Jugés pour quatre chefs d'accusation liés au terrorisme : Comment des communications avec les auteurs des attentats de Ouagadougou et de Grand Bassam risquent de mener trois mauritaniens à la reclusion criminelle à perpétuité...

Au troisieme jour du second marathon judiciaire des affaires liées au terrorisme, les nommés Erhil ou Rahil Adébé, Moustapha Béchir et El Atigh Ahmed Mahmoud ont comparu devant la chambre criminelle en formation spéciale au tribunal de grande instance de Dakar. Ils ont répondu des accusations d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, actes de terrorisme, complicité d'actes de terrorisme, financnement du terrorisme. Le trio mauritanien est soupçonné d'avoir trempé dans les attaques qui ont eu lieu entre janvier et mars 2016 d'une part à Ouagadougou, au Burkina Faso et d'autre part à Grand Bassam, en Côte d'Ivoire.


Jugés pour quatre chefs d'accusation liés au terrorisme : Comment des communications avec les auteurs des attentats de Ouagadougou et de Grand Bassam risquent de mener trois mauritaniens à la reclusion criminelle à perpétuité...

Revendiqués par Aqmi, ces attentats qui ont été l'œuvre d'Al Mourabitoune sous la férule d'Aqmi ont occasionné la mort d'une cinquantaine de personnes. Les enquêtes ouvertes dans ces deux pays ont permis d'établir que Mimi Ould Baba Ould Cheikh était le logisticien,  mais en réalité, le réel instigateur n'est autre que Mohamed Ould Nouini, défunt commandant en chef d'Al Mourabitoune au Mali. 

 

Mimi Ould Baba Ould Cheikh est actuellement en prison au Mali. À la faveur de la libération des détenus jihadistes par le Mali, en échange de celle de Soumaïla Cissé et de la française Sophie Petronin, cet arabe malien a failli retrouver la liberté. Mais les États-Unis se sont opposés à un tel schéma, compte tenu de la procédure en cours aux États-Unis contre ce ressortissant malien dans le cadre de l'attaque de Ouagadougou dans laquelle un citoyen américain a trouvé la mort. 

 

Appréhendés, Mimi Ould Baba Ould Cheikh et Ibrahima Ould Mohamed ont « impliqué » Hamza Ben Mohamed dans ces attaques meurtrières. C'est à ce niveau que les accusés attraits devant la chambre criminelle font leur entrée dans ce dossier.

 

Le procès des puces téléphoniques 

 

À partir d'un numéro sénégalais, El Atigh Ahmed Mahmoud communiquait avec des numeros maliens. Mais il se trouve que la puce appartient à Moustapha Béchir. Devant le prétoire, les deux accusés ont reconnu avoir utilisé ce numéro mais ont nié l'avoir utilisé pour préparer ou participer à un quelconque attentat terroriste.

 

Cambiste de profession, El Atigh Ahmed Mahmoud qui se déplace difficilement car il boite, a reconnu avoir une relation d'amitié avec Moustapha el Béchir. « Il m'a donné la puce à neuf heures, j'ai mis 5.000 francs de crédit et à 19 heures je suis arrêté », fait savoir l'accusé qui nie tout lien avec les nommés Hamza Ben Mohamed ou Mimi Ould Baba Ould Cheikh. La seule personne qu'il admet connaître dans cette affaire, c'est Moustapha Béchir.

 

Très bavard, ce mauritanien qui se présente comme un commerçant qui a fait beaucoup de pays en Afrique (Nigéria, Congo Brazzaville, Libye, Algérie, Cameroun, Bénin etc) a été « mouillé » par ses deux puces sénégalaises (77240... et 77970...) avec lesquelles il aurait communiqué avec des numéros maliens. Des numéros ayant appartenu à Hamza Ben Mohamed et Mimi Ould Baba Ould Cheikh.

Une accusation qu'il a fortement contestée. 

 

« Il faut demander aux terroristes s'ils me connaissent. Tout ce qu'ils ont raconté à mon propos, c'est des mensonges », dit-il, faisant allusion à l'accusation. Cependant, 

 

Moustapha Béchir qui se décrit comme un commerçant ne nie pas avoir rencontré une fois Hamza Ben Mohamed au Sénégal. Mais à l'en croire, c'est en se rendant à l'hôtel Ndiambour où logeait le troisième accusé Erhil Adébé pendant ses séjours au Sénégal.

 

Ahmed le Gros et Béchir le fétard 

 

Impliqué dans les attentats de Ouagadougou et de Grand Bassam, Hamza Ben Mohamed a passé au moins trois jours au Sénégal. Erhil ou Rahil Adébé a avoué l'avoir reçu dans un hôtel dakarois et de lui avoir payé le billet du retour à Bamako sur demande de son ami Yahya Ould Gherbi de qui il a reçu depuis l'Algérie un transfert d'argent de 500 000 francs. « C'est un prêt qu'il m'a remboursé », a-t-il prétexté à la question du juge de savoir à quel titre il a reçu cet argent. 

