Sénégal : L'intégralité de l'homélie prononcée par le Cardinal SARR, à l'occasion de la messe de minuit de Noël et le jour de Noël


Sénégal : L'intégralité de l'homélie prononcée par le Cardinal SARR, à l'occasion de la messe de minuit de Noël et le jour de Noël
MESSE DE LA NUIT DE NOËL

(Cathédrale N.D des Victoires, le 24-12-12)





Homélie



1- Chers frères et sœurs en Christ, comment ne pas faire nôtres les paroles de bénédiction, qui annoncent, en cette nuit de Noël, la venue du Fils de Dieu sur notre terre ? « Oui ! Un Enfant nous est né, un Fils nous a été donné !» (Is 9, 5)



Ces mots ne sont pas seulement l’annonce d’un événement historique ; ils sont la lecture lucide d’un fait évident, qui dépasse tout temps et toute histoire : Dieu nous aime. Ces mots ne sont pas seulement le chant d’une « troupe céleste » anonyme ; ils sont les révélateurs d’une réalité nouvelle, où l’homme fait l’expérience d’un don unique : le don inestimable d’un Enfant-Dieu, Prince-de-la-Paix.



Deux symboles, frères et sœurs, me semblent très significatifs de la liturgie de cette Nuit de Noël. C’est d’abord le symbole de la Lumière, qui traverse tous les textes de la liturgie de cette nuit. C’est ensuite le symbole de la Vie, qui est la conséquence la plus logique de toute naissance.



2- « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitent le pays de l’ombre une lumière a resplendi. » (Is 9, 1) En ces termes, le prophète Isaïe décrit, dans la première lecture, la situation d’un peuple plongé dans les ténèbres opaques de la déportation, situation où la délivrance n’était logiquement envisageable que par la force ou la révolution. C’est au contraire sur les épaules d’un enfant que le prophète trouve les chances d’un avenir radieux, à travers les titres qui le caractérisent : « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-paix. » (9, 5). La naissance de cet Enfant, comme la lumière qui jaillit au cœur des ténèbres, réoriente donc le cours de l’histoire, le destin de ce peuple, et le sens de nos propres vies.

Tout comme Isaïe, Saint Paul, dans la deuxième lecture, revient sur le symbolisme de la lumière, lorsqu’il parle de la révélation de Dieu, en son Fils Jésus-Christ. A travers l’expression « la grâce de Dieu s’est manifestée », Paul présente le mystère de Noël comme une épiphanie, c’est-à-dire la manifestation de Dieu et de sa grande lumière dans l’Enfant, né pour nous. Parce que Jésus-Christ est né « pour nous », sa naissance, selon Paul, comporte, pour tout croyant et pour tout homme, des bienfaits et des devoirs : elle est source d’une grâce « qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d’ici-bas » ; elle nous appelle, dans le même temps, à « vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux. » (Tt 2, 12)



En somme, pour Paul, ce qui est donné comme grâce, dans le mystère de Noël, demande d’être reçu et vécu dans le concret de la vie du croyant. Célébrer chaque année Noël nous invite à nous laisser habiter, encore et encore, par la lumière qu’est Jésus-Christ. C’est le propre de la lumière d’embraser, d’éclairer, de guider, de porter à une meilleure appréciation des situations, des choses et des personnes. La lumière, qu’est Jésus-Christ au sein de nos vies, doit embraser en nous des désirs de réconciliation, de justice et d’amour, et tourner nos regards vers l’avenir d’un bonheur sans fin. Voilà ce que Saint Paul, appelle « vivre en hommes raisonnables, justes et religieux. »



L’Evangile de cette messe enfin nous raconte qu’aux Bergers est apparue la gloire de Dieu, qui « les enveloppa de sa lumière. » (Lc 2, 9) Là où se manifeste la gloire de Dieu, là se répand, en abondance, sa lumière. Dans l’annonce faite aux Bergers, la lumière de la gloire de Dieu est source de connaissance de la vérité, source de connaissance du Plan de Dieu : le Sauveur né dans la ville de David « est le Messie, le Seigneur. »



