Au micro de Dakaractu Mbour, le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du service public, Mamadou Lamine Diante, est revenu sur les grandes orientations de son département et sur les enjeux liés aux nouveaux Codes du travail et de la sécurité sociale. Depuis Saly, où il présidait une rencontre stratégique de son ministère, le ministre a défendu une nouvelle philosophie de l’action publique : passer d’une logique de moyens à une logique de résultats et d’impacts. Il s’est également expliqué sur la disposition très discutée portant la durée maximale du CDD, désormais fixée à quatre ans.
« Il ne s’agit plus de savoir quels moyens nous avons utilisés, mais quels résultats ils ont produits »
Pour Mamadou Lamine Diante, l’Agenda national de transformation Sénégal 2050 impose une véritable rupture dans la manière de conduire les politiques publiques.
Le ministre estime que l’administration ne doit plus se contenter de comptabiliser les activités réalisées ou les ressources mobilisées. Elle doit désormais être jugée sur les changements concrets produits dans la vie des Sénégalais.
«« Il ne s’agit pas de savoir quels sont les moyens qu’on a utilisés ; le plus important, c’est de savoir quels sont les résultats qu’ils ont produits », explique-t-il au micro de Dakaractu Mbour.»
Même logique concernant les programmes publics : « Il ne s’agit pas également de savoir quelles sont les activités qu’on a menées, mais quels sont les impacts sur la population. »
Une philosophie que le ministre entend appliquer à l’ensemble de son département.
Du fonctionnement administratif à une culture de transformation
Cette nouvelle approche doit permettre, selon lui, d’aligner les projets et programmes du ministère sur l’Agenda national de transformation.
Plusieurs chantiers sont ainsi cités : le Programme intégré de gestion des ressources humaines (PGRH), le Programme de transformation du service public (PTSP), le Programme d’appui à la modernisation de l’administration (PAMA), le Plan d’action du Pacte national de stabilité sociale pour une croissance inclusive et durable (PNSCID), ainsi que le projet GOVATON.
L’objectif affiché est désormais de dépasser la simple juxtaposition de programmes.
«« L’enjeu, aujourd’hui, est de franchir une nouvelle étape : passer d’une juxtaposition des programmes et des projets à un portefeuille ministériel cohérent, intégré et orienté vers des impacts clairement définis et mesurables », affirme le ministre.»
Réduction des délais, simplification des procédures, amélioration de la productivité, professionnalisation des agents publics, transformation digitale : autant d’indicateurs qui devront, à l’en croire, permettre de mesurer concrètement la performance de l’administration.
Nouveau Code du travail : le ministre défend une réforme « plus protectrice »
Mais c’est surtout sur les nouveaux Codes du travail et de la sécurité sociale que l’intervention de Mamadou Lamine Diante était particulièrement attendue.
Le ministre salue d’abord l’adoption de ces nouveaux textes et estime qu’ils étaient devenus nécessaires face aux mutations du monde du travail.
«« Les Codes du travail et de la sécurité sociale qui sont actuellement en vigueur comportent des insuffisances au regard des réalités et des dynamiques au niveau du monde du travail », soutient-il.»
Selon lui, le nouveau Code du travail doit permettre de trouver un équilibre entre protection des travailleurs et compétitivité de l’économie.
«« C’est un Code qui est à la fois beaucoup plus protecteur des droits du travailleur que promoteur d’une économie compétitive », affirme-t-il.»
Une réforme qui, rappelle-t-il, n’a pas été exempte de résistances.
«« Il y avait quelques velléités de torpiller le processus de la part de certains acteurs », révèle le ministre.»
CDD de quatre ans : « Il faut faire une lecture combinée »
La question qui fâche : comment éviter que la possibilité d’aller jusqu’à quatre ans pour un CDD ne conduise à installer durablement des travailleurs dans la précarité ?
Face à cette interrogation, Mamadou Lamine Diante appelle à ne pas isoler cette disposition du reste du Code.
«« Quand on veut faire une lecture cloisonnée des dispositions, on ne va pas s’en sortir. Il faut faire une lecture combinée », répond-il.»
Le ministre reconnaît toutefois une réalité qui interpelle : certains travailleurs sont maintenus sous CDD pendant de très longues périodes, parfois jusqu’à une dizaine d’années.
Et pour lui, le problème ne réside pas uniquement dans le texte.
«« Dans les faits, le CDD est de deux ans, une fois renouvelable, mais nous savons qu’il y a beaucoup de travailleurs qui sont sous CDD depuis une dizaine d’années. Maintenant, pourquoi cela n’est pas respecté ? C’est la faiblesse de l’administration du travail », admet-il.»
Le message du ministre aux employeurs et aux syndicats
Pour corriger cette situation, le gouvernement mise notamment sur le renforcement de l’administration du travail.
«« Plus l’administration du travail est présente sur le terrain, avec des moyens juridiques renforcés, plus on va aller vers l’application effective de ces dispositions-là », assure Mamadou Lamine Diante.»
Autrement dit, le gouvernement veut donner davantage de moyens aux services chargés de contrôler l’application de la législation sociale.
Une réponse qui intervient alors que les nouvelles dispositions sur le CDD suscitent déjà des interrogations du côté des organisations syndicales.
« La performance doit désormais être visible, mesurable et utile »
Au-delà de la réforme du Code du travail, le ministre veut inscrire son action dans une transformation plus profonde du service public.
Son credo est désormais clair : moins d’activités affichées, davantage de résultats mesurables.
«« La performance doit désormais être visible, mesurable et utile », martèle-t-il.»
À Saly, Mamadou Lamine Diante a ainsi posé les bases d’une nouvelle feuille de route pour son département : réformer, contrôler, moderniser et surtout mesurer l’impact réel des politiques publiques.
Une ambition qui sera désormais confrontée à l’épreuve du terrain : celle des travailleurs, des employeurs et des usagers du service public, qui attendent de ces nouvelles réformes qu’elles produisent des changements concrets.
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