Grève des enseignants / Sonko ferme sur les ponctions salariales: « Personne ne peut nous mettre à l’usure »

S'exprimant lors de la cérémonie de clôture du 9e anniversaire du MONEP, le Premier ministre Ousmane Sonko a tenu un message sans ambiguïté aux syndicats d'enseignants : l'État appliquera les retenues sur salaires pour les jours de grève, conformément aux textes en vigueur, mais aucun fonctionnaire n'ayant pas débrayé ne sera injustement ponctionné. Il a également réaffirmé l'engagement du gouvernement à réformer en profondeur le système de rémunération de la fonction publique.


C'est dans une salle visiblement tendue qu'Ousmane Sonko a pris la parole, ce vendredi, à l'occasion du 9e anniversaire du Mouvement national des enseignants patriotes (MONEP). Face aux délégués syndicaux, le chef du gouvernement n'a pas cherché à ménager son auditoire. Ses premiers mots ont d'emblée fixé le ton : « Moi, voilà ce que je veux : vous le ferez, ou j'arrête les enseignements. » Une entrée en matière abrupte, qui résume l'état des relations entre l'exécutif et une partie du corps enseignant depuis plusieurs mois.

 

Un bilan défendu, une réforme promise

 

Sur le fond, le Premier ministre a d'abord rappelé les avancées accomplies. Affirmant que le gouvernement a rempli « plus de la moitié des engagements » pris envers le secteur de l'éducation en seulement deux ans sur un mandat de cinq ans, il a rejeté les injonctions des syndicats réclamant des réformes immédiates. « Sur un mandat de cinq ans, en deux ans, on a fait plus de la moitié des engagements. Et vous nous dites tout de suite et maintenant », a-t-il lancé.

 

Sur la question de la rémunération au cœur des revendications enseignantes, Sonko a assumé ses positions passées. « Depuis l'opposition, j'ai toujours dit que le système de rémunération présente beaucoup d'injustice et d'iniquité. Il faut le réajuster », a-t-il déclaré, ajoutant avoir été lui-même fonctionnaire dans un corps « très largement privilégié par rapport à d'autres ». Il a confirmé qu'un comité travaille actuellement au sein du ministère des Finances sur la base de travaux initiés en 2013-2014, avec pour objectif de rendre le système « plus juste et plus équitable » pour tous les corps de la fonction publique, enseignants, infirmiers, médecins inclus. Mais il a prévenu : une réforme portant sur près de 200 000 fonctionnaires ne saurait se faire « en un mois, en six mois ».

 

Ponctions, la ligne rouge et l’instruction ferme

 

Le Premier ministre a toutefois posé une réserve de taille concernant les retenues sur salaires opérées sur les agents grévistes. Il a affirmé avoir donné des « instructions fermes » au ministre de l'Éducation nationale et l'avoir rappelé en Conseil des ministres : des enseignants n'ayant pas participé aux mouvements de grève auraient néanmoins subi des ponctions. « Vérifiez-moi ça, et restituez à ces enseignants leur dû, si effectivement ils n'ont pas fait grève », a-t-il ordonné.

 

En revanche, Sonko a maintenu sans réserve le principe de la retenue sur salaire pour les jours non travaillés. Invoquant la symétrie juridique entre le droit de grève et le droit de l'État à ne pas rémunérer un service non rendu, il a déclaré : « Ce n'est ni un délit, ni un crime, c'est l'exercice réciproque de droits conférés aux uns et aux autres. » Il a par ailleurs dénoncé ce qu'il juge être une incohérence syndicale : mener des actions de grève tout en exigeant un salaire plein. « Même en tant que croyant, on doit me refuser ça. Parce que c'est un salaire indu », a-t-il servi. 

 

La métaphore de la guerre et l'appel à la raison

 

Rappelant que des rencontres avaient eu lieu avec le ministre des Finances et les ministres sectoriels concernés, et que les syndicats en étaient « sortis satisfaits », Sonko a reproché aux organisations enseignantes d'avoir maintenu leur plan d'action malgré l'avancée des discussions. Recourant à une image guerrière, il a comparé la situation à une négociation de paix où « tant que l'accord n'est pas paraphé, les missiles continuent de tomber de part et d'autre ». Avant de conclure sur un avertissement : « Que les enseignants sachent que personne ne peut nous mettre à l'usure. »

 

Malgré la fermeté du ton, le Premier ministre a insisté sur sa volonté de ne pas verser dans le « contentieux ou le conflit », réaffirmant avoir donné des instructions pour que le gouvernement reste « très ouvert » au dialogue. 

 

Un équilibre délicat entre rigueur de l'État et main tendue, dans un secteur où la tension sociale reste palpable à quelques semaines de la fin de l'année scolaire.

Vendredi 3 Avril 2026
Dakaractu



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