations prises. Cette absence de dialogue social inquiète fortement les agents », a-t-il regretté. Les travailleurs dénoncent également ce qu'ils considèrent comme une injustice persistante à AIBD-SA, après la fusion entre les ADS et AIBD-SA.
Selon les syndicats, des agents exerçant les mêmes fonctions, avec les mêmes qualifications et les mêmes horaires, continuent de percevoir des rémunérations différentes. « L'article 105 du Code du travail est pourtant clair : à travail égal, salaire égal. Aujourd'hui encore, une grande partie des agents est traitée en dessous de leurs collègues », déplore le secrétaire général du STAC.
Les syndicats sont également revenus sur le préavis de grève déposé par l'intersyndicale de l'ASECNA.
Pour Kéba Birandem, le simple dépôt d'un préavis dans un secteur aussi stratégique constitue déjà un signal d'alarme.
« Nous sommes dans un secteur hyper réglementé. Le fait même de déposer un préavis est révélateur d'un profond malaise. L'État doit agir avant qu'il ne soit trop tard », a-t-il averti. Les travailleurs de l'ASECNA dénoncent notamment la vétusté des équipements, le manque d'effectifs et plusieurs indemnités impayées depuis près de six mois.
Les syndicats ont également critiqué ce qu'ils qualifient de protectionnisme excessif autour d'Air Sénégal. S'ils reconnaissent la nécessité d'accompagner la compagnie nationale, ils estiment que celle-ci doit désormais évoluer dans un environnement concurrentiel normal, conformément aux principes du Marché unique du transport aérien africain (MUTAA). « On ne peut pas protéger éternellement un bébé. Il faut qu'il grandisse, qu'il marche et qu'il affronte la concurrence », a lancé Kéba Dème.
Prenant à son tour la parole, Mamadou Gaye dit Mara a soulevé la question sensible du logement des travailleurs du secteur aérien.
Selon lui, près de 6 000 travailleurs attendent toujours la concrétisation des engagements pris par l'État, alors que seuls 1 500 logements avaient été annoncés. Il dénonce ce qu'il considère comme une rupture d'équité. « Pendant que d'autres secteurs comme les enseignants ou les agents des Impôts et Domaines bénéficient d'un accompagnement spécifique, les travailleurs de l'aérien ont le sentiment d'être oubliés. C'est une politique de deux poids, deux mesures », a-t-il martelé.
Autre sujet abordé lors de la rencontre, il s'agit de la gestion de l'aéroport de Dakar-Yoff, aujourd'hui sous forte présence militaire. Les syndicats dénoncent des difficultés d'accès rencontrées par certains travailleurs civils, notamment à travers l'obligation de disposer de badges spécifiques délivrés par les autorités militaires. Une situation qui, selon eux, complique le fonctionnement normal des activités civiles.
À l'issue de cette rencontre, les syndicats ont lancé un appel solennel au Président de la République et au gouvernement afin qu'ils prennent en charge les nombreuses préoccupations du secteur. Faute de réponses satisfaisantes dans un délai de huit jours, l'intersyndicale n'exclut aucune option pour faire entendre la voix des travailleurs.
Une menace qui intervient dans un contexte particulièrement sensible pour le transport aérien sénégalais, où les inquiétudes s'accumulent autour de la situation financière des entreprises, du climat social et de l'avenir de milliers de travailleurs. Une chose est désormais certaine : la plateforme aéroportuaire de Diass est assise sur une poudrière sociale dont l'explosion pourrait avoir des répercussions bien au-delà du seul secteur aérien.
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