L’ancien Premier ministre de Wade et quelques-uns de ses ministres ont pris possession de terres dans la zone de Notto Tassette, sans pour autant les mettre en valeur, laissant les paysans sans recours et dans le besoin.
La Grande offensive agricole pour la nourriture et l’alimentation (Goana) lancée en 2008 par le Président Abdoulaye Wade, avait servi à l’époque de prétexte à une vaste expropriation des terres paysannes à travers le territoire national. Si des cas ont été fortement médiatisés pour diverses raisons, comme à Mbane, dans le Walo, ou à Fanaye Diery, d’autres cas ont eu des conséquences tout aussi dramatiques, même s’ils n’ont pas connu d’effusion de sang.
Des paysans qui avaient été obligés de céder leurs terres, se retrouvent aujourd’hui, dépossédés et sans recours face à des personnes dont l’assise financière et l’influence politique n’ont de comparaison que le dénuement et la faiblesse institutionnelle de ceux qui s’opposent à eux. C’est le cas ici des paysans membres de l’Association rurale des agriculteurs de Notto (Aran), qui dénoncent l’expropriation dont certains de leurs congénères ont été victimes de la part de diverses personnalités de la République. Parmi celles épinglées, l’ancien Premier ministre Cheikh Hadjibou Soumaré, aujourd’hui président de la Commission de l’Uemoa, en résidence à Ouagadougou, les anciens ministres Oumou Khaïry Guèye Seck (Elevage), Khadim Guèye (Agriculture), et Moustapha Sourang (Education, puis Forces armées).
Les fausses promesses de Hadjibou
Mamadou Guèye, membre du Conseil rural de Mandang Wolof, dans le département de Notto, et membre de l’Aran, dont le siège se trouve à Tassette, explique qu’en 2008, après que le président de la République a lancé sa Goana, «le Premier ministre Hadjibou Soumaré est venu dans la zone, accompagné du préfet de Notto. Il était venu solliciter 150 ha de terre. Il nous a promis d’amener de l’électricité, d’améliorer la route pour désenclaver notre zone. Plus encore, il a promis que grâce à la Goana, il allait trouver du travail à nos jeunes, et permettre à ceux qui le voudraient, d’acquérir une formation».
A la suite de M. Guèye, les autres membres de l’association, qui avaient une rencontre le mercredi dernier avec des responsables de la Fédération des Ong agricoles du Sénégal (Fongs) et des journalistes de la presse internationale et nationale, ont renchéri que les déclarations du Premier ministre ont fait que la délibération du Conseil rural a été expédiée rapidement, et la décision d’attribution prise en deux temps trois mouvements.
Les mêmes personnes indiquent qu’il n’a pas fallu longtemps aux populations locales pour déchanter. Comme l’explique un autre membre du Conseil rural, M. Moussa Diop, aucune des promesses de M. Soumaré n’a connu de début de réalisation. En fait, ses collègues et lui expliquent, le Premier ministre a cultivé 6 ha la première année, «et il n’est plus jamais revenu. Sauf pour nous amener un moulin à mil». Entretemps, il a eu le temps de faire clôturer les 150 ha de terre qui lui ont été attribués, et la population n’a plus le moyen d’y faire une quelconque exploitation, étant donné que, par décision du Conseil rural, ces terres lui appartiennent.
Le Pm bien accompagné
L’ancien Premier ministre n’est pas le seul dans ce cas. Les populations de Tassette et alentours pointent également l’index sur les anciens membres du gouvernement, MM. Moustapha Sourang et Khadim Guèye, ainsi que sur Mme Oumou Khaïry Guèye Seck. Les villageois indiquent que le ministre Sourang a reçu 111 ha dans le village de Ngaye Ngaye, tandis que les ministre Khadim Guèye et sa consœur de l’Elevage Mme Guèye Seck ont reçu respectivement 5 et 11 ha à Keur Cheikh Madiop. Aucun de ces dirigeants politiques n’a mis en valeur les terres qui lui avaient été accordées. Pour les paysans, c’est comme si l’on voulait juste les déposséder de leurs terres sans aucune contrepartie, pour des motifs inavoués. Ensemble, les terres spoliées atteindraient les 300 ha, si l’on tient compte du fait que l’un des mis en cause serait intervenu pour faire avancer le dossier d’un agroindustriel très célèbre, qui désirait 30 ha de plus, alors qu’il en possède déjà 80 pour son exploitation.
Oumou Khaïry Guèye Seck rejette
Le Quotidien a voulu en savoir un peu plus et tenté de recueillir les avis des personnes impliquées. Malheureusement, de tout ce monde, seule Mme Oumou Khaïry Guèye Seck a pu être jointe. Le contact téléphonique de l’ancien ministre Khadim Guèye rejetait systématiquement les appels. Le second de ses numéros se trouvait hier en possession d’un jeune enfant, qui a déclaré ne pas connaître de Khadim Guèye. Moustapha Sourang et Hadjibou Soumaré non plus n’ont pu être joints.
