La 89ᵉ session ordinaire de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples (CADHP) s'est ouverte ce lundi à Dakar, en présence du ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Maître Moussa Sarr. Dans son discours d'ouverture, le président de la Commission, le Dr Idrissa Sow, est revenu sur l’état des lieux des droits humains sur le continent, entre « évolutions positives » et sujets de préoccupation.
La cérémonie coïncide avec la commémoration des 45 ans de l'adoption de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples et des 40 ans de son entrée en vigueur. Un hommage sera rendu aux juristes et leaders africains qui ont doté le continent de ce système de protection durant les deux derniers jours de la session. Le Dr Sow a remercié le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye d'avoir accepté d'accueillir les assises à Dakar et pour les facilités mises à la disposition de la Commission. Parmi les avancées de l'intersession, le président de la CADHP a cité, pour le Sénégal, l'institution d'un dialogue annuel entre le ministère de la Justice et la société civile, ainsi que la création d'un Comité national de politique pénale. Il a aussi salué la ratification par la Gambie et le Ghana de la Convention de l'Union africaine sur l'élimination de la violence à l'égard des femmes et des filles, et encouragé les autres États à suivre. La Commission a également noté les efforts en faveur de processus électoraux pacifiques et crédibles au Cabo Verde, en Zambie et à São Tomé-et-Príncipe, ainsi que des mesures de grâce et de libération de détenus au Bénin, en Mauritanie, en Côte d'Ivoire et au Tchad. Ces gestes peuvent contribuer à l'apaisement, a-t-il nuancé, « pourvu qu'ils s'inscrivent dans un engagement durable en faveur de l'État de droit ». Il a enfin évoqué les initiatives de transformation locale des matières premières au Burkina Faso et en Guinée, ainsi que les efforts diplomatiques du Togo pour une représentation plus juste de l'Afrique dans les représentations cartographiques internationales.
Ces progrès ne doivent cependant pas masquer l'ampleur des défis, a averti le Dr Sow. Il a pointé les conflits armés au Sahel, au Soudan, dans l'est de la République démocratique du Congo, en Centrafrique et en Somalie, générateurs de déplacements forcés et de besoins humanitaires immenses. Selon lui, la mission d'établissement des faits de la Commission sur le Soudan a documenté de graves violations. En avril 2026, plus de 8,6 millions de personnes étaient déplacées à l'intérieur du pays et plus de 4 millions avaient fui vers l'étranger. En Éthiopie, la reprise des hostilités dans certaines parties du Tigré, de l'Afar et de l'Amhara menace les acquis de l'accord de paix de Pretoria, et la CADHP a appelé les belligérants au dialogue et à la protection des civils. Sur le terrorisme, le président de la Commission a réaffirmé qu'il s'agit d'une nécessité pour protéger les populations, mais que cette lutte « ne saurait devenir un espace d'exception aux droits fondamentaux ». Il a également jugé préoccupants les restrictions imposées aux partis d'opposition, les entraves à la participation citoyenne et les limites croissantes à l'action de la société civile. Il a cité la suspension de 245 organisations au Burkina Faso en juin dernier, rappelant qu'une démocratie « ne se résume pas à l'organisation d'élections ».
Le Dr Sow a aussi alerté sur le droit à un environnement sain, soulignant l'impact du changement climatique sur les communautés africaines, et sur l'accès à l'eau et à l'assainissement, qu'il juge prioritaire. Sur la migration, il a déploré la mort chaque année de milliers de personnes, dont de nombreux jeunes, en Méditerranée, dans l'Atlantique ou dans le désert, estimant que la réponse ne peut se limiter au contrôle des frontières. Il a enfin dénoncé les actes et discours de rejet visant des ressortissants africains : « L'unité africaine ne peut être proclamée dans les textes et démentie dans la vie quotidienne. » Plaidant pour une place accrue de l'Afrique dans l'élaboration des normes internationales, sans remettre en cause l'universalité des droits humains, le président de la CADHP a insisté sur la redevabilité : les responsables des violations les plus graves doivent répondre de leurs actes, et les victimes avoir accès à la vérité, à la justice et à la réparation. Concluant son propos, il a estimé que l'avenir de la Charte africaine « reste à écrire » et réitéré l'engagement de la Commission à bâtir, avec toutes les parties prenantes, les synergies nécessaires pour asseoir la primauté du droit sur le continent.
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