Dakar Actu: Mr. LO, en tant qu'analyste politique, quelle lecture
faites-vous de la traque des biens supposés mal acquis?
Abdou Lô: Au delà d’être une exigence sociale fortement attendue et
suivie par l’ensemble de la population sénégalaise, cette « traque »,
comme vous l’appelez, est une initiative salutaire pour l’avenir de la
gouvernance politique et économique de notre pays. Si elle est menée à
son terme, cette initiative donnera un signal fort à tous ceux qui
auront à gérer dorénavant les ressources nationales. Il s’agira d’un
acquis que les sénégalais, de plus en plus exigeants avec les
politiques, n’accepteront pas de perdre. Il n' y aura pas de retour en
arrière possible. Tous les candidats seront obligés de suivre le
sillon tracé par le régime actuel.
Partagez-vous l'avis de certains membres du Pds qui assimilent la
traque à une chasse aux sorcières?
Ce qui nous intéresse en tant que citoyen ordinaire, c’est le
recouvrement des biens mal acquis et une sanction exemplaire pour tous
ceux qui auront été reconnus coupables. Maintenant, ces membres du PDS
ont beau jeu de ramener l’initiative à une chasse aux sorcières. On
est dans le domaine du politique et donc dans une bataille d’opinion.
Ils tentent de se disculper comme ils le peuvent aux yeux de
l’opinion. Mais la bataille est avant tout juridique. Maintenant, ils
auront raison si au final, seuls les leurs sont concernés par les
enquêtes. Il ne faudrait pas que des personnes identifiées par des
rapports comme « délinquants » économiques soient, du fait de leur
proximité avec le nouveau régime, protégées. Les électeurs le feraient
payer très chèrement au Président Macky Sall.
Le Pds annonce qu'il va assiéger la place de l'Obélisque le 6
décembre prochain aux fins de dénoncer disent-ils les dérives du
régime, qu'est ce que cela vous inspire?
J’ai le sentiment que le PDS est un parti qui excelle davantage dans
l’opposition que dans l’exercice du pouvoir. On peut leur faire
confiance pour créer la panique dans la haute administration
sénégalaise. Même si le parti, suite à la perte du pouvoir, n’est plus
aussi puissant qu’il y a à peine quelques mois, il pourrait réussir le
pari de la mobilisation. Autant les partis qui constituent BBY
rechignaient à mettre la main à la poche pour transporter des
militants à la place de l’obélisque, autant le PDS se donnera les
moyens de créer une véritable mobilisation. Avec la Cour de répression
de l’enrichissement illicite, ce parti est acculé et est au dos au
mur. Il bande des muscles pour tenter de desserrer l’étau. Il y va de
sa survie.
Cependant, la date du 6 Décembre pourrait aussi leur être fatale. Ils
ont beaucoup à perdre à défier l’autorité. Cette dernière pourrait se
raidir et leur mener une guerre sans merci. Si la tête du PDS est
décapitée, de nombreux membres pourraient chercher refuge auprès de
l’APR ou de la Convergence Démocratique BGG (Pape Diop).
Comment voyez vous l'avenir du Pds? Selon vous, lequel des seconds
couteaux de Wade présente le profil pour succéder au "Pape du
Sopi"?
Le PDS en étant dans l’opposition perd bien évidemment de sa superbe.
D’abord parce que l’opposition ne confère aucun avantage matériel
pouvant attirer les militants, les sympathisants et les «
alimentaires». Ensuite, le leader historique du parti (A. Wade) n’a
rien fait pour assurer la survie d’un parti uni et fort. Pendant 38
ans (26 ans +12 ans) tout a été capitalisé autour de sa personne.