Connaître ainsi l’identité et la mission de l’Enfant de Bethléem, c’est se disposer à prendre le chemin qui mène à Lui. Connaître cela, porte ensuite à Le rencontrer et à Lui réserver l’accueil qu’Il mérite. Connaître cela, c’est enfin se disposer à être le relai des Anges annonciateurs, en empruntant les paroles même de Saint Jean : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous. » (1 Jn 1, 3)

En cette Année de la Foi, et dans le sillage du Synode sur la Nouvelle Evangélisation, célébrer Noël, c’est annoncer la Naissance de, qui apporte aux hommes la Lumière, Source de Vie.



3- Nous en arrivons donc au second symbole de la liturgie de cette Nuit de Noël : le symbole de la Vie. Dans le mystère de l’Incarnation, Jésus se manifeste à nous comme le Dieu de la Vie. Né à Bethléem (la maison du pain), il se manifeste aux premiers témoins de sa naissance, couché dans une mangeoire, se présentant ainsi comme une nourriture prête à se donner, et prête à être reçue.



Durant son ministère public, Il se présentera lui-même, dans le miracle de la Multiplication des Pains, comme Celui qui rassasie les foules affamées, comme le « Pain de vie » (Jn 6, 35), en qui tout homme, ayant faim et soif, trouve une vraie nourriture et une vraie boisson. En somme, Il se présente comme Source inépuisable de Vie.



Quel enseignement pour nous, qui célébrons Noël ce soir ? C’est d’abord l’imitation d’une attitude, celle des Bergers. Luc écrit dans son Evangile : « Lorsque les anges eurent quitté les Bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé et que le Seigneur nous a fait connaître. Ils se hâtèrent d’y aller. » (Lc 2, 15-16). Ces Bergers nous enseignent donc comment accueillir la Bonne Nouvelle de la Naissance du Sauveur : non comme le souvenir d’un événement lointain, mais comme un présent, qui nécessite une mise en branle immédiate. L’image des Bergers en marche vers Bethléem, c’est aussi l’image de la communauté ecclésiale, rassemblée ce soir dans les églises, ces nouvelles « Maisons du pain », où Jésus se donne encore comme nourriture et boisson pour notre salut, à travers l’Eucharistie.



L’enseignement pour nous qui célébrons Noël, c’est ensuite la disposition à percevoir, en Jésus, le signe qui nous est donné : « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Le nouveau-né, c’est celui qui est appelé à beaucoup recevoir, pour grandir et devenir l’homme mûr, pleinement accompli. Le nouveau-né, c’est aussi l’innocence à l’état pur, celui qui ouvre son cœur et ses bras à l’amour, et le propose, à son tour, à tout visage qui se présente à lui, même celui de l’étranger.



Jésus, Nouveau-Né, nous invite aujourd’hui à entamer, avec Lui, ce processus de croissance humaine, spirituelle et morale, ce processus de croissance personnelle et communautaire, qui fera de nous des chrétiens authentiques et fidèles. Jésus, Nouveau-Né, nous donne, en plus, les moyens de cette croissance humaine, spirituelle et morale, personnelle et communautaire, en s’offrant à nous, pour nous enrichir de sa Vie divine. En somme, la célébration de sa Naissance est pour nous, aujourd’hui, une proposition de renaissance à une vie nouvelle.



L’enseignement pour nous qui célébrons Noël, c’est enfin l’accueil du message qu’il nous adresse : un message de paix, comme l’explique le Pape Benoît XVI, dans son Message pour la prochaine Journée Mondiale de la Paix : « Dieu est apparu, comme un enfant. Par cela même il s’oppose à toute violence et apporte un message qui est la paix. »



Ce message, nous sommes invités aujourd’hui, non seulement à l’entendre, mais aussi et surtout à l’accueillir et à le vivre. Il est écrit, ce message, sur le visage du Petit Enfant de Bethléem, que nous sommes venus contempler, et qui nous dit : « Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne. » Accueillir cet Enfant, c’est aussi pour nous chrétiens et hommes de bonne volonté, aujourd’hui, travailler à ce que la paix donnée par Dieu soit chaque jour accueillie et partagée entre tous les hommes. Ainsi, nous pourrons être dignes d’être associés à cette Béatitude : « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » (Mt 5, 9) Amen !









