[ Contribution] De Saa Kaffrine à Saa Balaŋaar : quand le Mercato politique gagne ma ville


Il y a quelques semaines, dans une tribune intitulée “RECOMPOSITION FONDATRICE VERSUS MERCATO POLITIQUE”, j’alertais sur une dérive qui menace de vider la recomposition politique de toute substance.

J’écrivais alors : “La transhumance ne disparaît pas ; elle change d’attelage“.

L’actualité me donne malheureusement l’occasion d’en mesurer la pertinence. Cette analyse qui, malheureusement, a choisi comme laboratoire une ville qui m’est particulièrement chère : Kaffrine, la terre de Beuleup Taaguc Waali et des martyrs du Dimanche de Guy Njuli.

Le spectacle qu’y donnent actuellement certaines postures politiques m’inspire moins de colère que de gêne et, je l’avoue, un profond sentiment d'inquiétude.

Hier, on raillait “Nittu Thiès”, caricature injuste sans doute, mais entrée dans le vocabulaire politique sénégalais pour désigner certaines versatilités politiques. Faudra-t-il demain que “Saa Kaffrine” devienne, à son tour, le symbole d'un rapport particulier au pouvoir ; ralliement en masse, reniement assumé, ingratitude politique et du changement de maillot au gré des rapports de force ? Ce serait profondément injuste pour Kaffrine. Et je souhaite ardemment que les prochains “quinze jours” démentent ces prévisions. 

Car cette région n’oublie pas ce qu’elle doit aux hommes qui l’ont servie. Ses fils reconnaissent notamment les transformations considérables qu’elle a connues. Maître Abdoulaye Wade lui a conféré son statut. Le Président Macky Sall en a fait un modèle de développement territorial réussi. Certes, on peut changer d’analyse, contester une orientation, quitter même un parti lorsque les convictions l’exigent. Mais la politique n’abolit ni la mémoire ni la gratitude.

Dans ma précédente tribune, j’écrivais encore : “Une recomposition digne de ce nom devrait être intellectuelle avant d’être électorale, programmatique avant d’être organisationnelle et collective avant d’être personnelle.”

Or que voyons-nous dans l'air du temps? Des mouvements surgissent de terre comme des champignons sauvages, les déclarations se multiplient, les passerelles se construisent et les distances avec le nouveau pouvoir se raccourcissent. Mais pour quelles idées nouvelles ? Que valent les divergences doctrinales qui justifieraient les ruptures inattendues et les convergences d'aujourd'hui ? En définitive, quel est le projet collectif ?

À défaut de réponses précises et argumentées, le soupçon du Mercato politique devient difficile à dissiper.

Je le répète ici : “La véritable ligne de rupture devrait passer entre la politique des positions et celle des propositions.”

C’est pourquoi, devant de tels spectacles, je préfère garder les valeurs de mes origines Passy-Passy et revendiquer mon sobriquet  Saa Balaŋaar” plutôt que de laisser prospérer une perception dévalorisante que l'opinion pourrait avoir de l'homme politique, de surcroît natif du Ndukumaan.

Saa Balaŋaar, en référence au stratégie Sambou Oumane Touré, dont la loyauté envers l'Almamy du Rip et son apport à la Résistance de Saalum Cërin̈ contre les Ceddo ainsi qu’à l'occupation coloniale, rappelle qu’en politique comme dans la vie, toutes les fidélités ne sont pas négociables. Et quel que soit notre apport à l'essor d'un terroir, nous ne devons pas sacrifier toutes les convictions à l'autel des contingences.

Car on peut perdre une élection, un pouvoir ou une position. On peut même chosir une retraite prématurée. Mais lorsqu’on perd la fidélité à sa parole et la mémoire de ce que l’on a été, aucun Mercato ne peut vous les racheter.

Saa Balaŋaar
Lundi 14 Septembre 2026
Dakaractu



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