Comme, ils aimaient à le répéter tous : « Wade était la seule
constante, tous les autres étant des variables ». Aujourd’hui la
retraite (politique et physique) constatée de la constante crée un
vide que beaucoup de variables essaient de remplir. Chacun se pensant
plus outillé (intellectuellement, financièrement ou politiquement)
pour reprendre l’héritage. Pape Diop qui se voyait déjà intronisé,
s’est remis de sa déconvenue en créant son parti et en emportant sa
tirelire et un grand nombre de militants. D’autres (Souleymane Ndéné
Ndiaye, Modou Diagne Fada, Aliou Sow, Serigne Mbacké Ndiaye…)
attendent avec impatience le congrès pour savoir s’ils peuvent prendre
la place de Oumar Sarr.
Que vous inspire le cas Karim Wade?
En une dizaine d’années, Karim Wade a eu à concentrer entre ses mains,
des pouvoirs extraordinaires. De parfait néophyte politique, il est
passé en grand sherpa de la galaxie Wade, couru de tous ceux qui
voulaient se rapprocher de son père ou tout simplement se voir ouvrir
des portes dans une quelconque sphère de l’Etat. Son pouvoir fut donc
réel. Il est dès lors normal que la justice tente de faire la lumière
sur ce « cas ».
D'aucuns trouvent que la traque est une mascarade, partagez vous leur avis?
Seul l’avenir nous dira s’il s’agissait d’une mascarade. En tout cas,
j’imagine mal les nouvelles autorités jouer la comédie, parce que
l’effet boomerang serait incommensurable pour eux.
Macky Sall vient de boucler 7 mois, quel bilan tirez-vous de son magistère?
En 8 mois, on ne peut pas tirer le bilan d’un magistère. Il y a
cependant des orientations à analyser. Macky Sall avait promis la
rupture. Il était attendu sur deux terrains : celui de
l’assainissement des institutions et celui de la cherté des denrées de
première nécessité. En ce qui concerne les denrées, la baisse est
toujours attendue. Sur un registre assez proche, il faut saluer la
décision d’abaisser certains impôts à partir de 2013. Maintenant, il
reste à savoir comment le Trésor Public s’en tirera. Relativement aux
institutions, nous remarquons que l’actuelle Ministre de la Justice,
Garde des sceaux a une réelle volonté de faire bouger les lignes. Elle
me fait vraiment une très bonne impression.
D’un autre côté, on voit ressurgir des pratiques que les sénégalais ne
voulaient plus voir :
1- Des ministres enlevés du gouvernement trouvent une planque à la
Présidence. Lorsqu’un Ministre remercié du Gouvernement se retrouve
avec un grade de Ministre d’Etat, c’est une promotion. Ce qui est tout
de même assez paradoxal. Et dans ce cas, nous ne sommes plus dans la
rupture.
2- Des DG remerciés se retrouvent Ministres conseillers du PR. Soit la
personne remerciée l’a été pour insuffisance de résultats et dans ce
cas, rien ne justifie sa cooptation au palais. Soit elle est tellement
compétente que le PR ne peut se passer de ses services, et dans ce cas
pourquoi l’avoir débarquée? Là encore, nous sommes loin de la rupture
promise. 3- La presse fait régulièrement cas de népotisme et de
copinage qui ne disent pas leur nom dans la sphère étatique. Les
dernières nominations dans certaines directions peuvent heurter
lorsqu’on connaît le profil des personnes concernées. Là aussi, on
était en droit d’attendre beaucoup mieux. 4- On peut aussi
s’interroger sur l’inadéquation entre les paroles et les actes. Après
avoir déclaré que les religieux étaient des « citoyens ordinaires »,
les nouvelles autorités ne ratent aucune occasion pour faire ce qui
est pudiquement appelé « une tournée d’information dans les foyers
religieux ». Il faudrait savoir. Ou ils sont exceptionnels et le
gouvernement les traite comme tels ou bien ils sont « ordinaires » et
il agit en conséquence.
Quid du cas Cheikh Béthio Thioune?
Je n’ai aucun commentaire à faire à ce sujet. J’espère juste que le
droit sera dit, sans aucune forme d’interférence.
