L’appel de l’ancien Ministre du Travail Monsieur Mansour Sy à l’État, aux travailleurs et aux employeurs pour renouer le dialogue mérite d’être entendu. Il intervient à un moment où l’adoption des nouveaux Codes du Travail et de la Sécurité sociale suscite des réserves et des préoccupations.
Ces divergences ne sont pas en elles-mêmes un échec du dialogue social. Elles en rappellent au contraire la nécessité. Le dialogue permet de confronter les désaccords, de rechercher les convergences et de construire les consensus nécessaires et durables.
La question qui nous est posée aujourd’hui est donc celle de notre capacité collective à éviter que le désaccord ne conduise à une rupture de confiance.
Le Sénégal a déjà traversé des périodes de fortes tensions économiques et sociales.
En 1993, la question particulièrement sensible de la baisse des salaires a profondément éprouvé le monde du travail. La loi n°93-28 du 2 septembre 1993 prévoyait une réduction des rémunérations publiques. Face aux réactions des travailleurs, le dialogue fut maintenu et la recherche d’une issue négociée poursuivie et réussie.
Quelques mois plus tard, le 12 janvier 1994, la dévaluation du franc CFA imposait au pays un nouveau choc économique et social. Dans ce contexte nouveau, les mesures de réduction salariale adoptées en 1993 furent abrogées dès le 31 janvier 1994.Un dialogue tripartite ouvert, dans l’intérêt supérieur de la Nation, mais dans le respect des droits des travailleurs et la protection des intérêts du patronat, a permis de sauver l’essentiel.
L’année 1997 marqua une autre étape importante. Au sortir de cette période particulièrement difficile (1993 - 1994), deux chantiers nouveaux devaient aboutir : la Politique nationale de l’Emploi et un nouveau Code du Travail.
La méthode privilégiée fut d’associer les partenaires sociaux dès l’entame du processus, de convenir avec eux d’une démarche de consultation et de travail, confronter les positions dans la transparence et rechercher, malgré les divergences et les difficultés, les convergences fécondes permettant d’avancer.
La Politique nationale de l’Emploi fut adoptée en mars 1997, au terme d’un large processus de concertation autour du Comité de suivi de la politique de l’emploi. Quelques mois plus tard, la loi n° 97-17 du 1er décembre 1997 portant Code du travail fut également adopté.
Cette expérience nous laisse un enseignement qui demeure actuel : la qualité du résultat dépend souvent de la qualité du processus qui permet de le construire.
Les difficultés et les divergences n’avaient pas disparu. Mais l’ouverture, la transparence et l’implication des acteurs permettaient de les traiter dans la recherche de l’intérêt général.
C’est cette culture du dialogue qu’il nous faut aujourd’hui savoir renouveler.
La confiance se construit par l’écoute, la transparence, le respect mutuel et, surtout, la fidélité aux engagements pris.
Renouer le dialogue est donc nécessaire, voire vitale pour notre économie et notre cohésion sociale. Mais cela ne suffira pas si nous ne nous interrogeons pas également sur sa méthode.
C’est pourquoi nous proposons une ingénierie du dialogue stratégique : une démarche structurée permettant de construire ensemble des consensus durables, de formaliser les engagements, d’en organiser la mise en œuvre et d’en suivre collectivement les résultats.
Cette démarche repose sur l’écoute, la compréhension, la négociation, la décision, l’action et l’évaluation.
Elle suppose d’identifier les préoccupations et les désaccords, d’explorer les convergences possibles, de distinguer les principes essentiels de ce qui peut faire l’objet d’ajustements ou de compromis, puis de traduire les accords obtenus en engagements précis, de désigner ses pilotes et parties prenantes, de définir un calendrier et un mécanisme partagé de suivi.
Le suivi implique une posture rigoureuse et transparente qui permet d’anticiper sur les éventuelles contraintes imprévues qui pourraient impacter le niveau d’attente des engagements pris, en trouvant des parades concertées.
C’est ainsi que la parole donnée retrouve sa force et que la confiance peut se reconstruire.
L’annonce par le Premier ministre de la tenue, au cours du mois de septembre, de la réunion du Comité de Pilotage du Pacte national de Stabilité sociale pour une croissance inclusive et durable et de rencontres avec les représentants du patronat et des organisations syndicales constitue une ouverture importante.
Elle doit être saluée.
Le cadre existe et les acteurs vont se retrouver. L’enjeu est désormais celui de la méthode et de la confiance.
Les préoccupations exprimées autour des nouveaux Codes du Travail et de la Sécurité sociale devraient pouvoir être examinées sans détour. Ceci pour identifier les points de désaccord, distinguer ce qui relève des principes de ce qui peut encore faire l’objet d’ajustements dans la mise en œuvre et rechercher les consensus possibles.
C’est précisément dans cette nouvelle séquence que l’ingénierie du dialogue stratégique pourrait prendre tout son sens.
Le Pacte offre le cadre institutionnel. Il faut maintenant faire vivre ce cadre par une démarche fondée sur l’écoute, la transparence, la recherche des convergences et la formalisation des engagements.
Au-delà des Codes, cette reprise du dialogue pourrait contribuer à rétablir progressivement un climat de confiance autour des grandes questions de l’emploi, de la protection sociale, de la compétitivité des entreprises et du travail décent, plus généralement.
Le Sénégal a déjà démontré, dans des circonstances économiques et sociales difficiles, sa capacité à maintenir le dialogue malgré les divergences et à rechercher les consensus ou compromis nécessaires.
Lorsque les difficultés sont grandes, l’exigence de dialogue doit être davantage amplifiée.
Le dialogue social est à l’épreuve. Faisons de cette épreuve l’occasion de retrouver ensemble le chemin de la confiance.