† Théodore Adrien Cardinal SARR

Archevêque de Dakar.

MESSE DU JOUR DE NOEL

(Cathédrale N.D des Victoires, le 25-12-12)





Homélie



1- Frères et sœurs en Christ, cette nuit, en communion avec tous les chrétiens du monde, nous avons célébré la Naissance de Jésus-Christ, Fils de Dieu et Sauveur des hommes. Ce matin, nous adressons encore, en Eglise, notre action de grâce à Dieu pour ce Don inestimable, dont il nous plaît encore de rappeler le contenu, en empruntant les termes même de l’antienne d’ouverture : « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! »



Ce qui rend merveilleux ce don, et déroule, aux yeux du monde, son caractère toujours nouveau et toujours actuel, c’est bien sa dimension totalement orientée vers l’homme : né pour nous et donné à nous, Jésus-Christ est la clé de lecture, qui permet à tout homme, de toute génération, de comprendre et d’expérimenter ce que sa nature d’homme possède de plus précieux : la capacité d’être fils de Dieu. C’est le miracle de Noël, que chante la troisième préface de la Nativité en ces termes : « Par Lui [le Christ] s’accomplit en ce jour l’échange merveilleux où nous sommes régénérés : lorsque [le Fils de Dieu] prend la condition de l’homme, la nature humaine en reçoit une incomparable noblesse ; il devient tellement l’un de nous que nous devenons éternels. »



Aujourd’hui, frères et sœurs, la liturgie de ce jour de Noël, nous invite à répondre à une question fondamentale. Qui est, pour nous, Jésus-Christ ? De prime abord, la réponse à cette question peut nous paraître très accessible, voire élémentaire, puisque nous avons l’habitude de réciter notre Credo, et que nous y trouvons l’identité de Notre Seigneur Jésus-Christ, en Le reconnaissant comme « le Fils unique de Dieu et notre Sauveur, conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge. » Faut-il chercher encore d’autres réponses ?



Mais justement, chers frères et sœurs, parce que nous avons pris l’habitude de penser Dieu avec les formules bien structurées du Catéchisme, cette question mérite d’être toujours re-posée, parce que sa réponse ne doit pas être enfermée définitivement dans des formules, mais se découvrir et se clarifier au fur et à mesure de l’expérience de foi du croyant. C’est bien ce dont témoigne l’Apôtre Saint Jean, dans le Prologue ou Introduction de son Evangile, où il nous partage son expérience. Lorsqu’il écrit ce Prologue, Jean est au soir de sa vie : il a partagé la vie publique de Jésus ; il a été témoin de sa mort et de sa résurrection. Alors quand il confesse Jésus, c’est dans son expérience personnelle avec Lui qu’il puise, et c’est le fruit de cette expérience, qu’il nous propose.



2- Qui est donc Jésus-Christ, pour nous ? Aujourd’hui, les textes de la liturgie nous invitent à poser la question autrement : que nous révèle Dieu de Jésus-Christ ? Que nous révèle Jésus-Christ de Lui-même ?



C’est bien Lui, Dieu, qui, le premier, a pensé à nous révéler l’identité de Celui, qu’Il nous a envoyé : « Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlés par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les siècles. » (He 1, 1-2). L’événement que nous célébrons ce matin, qui manifeste la venue, sur notre terre, de Jésus-Christ, s’inscrit donc dans cette dynamique constante de communication de Dieu avec les hommes. Mais examiné dans le contexte de cette communication constante, cet événement peut nous paraître de moindre importance, voire simplement passager.



Le Prologue de Saint Jean, que nous venons d’entendre, donne à ce « minuscule événement » une dimension insoupçonnée. L’Enfant qui nous est donné est la Parole de Dieu, le Verbe de Dieu. Il est la Parole de tous les commencements : la Parole du commencement du monde, au premier matin ; la Parole du commencement de l’homme, au jardin d’Eden ; la Parole du commencement de l’Alliance, sur la montagne du Sinaï. Cet Enfant, si démuni, est l’Auteur de tous les commencements, dont l’univers témoigne avec la multitude d’êtres, qu’il contient.

En Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, Saint Jean nous montre non seulement que depuis toujours Dieu crée, mais encore et surtout que depuis toujours Dieu crée par amour, par pur amour ; que depuis toujours Dieu donne la vie ; que Dieu donne sa vie, par pure grâce. « Nous avons reçu grâce après grâce (…). » (Jn 1, 16)



Saint Jean poursuit, en disant : « La grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. » (Jn 1, 17) C’est une autre dimension qu’il nous révèle alors de ce Verbe, Parole de Dieu : il est la Lumière qui nous permet non seulement de voir le vrai visage de Dieu, de Le connaître « en esprit et en vérité », mais aussi de nous reconnaître nous-mêmes, dans notre vraie condition de fils, lorsque nous croyons en Lui : « Pour tous ceux qui l’ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » (1, 12)



3- Ainsi donc frères et sœurs, accueillir en nous la lumière de Noël, c’est d’abord prendre conscience que le Fils de Dieu fait homme « habite parmi nous. » Le verbe habiter est choisi pour signifier toute une vie, celle de Jésus, de Bethléem à Nazareth, de la Galilée à la Judée, du désert à Jérusalem : « Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. »



Le verbe habiter tient en compte, non seulement le passé, mais intègre aussi le présent. Il ne dit pas seulement ce que Jésus a vécu parmi nous et avec nous, mais aussi qu’Il a fait advenir le Règne de Dieu. Or ce Règne de Dieu est à l’œuvre toujours et maintenant. Il est avec nous et parmi nous. Il se réalise et s’actualise dans la vie quotidienne des croyants. C’est ce que nous signifions dans la prière du Notre Père, celle-là même que Jésus nous a enseignée : « Notre Père… que ton Règne vienne ! »



Accueillir en nous la lumière de Noël, c’est ensuite purifier notre regard et notre pensée de ces fausses images de Dieu, qui font de Lui, par exemple, un Maître arbitraire et injuste, distribuant le malheur à l’aveuglette, jugeant implacablement ses créatures. Par le Mystère de l’Incarnation, la lumière éternelle de la Parole divine déchire la nuit, pour présenter le beau visage de notre Dieu, Père plein d’amour et de tendresse. Il n’est donc pas étonnant que le message, qui accompagne sa venue, soit un message de salut, de bonheur et de paix, pour tous les hommes, pour chaque homme, parce qu’il nous aime : « Paix sur la terre aux hommes que Dieu aime ! ».



Dans son Message pour la prochaine Journée Mondiale de la Paix, le Pape Benoît XVI nous rappelle une vérité fondamentale, qui nous aide à comprendre et à accueillir le message de la Crèche : la paix est don de Dieu et œuvre de l’homme. « La paix, écrit le Pape, concerne l’intégrité de la personne humaine et appelle l’implication de tout l’homme. C’est la paix avec Dieu, en vivant selon sa volonté. C’est la paix intérieure avec soi-même, et la paix extérieure avec le prochain et avec toute la création. Elle comporte principalement (…) la construction d’un vivre-ensemble fondé sur la vérité, sur la liberté, sur l’amour et sur la justice. »



Si nous concevons ainsi la paix, comme don de Dieu et œuvre de l’homme ; si nous acceptons de promouvoir une telle paix, nous pourrons alors chanter la gloire de Dieu et expérimenter la paix qui est son fruit, en nous exclamant avec Saint Jean : « Voyez de quel grand amour le Père nous a fait don pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes… Bien-aimés, maintenant nous sommes enfants de Dieu » (1Jn 3,1-2).



Que cette Nouvelle nous remplisse de joie, d’espérance, d’engagement dans la construction du Règne de Dieu, aujourd’hui et toujours ! Amen.









† Théodore Adrien Cardinal SARR

Archevêque de Dakar.





















Mardi 25 Décembre 2012




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