Votre mot de la fin?
Que Dieu préserve le Sénégal.
faites-vous de la traque des biens supposés mal acquis?
Abdou Lô: Au delà d’être une exigence sociale fortement attendue et
suivie par l’ensemble de la population sénégalaise, cette « traque »,
comme vous l’appelez, est une initiative salutaire pour l’avenir de la
gouvernance politique et économique de notre pays. Si elle est menée à
son terme, cette initiative donnera un signal fort à tous ceux qui
auront à gérer dorénavant les ressources nationales. Il s’agira d’un
acquis que les sénégalais, de plus en plus exigeants avec les
politiques, n’accepteront pas de perdre. Il n' y aura pas de retour en
arrière possible. Tous les candidats seront obligés de suivre le
sillon tracé par le régime actuel.
Partagez-vous l'avis de certains membres du Pds qui assimilent la
traque à une chasse aux sorcières?
Ce qui nous intéresse en tant que citoyen ordinaire, c’est le
recouvrement des biens mal acquis et une sanction exemplaire pour tous
ceux qui auront été reconnus coupables. Maintenant, ces membres du PDS
ont beau jeu de ramener l’initiative à une chasse aux sorcières. On
est dans le domaine du politique et donc dans une bataille d’opinion.
Ils tentent de se disculper comme ils le peuvent aux yeux de
l’opinion. Mais la bataille est avant tout juridique. Maintenant, ils
auront raison si au final, seuls les leurs sont concernés par les
enquêtes. Il ne faudrait pas que des personnes identifiées par des
rapports comme « délinquants » économiques soient, du fait de leur
proximité avec le nouveau régime, protégées. Les électeurs le feraient
payer très chèrement au Président Macky Sall.
Le Pds annonce qu'il va assiéger la place de l'Obélisque le 6
décembre prochain aux fins de dénoncer disent-ils les dérives du
régime, qu'est ce que cela vous inspire?
J’ai le sentiment que le PDS est un parti qui excelle davantage dans
l’opposition que dans l’exercice du pouvoir. On peut leur faire
confiance pour créer la panique dans la haute administration
sénégalaise. Même si le parti, suite à la perte du pouvoir, n’est plus
aussi puissant qu’il y a à peine quelques mois, il pourrait réussir le
pari de la mobilisation. Autant les partis qui constituent BBY
rechignaient à mettre la main à la poche pour transporter des
militants à la place de l’obélisque, autant le PDS se donnera les
moyens de créer une véritable mobilisation. Avec la Cour de répression
de l’enrichissement illicite, ce parti est acculé et est au dos au
mur. Il bande des muscles pour tenter de desserrer l’étau. Il y va de
sa survie.
Cependant, la date du 6 Décembre pourrait aussi leur être fatale. Ils
ont beaucoup à perdre à défier l’autorité. Cette dernière pourrait se
raidir et leur mener une guerre sans merci. Si la tête du PDS est
décapitée, de nombreux membres pourraient chercher refuge auprès de
l’APR ou de la Convergence Démocratique BGG (Pape Diop).
Comment voyez vous l'avenir du Pds? Selon vous, lequel des seconds
couteaux de Wade présente le profil pour succéder au "Pape du
Sopi"?
Le PDS en étant dans l’opposition perd bien évidemment de sa superbe.
D’abord parce que l’opposition ne confère aucun avantage matériel
pouvant attirer les militants, les sympathisants et les «
alimentaires». Ensuite, le leader historique du parti (A. Wade) n’a
rien fait pour assurer la survie d’un parti uni et fort. Pendant 38
ans (26 ans +12 ans) tout a été capitalisé autour de sa personne.