Pour sa part, après avoir tenté de nier les faits, l’ancien ministre de l’Elevage a reconnu avoir été attributaire des terres à Keur Cheikh Madiop. Mais elle a tenu à préciser aussitôt après, qu’elle n’en a jamais voulu. Expliquant : «C’était il y a deux ou trois ans, les populations se plaignaient, disant qu’elles ne voulaient pas que des gens viennent prendre leurs terres. Et moi, j’ai dit au président du Conseil rural que je renonce.» L’ancien responsable de l’élevage a ajouté qu’elle n’a jamais mis les pieds dans la contrée, n’y a jamais cultivé, ni exploité quoi que ce soit, échaudée qu’elle était par la levée des boucliers des populations du terroir.
Après ces déclarations, Mme Guèye Seck a rappelé Le Quotidien environ trois quarts d’heure plus tard, pour indiquer qu’elle venait de s’adresser au Pcr, qui lui a affirmé qu’il n’existait aucune mention d’attribution de terres à son nom. De manière étonnante, Le Quotidien malgré toutes les tentatives, n’a pu joindre ledit Pcr au téléphone.
Pratique courante sous Wade
Les dépossessions des populations villageoises de leurs terres sont des pratiques assez courantes du régime de l’ancien Président Wade. Si M. Cheikh Hadjibou Soumaré et quelques ministres de son gouvernement ont été pris dans le Thiénaba, sur environ 300 ha, ils ne sont sûrement pas les seuls dans ce cas. D’autres ont certainement eu à sévir ailleurs, ou même derrière des prête-noms.
Le cas le plus connu de terres prises sous prétexte de la Goana est celui de l’autre ministre du gouvernement Soumaré, Mme Aïda Mbodji, qui s’est arrangée pour se faire attribuer une centaine d’hectares dans le périmètre du Centre national de ressources agricoles (Cnra) de Bambey, ville dont elle est la mairesse, pour faire des cultures. Sous quelles conditions avait-elle pu obtenir lesdites terres ? Qu’en a-t-elle fait en réalité et pour quelle destination ? A part elle, seul sans doute pourrait répondre à cette question, le directeur Macoumba Diouf, de l’Institut sénégalais de recherche agricole (Isra), dont dépend le Cnra.
On ne reviendra pas non plus sur le cas de Mbane où le Conseil rural a accordé plus de terres qu’il n’en possédait, mais des hauts personnages qui s’approprient des terres pour les laisser en friche, au détriment des populations, le Sénégal en voit beaucoup, et partout. Dans la zone de Notto Tassette, un leader religieux s’est fait attribuer plus de mille hectares, qui restent en friche, alors que déjà, des paysans sans terre existent dans la zone. Mais cela, c’était avant la Goana.
mgueye@lequotidien.sn
La Grande offensive agricole pour la nourriture et l’alimentation (Goana) lancée en 2008 par le Président Abdoulaye Wade, avait servi à l’époque de prétexte à une vaste expropriation des terres paysannes à travers le territoire national. Si des cas ont été fortement médiatisés pour diverses raisons, comme à Mbane, dans le Walo, ou à Fanaye Diery, d’autres cas ont eu des conséquences tout aussi dramatiques, même s’ils n’ont pas connu d’effusion de sang.
Des paysans qui avaient été obligés de céder leurs terres, se retrouvent aujourd’hui, dépossédés et sans recours face à des personnes dont l’assise financière et l’influence politique n’ont de comparaison que le dénuement et la faiblesse institutionnelle de ceux qui s’opposent à eux. C’est le cas ici des paysans membres de l’Association rurale des agriculteurs de Notto (Aran), qui dénoncent l’expropriation dont certains de leurs congénères ont été victimes de la part de diverses personnalités de la République. Parmi celles épinglées, l’ancien Premier ministre Cheikh Hadjibou Soumaré, aujourd’hui président de la Commission de l’Uemoa, en résidence à Ouagadougou, les anciens ministres Oumou Khaïry Guèye Seck (Elevage), Khadim Guèye (Agriculture), et Moustapha Sourang (Education, puis Forces armées).
Les fausses promesses de Hadjibou
Mamadou Guèye, membre du Conseil rural de Mandang Wolof, dans le département de Notto, et membre de l’Aran, dont le siège se trouve à Tassette, explique qu’en 2008, après que le président de la République a lancé sa Goana, «le Premier ministre Hadjibou Soumaré est venu dans la zone, accompagné du préfet de Notto. Il était venu solliciter 150 ha de terre. Il nous a promis d’amener de l’électricité, d’améliorer la route pour désenclaver notre zone. Plus encore, il a promis que grâce à la Goana, il allait trouver du travail à nos jeunes, et permettre à ceux qui le voudraient, d’acquérir une formation».
A la suite de M. Guèye, les autres membres de l’association, qui avaient une rencontre le mercredi dernier avec des responsables de la Fédération des Ong agricoles du Sénégal (Fongs) et des journalistes de la presse internationale et nationale, ont renchéri que les déclarations du Premier ministre ont fait que la délibération du Conseil rural a été expédiée rapidement, et la décision d’attribution prise en deux temps trois mouvements.
