FMI et dette : Abdourahmane Sarr appelle l’Exécutif et l’Assemblée à clarifier la stratégie du Sénégal

À la veille du déplacement du président de la République à Washington, l’ancien ministre de l’Économie Abdourahmane Sarr alerte sur les conséquences d’une éventuelle restructuration de la dette. Dans une contribution publiée par L’Observateur, il réclame une concertation entre l’Exécutif et l’Assemblée nationale avant toute décision engageant durablement la stratégie financière du Sénégal.


Dans une tribune publiée par L’Observateur, Abdourahmane Sarr revient sur les dernières précisions de la direction de la Communication du Fonds monétaire international concernant le Sénégal et la soutenabilité de sa dette.
 
L’ancien ministre de l’Économie estime que les déclarations du FMI méritent une attention particulière à la veille du déplacement annoncé du président de la République à Washington les 14 et 15 septembre. Selon lui, le FMI évoque la nécessité de restaurer la soutenabilité des finances publiques sénégalaises, tout en considérant que la dette actuelle est insoutenable et qu’un besoin de financement doit être couvert, notamment avec une contribution des créanciers.
 
Il relève toutefois que le Fonds rappelle que le choix final appartient au Sénégal et que son rôle serait principalement de faciliter les discussions.
 
Abdourahmane Sarr considère qu’une clarification est indispensable concernant le cadre d’analyse de soutenabilité qui sera finalement retenu. Il affirme avoir établi, depuis un rapport publié en mars 2026, que le cadre actuellement appliqué aux pays à faible revenu ne correspondrait pas à la situation particulière du Sénégal, qui est un pays ayant accès aux marchés.
 
L’ancien ministre s’interroge surtout sur le recours au « Cadre commun » évoqué dans le communiqué de fin de mission du FMI. Selon lui, entrer dans ce mécanisme signifierait restructurer la dette sénégalaise.
 
Il rappelle que le FMI ne peut pas imposer directement une restructuration à un État souverain. En revanche, le Fonds ne pourrait pas poursuivre un programme si la trajectoire de la dette n’est pas considérée comme viable. Pour Abdourahmane Sarr, la décision devient donc hautement stratégique.
 
Il estime que le président de la République ne devrait pas engager le pays dans cette voie avant que la nécessité d’une telle option ne soit clairement démontrée. Il fait notamment référence aux conséquences déjà observées sur les marchés et sur la notation souveraine après les premières annonces.
 
Abdourahmane Sarr défend parallèlement le rôle du marché financier régional, qui aurait démontré sa capacité à couvrir une partie importante des besoins de financement du Sénégal en francs CFA. Il déconseille ainsi d’interrompre les plans de financement prévus entre septembre et décembre sur ce marché.
 
Il préconise la poursuite des ajustements nécessaires, la mobilisation parallèle de financements concessionnels et la prise en compte des arriérés intérieurs. Il met également en garde contre la création artificielle d’un besoin de financement résiduel qui servirait ensuite à justifier une restructuration.
 
Pour l’ancien ministre, le Sénégal ne devrait pas devenir un « cas test » du passage d’une stratégie de refinancement fonctionnelle sur le marché régional à une restructuration dans le cadre commun, d’autant plus que la méthodologie d’analyse de soutenabilité de la dette serait elle-même en cours de réexamen au FMI.
 
Abdourahmane Sarr relève enfin que la direction de la Communication du FMI reconnaît elle-même que les difficultés rencontrées par de nombreux pays africains relèvent principalement de problèmes de liquidité. Il estime que le Sénégal se trouve précisément dans ce cas.
Samedi 12 Septembre 2026
Dakaractu



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