Comme, ils aimaient à le répéter tous : « Wade était la seule
constante, tous les autres étant des variables ». Aujourd’hui la
retraite (politique et physique) constatée de la constante crée un
vide que beaucoup de variables essaient de remplir. Chacun se pensant
plus outillé (intellectuellement, financièrement ou politiquement)
pour reprendre l’héritage. Pape Diop qui se voyait déjà intronisé,
s’est remis de sa déconvenue en créant son parti et en emportant sa
tirelire et un grand nombre de militants. D’autres (Souleymane Ndéné
Ndiaye, Modou Diagne Fada, Aliou Sow, Serigne Mbacké Ndiaye…)
attendent avec impatience le congrès pour savoir s’ils peuvent prendre
la place de Oumar Sarr.
Que vous inspire le cas Karim Wade?
En une dizaine d’années, Karim Wade a eu à concentrer entre ses mains,
des pouvoirs extraordinaires. De parfait néophyte politique, il est
passé en grand sherpa de la galaxie Wade, couru de tous ceux qui
voulaient se rapprocher de son père ou tout simplement se voir ouvrir
des portes dans une quelconque sphère de l’Etat. Son pouvoir fut donc
réel. Il est dès lors normal que la justice tente de faire la lumière
sur ce « cas ».
D'aucuns trouvent que la traque est une mascarade, partagez vous leur avis?
Seul l’avenir nous dira s’il s’agissait d’une mascarade. En tout cas,
j’imagine mal les nouvelles autorités jouer la comédie, parce que
l’effet boomerang serait incommensurable pour eux.
Macky Sall vient de boucler 7 mois, quel bilan tirez-vous de son magistère?
En 8 mois, on ne peut pas tirer le bilan d’un magistère. Il y a
cependant des orientations à analyser. Macky Sall avait promis la
rupture. Il était attendu sur deux terrains : celui de
l’assainissement des institutions et celui de la cherté des denrées de
première nécessité. En ce qui concerne les denrées, la baisse est
toujours attendue. Sur un registre assez proche, il faut saluer la
décision d’abaisser certains impôts à partir de 2013. Maintenant, il
reste à savoir comment le Trésor Public s’en tirera. Relativement aux
institutions, nous remarquons que l’actuelle Ministre de la Justice,
Garde des sceaux a une réelle volonté de faire bouger les lignes. Elle
me fait vraiment une très bonne impression.
D’un autre côté, on voit ressurgir des pratiques que les sénégalais ne
voulaient plus voir :
1- Des ministres enlevés du gouvernement trouvent une planque à la
Présidence. Lorsqu’un Ministre remercié du Gouvernement se retrouve
avec un grade de Ministre d’Etat, c’est une promotion. Ce qui est tout
de même assez paradoxal. Et dans ce cas, nous ne sommes plus dans la
rupture.
2- Des DG remerciés se retrouvent Ministres conseillers du PR. Soit la
personne remerciée l’a été pour insuffisance de résultats et dans ce
cas, rien ne justifie sa cooptation au palais. Soit elle est tellement
compétente que le PR ne peut se passer de ses services, et dans ce cas
pourquoi l’avoir débarquée? Là encore, nous sommes loin de la rupture
promise. 3- La presse fait régulièrement cas de népotisme et de
copinage qui ne disent pas leur nom dans la sphère étatique. Les
dernières nominations dans certaines directions peuvent heurter
lorsqu’on connaît le profil des personnes concernées. Là aussi, on
était en droit d’attendre beaucoup mieux. 4- On peut aussi
s’interroger sur l’inadéquation entre les paroles et les actes. Après
avoir déclaré que les religieux étaient des « citoyens ordinaires »,
les nouvelles autorités ne ratent aucune occasion pour faire ce qui
est pudiquement appelé « une tournée d’information dans les foyers
religieux ». Il faudrait savoir. Ou ils sont exceptionnels et le
gouvernement les traite comme tels ou bien ils sont « ordinaires » et
il agit en conséquence.
Quid du cas Cheikh Béthio Thioune?
Je n’ai aucun commentaire à faire à ce sujet. J’espère juste que le
droit sera dit, sans aucune forme d’interférence.
Votre mot de la fin?
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