 

Cependant, l'homme d'affaires mauritanien versé dans l'alimentation et l'importation de véhicules, ne se rappelle pas avoir beaucoup conversé avec son invité. Tout au plus, a-t-il accepté de lui avoir offert du thé. 

 

À son retour au Mali, Hamza Ben Mohamed lui aurait envoyé 400 000 francs de la part de Mimi Ould Baba Ould Cheikh. Mais Erhil Adébé, sur son trente et un dans un costume noir, assure qu'il n'a jamais recu d'argent venant de cet homme. De même, il nie être Ahmed Lemdessene comme le prétend le représentant du ministère public qui est convaincu que l'accusé est le « Lemdessene » cité en même temps que Hamza Ben Mohamed, Mimi Ould Baba Ould Cheikh et Ibrahima Ould Mohamed cités parmi les auteurs des attaques terroristes de Ouagadougou et de Grand Bassam. Il est secouru par El Atigh Ahmed Mahmoud qui, contrairement à ce que le maître des poursuites a voulu constituer, a infirmé avoir dit devant le juge d'instruction que Erhil Adébé était aussi appelé Ahmed Lemdessene ou Ahmed « le gros ».

 

Se définissant comme des musulmans pratiquants, les trois accusés ont toutefois déclaré avoir une conception non rigoriste de l'Islam. Pour prouver son éloignement de l'Islam radical, Béchir Moustapha révele qu'il est un amoureux du monde de la nuit. Habitué des casinos et des boîtes de nuit dakaroises, le commerçant mauritanien croit fermement qu'on ne doit pas tuer pour la religion. Mais pour le procureur, c'est un stratagème élaboré par l'accusé pour se tirer d'affaires.

 

Réclusion criminelle à perpétuité requis par le parquet 

 

Dans son réquisitoire apparemment bien préparé, le représentant du ministère public est convaincu des relations entre les accusés et les auteurs des attaques sanglantes de Ouagadougou et de Grand Bassam. 

 

Pour en donner la preuve, il convoque les communications fréquentes entre les numéros sénégalais appartenant à Moustapha Béchir aux numéros maliens détenus par Mimi Ould Baba Ould Cheikh et Hamza Ben Mohamed. Il parle de coïncidence troublantes entre cette connexion. Il a aussi qualifié de fait troublant le séjour de Hamza Ben Mohamed auprès de Erhil Adébé, quelques jours avant l'attaque de Grand Bassam perpétré le 13 revendiqué par Aqmi, mais perpétré par Al Mourabitoune.

 

En revanche, il a demandé la requalification des faits et au tribunal de retenir les infractions d'actes de terrorisme et financement du terorisme contre les trois accusés qui risquent à cet effet la réclusion 0criminelle à perpétuité.

Les avocats de la défense n'ont pas caché leur surprise d'entendre le réquisitoire du substitut du procureur.

 

Avocat de Erhil Adébé, Me Dabo trouve qu'il faut avoir du talent pour rendre coupable son client pour actes de terrorisme et financement du terrorisme. À son avis, payer un ticket de transport de 25 000 francs ne peut être retenu comme élément matériel contre Erhil Adébé qui s'est vu reprocher d'avoir reçu dans un hôtel de Dakar Hamza Ben Mohamed. La robe noire considère que des faits troublants ne sauraient suffire pour faire condamner une personne car ne constituant pas une preuve. 

 

Dans la même ligne de défense, il ne comprend pas que l'on veuille coûte que coûte transformer son client en Ahmed Lemdessene. 

L'avocat a plaidé la relaxe. 

 

Pour sa part, son confrere Me Fall qui défend les intérêts de Moustapha Béchir estime que ce dernier n'est en rien melé aux histoires de terrorisme auxquells l'accusation cherche à le meler. L'avocat qui présente son client comme une « personne transparente » est convaincue que cette dernière a dit toute la vérité à la justice. S'alignant presque sur la plaidoirie de Me Dabo, elle a demandé à ce que la justice rende à son client sa liberté. 

 

Me Mbengue a emboité le pas à ses confrères et a plaidé la relaxe pure et simple pour El Atigh Ahmed Mahmoud. Selon lui, le seul tort de son client est d'avoir utilisé une puce qui lui a été prêtée par Moustapha Béchir. Il est d'autant plus convaincu de l'innocence d'El Atigh que ce dernier était en prison lorsque les terroristes frappaient les deux capitales sous régionales. Pour finir, la robe noire a attiré l'attention du tribunal sur les conséquences que la prison a eu sur son client qui doit recouvrer la liberté pour se reprendre en main. 

Le tribunal rend son verdict le 29 avril...

Mardi 23 Mars 2021
Dakaractu



Nouveau commentaire :
Twitter



Dans la même rubrique :