Assane Diop
Ancien Ministre
Ancien Directeur exécutif du BIT
Fondateur et Président de Consensus Africa
Ces divergences ne sont pas en elles-mêmes un échec du dialogue social. Elles en rappellent au contraire la nécessité. Le dialogue permet de confronter les désaccords, de rechercher les convergences et de construire les consensus nécessaires et durables.
La question qui nous est posée aujourd’hui est donc celle de notre capacité collective à éviter que le désaccord ne conduise à une rupture de confiance.
Le Sénégal a déjà traversé des périodes de fortes tensions économiques et sociales.
En 1993, la question particulièrement sensible de la baisse des salaires a profondément éprouvé le monde du travail. La loi n°93-28 du 2 septembre 1993 prévoyait une réduction des rémunérations publiques. Face aux réactions des travailleurs, le dialogue fut maintenu et la recherche d’une issue négociée poursuivie et réussie.
Quelques mois plus tard, le 12 janvier 1994, la dévaluation du franc CFA imposait au pays un nouveau choc économique et social. Dans ce contexte nouveau, les mesures de réduction salariale adoptées en 1993 furent abrogées dès le 31 janvier 1994.Un dialogue tripartite ouvert, dans l’intérêt supérieur de la Nation, mais dans le respect des droits des travailleurs et la protection des intérêts du patronat, a permis de sauver l’essentiel.
L’année 1997 marqua une autre étape importante. Au sortir de cette période particulièrement difficile (1993 - 1994), deux chantiers nouveaux devaient aboutir : la Politique nationale de l’Emploi et un nouveau Code du Travail.
La méthode privilégiée fut d’associer les partenaires sociaux dès l’entame du processus, de convenir avec eux d’une démarche de consultation et de travail, confronter les positions dans la transparence et rechercher, malgré les divergences et les difficultés, les convergences fécondes permettant d’avancer.
La Politique nationale de l’Emploi fut adoptée en mars 1997, au terme d’un large processus de concertation autour du Comité de suivi de la politique de l’emploi. Quelques mois plus tard, la loi n° 97-17 du 1er décembre 1997 portant Code du travail fut également adopté.
Cette expérience nous laisse un enseignement qui demeure actuel : la qualité du résultat dépend souvent de la qualité du processus qui permet de le construire.
Les difficultés et les divergences n’avaient pas disparu. Mais l’ouverture, la transparence et l’implication des acteurs permettaient de les traiter dans la recherche de l’intérêt général.
C’est cette culture du dialogue qu’il nous faut aujourd’hui savoir renouveler.
La confiance se construit par l’écoute, la transparence, le respect mutuel et, surtout, la fidélité aux engagements pris.
Renouer le dialogue est donc nécessaire, voire vitale pour notre économie et notre cohésion sociale. Mais cela ne suffira pas si nous ne nous interrogeons pas également sur sa méthode.
C’est pourquoi nous proposons une ingénierie du dialogue stratégique : une démarche structurée permettant de construire ensemble des consensus durables, de formaliser les engagements, d’en organiser la mise en œuvre et d’en suivre collectivement les résultats.
Cette démarche repose sur l’écoute, la compréhension, la négociation, la décision, l’action et l’évaluation.
Elle suppose d’identifier les préoccupations et les désaccords, d’explorer les convergences possibles, de distinguer les principes essentiels de ce qui peut faire l’objet d’ajustements ou de compromis, puis de traduire les accords obtenus en engagements précis, de désigner ses pilotes et parties prenantes, de définir un calendrier et un mécanisme partagé de suivi.
Le suivi implique une posture rigoureuse et transparente qui permet d’anticiper sur les éventuelles contraintes imprévues qui pourraient impacter le niveau d’attente des engagements pris, en trouvant des parades concertées.
C’est ainsi que la parole donnée retrouve sa force et que la confiance peut se reconstruire.
L’annonce par le Premier ministre de la tenue, au cours du mois de septembre, de la réunion du Comité de Pilotage du Pacte national de Stabilité sociale pour une croissance inclusive et durable et de rencontres avec les représentants du patronat et des organisations syndicales constitue une ouverture importante.
Elle doit être saluée.
Le cadre existe et les acteurs vont se retrouver. L’enjeu est désormais celui de la méthode et de la confiance.
Les préoccupations exprimées autour des nouveaux Codes du Travail et de la Sécurité sociale devraient pouvoir être examinées sans détour. Ceci pour identifier les points de désaccord, distinguer ce qui relève des principes de ce qui peut encore faire l’objet d’ajustements dans la mise en œuvre et rechercher les consensus possibles.
C’est précisément dans cette nouvelle séquence que l’ingénierie du dialogue stratégique pourrait prendre tout son sens.
Le Pacte offre le cadre institutionnel. Il faut maintenant faire vivre ce cadre par une démarche fondée sur l’écoute, la transparence, la recherche des convergences et la formalisation des engagements.
Au-delà des Codes, cette reprise du dialogue pourrait contribuer à rétablir progressivement un climat de confiance autour des grandes questions de l’emploi, de la protection sociale, de la compétitivité des entreprises et du travail décent, plus généralement.
Le Sénégal a déjà démontré, dans des circonstances économiques et sociales difficiles, sa capacité à maintenir le dialogue malgré les divergences et à rechercher les consensus ou compromis nécessaires.
Lorsque les difficultés sont grandes, l’exigence de dialogue doit être davantage amplifiée.
Le dialogue social est à l’épreuve. Faisons de cette épreuve l’occasion de retrouver ensemble le chemin de la confiance.
Assane Diop
Ancien Ministre
Ancien Directeur exécutif du BIT
Fondateur et Président de Consensus Africa
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