Apiculture dans le Delta du Saloum : L'État et l’OIT veulent étendre l’initiative à sept régions du Sénégal


L'Organisation internationale du Travail (OIT) et le gouvernement du Sénégal veulent faire de l'expérience du Delta du Saloum un modèle national. La directrice du bureau de l'OIT à Dakar, Samira Daoud, et le ministre de l'Élevage, Maître Ousmane Diagne, sont revenus sur le projet « Emplois verts pour les femmes et les jeunes dans le Delta du Saloum » lors de la journée de promotion « Made in Delta du Saloum », tenue ce samedi à Dakar. Le ministre a profité de l'occasion pour formuler une demande de mise à l'échelle, auprès de l'OIT, dans sept régions apicoles du pays.
 
Financé par le Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), le projet repose, selon Samira Daoud, sur « une conviction simple » : créer des emplois décents en protégeant la mangrove, et non à ses dépens. Dans cette réserve de biosphère, classée au patrimoine mondial, exposée au changement climatique, il s'agissait d'offrir une perspective aux jeunes et aux femmes, a-t-elle expliqué. Les produits présentés au public, à savoir des huîtres, des arches, du miel de mangrove et du miel de forêt, sont, dit-elle, « d'abord des histoires de femmes et de jeunes du Delta du Saloum ».
 
La directrice de l'OIT a détaillé les résultats. Au total, 530 femmes et jeunes ont été formés à l'élevage moderne des huîtres et des arches, en partenariat avec l'Agence nationale de l'Aquaculture, 407 aux techniques apicoles et 400 à l'entrepreneuriat vert. Vingt jeunes sont devenus menuisiers apicoles et fabriquent désormais les ruches sur place. Quinze sociétés coopératives ont été constituées selon les normes OHADA, ce qui permet aux producteurs de passer de l'informel à un statut reconnu, capable de signer des contrats. Sur le terrain, 755 ruches modernes sont installées dans vingt ruchers-écoles, un parc ostréicole de 7,3 tonnes est en place à Dassilamé Sérère et un parc d'arches de 6,5 tonnes à Bangalère. L'unité de dépuration de Némabah a été réhabilitée et le Centre apicole ALFANG de Djilor assure le conditionnement du miel.
 
Sur le plan social, 3.471 personnes sont désormais couvertes par l'assurance maladie via l'UDAM de Foundiougne, et deux produits d'assurance agricole ont été conçus avec la CNAAS pour le miel et les mollusques. Samira Daoud a avancé le chiffre de 1.200 emplois créés ou soutenus, dont 70 % de femmes et 30 % de jeunes. Il y’a également sur le volet commercial, cinquante produits du miel et des mollusques ont obtenu leur autorisation FRA. Un label territorial « Delta du Saloum » est en cours de finalisation pour décembre 2026. Une start-up de commercialisation a également été créée pour relier les quinze coopératives aux acheteurs : regrouper l'offre, garantir la qualité, organiser les livraisons et suivre les contrats. Elle devait être présentée officiellement dans l'après-midi, et ses membres devaient recevoir leurs attestations de formation. Des rencontres B2B étaient prévues pour discuter volumes, prix, conditionnement et fréquence d'approvisionnement. Samira Daoud a lancé trois appels : aux hôteliers, restaurateurs et distributeurs, pour qu'ils passent commande, aux autorités, pour qu'elles soutiennent le label et la consommation locale, et aux producteurs, invités à être « les premiers ambassadeurs » de leurs produits.
 
Maître Ousmane Diagne a salué des résultats qui, selon lui, montrent qu'avec de la formation, de l'organisation et une meilleure connexion aux marchés, une activité encore largement informelle peut devenir une chaîne de valeur structurée. Pour l'apiculture, il a cité l'organisation des maillons de la filière, du producteur à la commercialisation, ainsi que l'accès à des circuits plus formels, dont la grande distribution, la restauration et l'hôtellerie. Il a indiqué que la labellisation d'origine contrôlée du miel de mangrove est engagée. « L'apiculture n'est plus une activité marginale », a-t-il affirmé, la décrivant comme une activité porteuse d'emplois et de revenus, notamment pour les femmes et les jeunes.
 
Le ministre a ensuite lancé un appel direct à l'OIT. Il souhaite que l'expérience du Delta soit reproduite dans les sept régions apicoles du Sénégal : Ziguinchor, Sédhiou, Kolda, Kédougou, Fatick, Tambacounda et Matam. Selon lui, la requête de mise à l'échelle déjà portée auprès de l'organisation en constitue « la traduction opérationnelle ». Cette extension devra, a-t-il dit, s'appuyer sur les comités locaux de suivi éprouvés à Foundiougne et préserver les principes de la réussite : gouvernance locale, formation, accompagnement des coopératives, exigence de qualité et de traçabilité, accès aux marchés. Elle s'inscrit, selon lui, dans la Stratégie nationale de développement de la filière apicole (SNDFA 2025-2034) et dans l'Agenda 2050. Le département prévoit en outre de doter l'apiculture d'un document stratégique et d'un cadre réglementaire encadrant l'élevage des abeilles et la commercialisation des produits de la ruche.
 
Le ministre, pour finir, a souhaité que l'OIT renforce son intervention dans la formation professionnelle du secteur de l'élevage, dans les métiers de production, de transformation, de commercialisation, d'entrepreneuriat et de gestion des chaînes de valeur, avec des curricula adaptés aux réalités des territoires. De son côté, Samira Daoud a assuré que l'OIT resterait aux côtés du gouvernement, des autorités territoriales, des employeurs et des travailleurs pour que « le travail décent et la transition juste » se vivent concrètement « jusque dans les îles du Saloum ».
Lundi 12 Octobre 2026
Dakaractu



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