Les mêmes personnes indiquent qu’il n’a pas fallu longtemps aux populations locales pour déchanter. Comme l’explique un autre membre du Conseil rural, M. Moussa Diop, aucune des promesses de M. Soumaré n’a connu de début de réalisation. En fait, ses collègues et lui expliquent, le Premier ministre a cultivé 6 ha la première année, «et il n’est plus jamais revenu. Sauf pour nous amener un moulin à mil». Entretemps, il a eu le temps de faire clôturer les 150 ha de terre qui lui ont été attribués, et la population n’a plus le moyen d’y faire une quelconque exploitation, étant donné que, par décision du Conseil rural, ces terres lui appartiennent.
Le Pm bien accompagné
L’ancien Premier ministre n’est pas le seul dans ce cas. Les populations de Tassette et alentours pointent également l’index sur les anciens membres du gouvernement, MM. Moustapha Sourang et Khadim Guèye, ainsi que sur Mme Oumou Khaïry Guèye Seck. Les villageois indiquent que le ministre Sourang a reçu 111 ha dans le village de Ngaye Ngaye, tandis que les ministre Khadim Guèye et sa consœur de l’Elevage Mme Guèye Seck ont reçu respectivement 5 et 11 ha à Keur Cheikh Madiop. Aucun de ces dirigeants politiques n’a mis en valeur les terres qui lui avaient été accordées. Pour les paysans, c’est comme si l’on voulait juste les déposséder de leurs terres sans aucune contrepartie, pour des motifs inavoués. Ensemble, les terres spoliées atteindraient les 300 ha, si l’on tient compte du fait que l’un des mis en cause serait intervenu pour faire avancer le dossier d’un agroindustriel très célèbre, qui désirait 30 ha de plus, alors qu’il en possède déjà 80 pour son exploitation.
Oumou Khaïry Guèye Seck rejette
Le Quotidien a voulu en savoir un peu plus et tenté de recueillir les avis des personnes impliquées. Malheureusement, de tout ce monde, seule Mme Oumou Khaïry Guèye Seck a pu être jointe. Le contact téléphonique de l’ancien ministre Khadim Guèye rejetait systématiquement les appels. Le second de ses numéros se trouvait hier en possession d’un jeune enfant, qui a déclaré ne pas connaître de Khadim Guèye. Moustapha Sourang et Hadjibou Soumaré non plus n’ont pu être joints.
Pour sa part, après avoir tenté de nier les faits, l’ancien ministre de l’Elevage a reconnu avoir été attributaire des terres à Keur Cheikh Madiop. Mais elle a tenu à préciser aussitôt après, qu’elle n’en a jamais voulu. Expliquant : «C’était il y a deux ou trois ans, les populations se plaignaient, disant qu’elles ne voulaient pas que des gens viennent prendre leurs terres. Et moi, j’ai dit au président du Conseil rural que je renonce.» L’ancien responsable de l’élevage a ajouté qu’elle n’a jamais mis les pieds dans la contrée, n’y a jamais cultivé, ni exploité quoi que ce soit, échaudée qu’elle était par la levée des boucliers des populations du terroir.
Après ces déclarations, Mme Guèye Seck a rappelé Le Quotidien environ trois quarts d’heure plus tard, pour indiquer qu’elle venait de s’adresser au Pcr, qui lui a affirmé qu’il n’existait aucune mention d’attribution de terres à son nom. De manière étonnante, Le Quotidien malgré toutes les tentatives, n’a pu joindre ledit Pcr au téléphone.
Pratique courante sous Wade
Les dépossessions des populations villageoises de leurs terres sont des pratiques assez courantes du régime de l’ancien Président Wade. Si M. Cheikh Hadjibou Soumaré et quelques ministres de son gouvernement ont été pris dans le Thiénaba, sur environ 300 ha, ils ne sont sûrement pas les seuls dans ce cas. D’autres ont certainement eu à sévir ailleurs, ou même derrière des prête-noms.
Le cas le plus connu de terres prises sous prétexte de la Goana est celui de l’autre ministre du gouvernement Soumaré, Mme Aïda Mbodji, qui s’est arrangée pour se faire attribuer une centaine d’hectares dans le périmètre du Centre national de ressources agricoles (Cnra) de Bambey, ville dont elle est la mairesse, pour faire des cultures. Sous quelles conditions avait-elle pu obtenir lesdites terres ? Qu’en a-t-elle fait en réalité et pour quelle destination ? A part elle, seul sans doute pourrait répondre à cette question, le directeur Macoumba Diouf, de l’Institut sénégalais de recherche agricole (Isra), dont dépend le Cnra.
On ne reviendra pas non plus sur le cas de Mbane où le Conseil rural a accordé plus de terres qu’il n’en possédait, mais des hauts personnages qui s’approprient des terres pour les laisser en friche, au détriment des populations, le Sénégal en voit beaucoup, et partout. Dans la zone de Notto Tassette, un leader religieux s’est fait attribuer plus de mille hectares, qui restent en friche, alors que déjà, des paysans sans terre existent dans la zone. Mais cela, c’était avant la Goana.
mgueye@lequotidien.sn
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